Actualité : IPTV et streaming pirate : les blocages sont contournés en deux clics, une étude européenne démolit trois ans de stratégie française

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Bruxelles enterre la méthode Canal+ : inefficace, coûteuse, et dangereuse pour l'internet légitime

Publié le 17/04/26 à 07h29

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Le piratage de films s'est effondré en Europe depuis 2017. Pas grâce aux blocages judiciaires, pas grâce aux amendes, pas grâce aux VPN mis au pas par Canal+ : grâce à Netflix. C'est le constat d'un rapport européen publié en avril, qui démonte pièce par pièce la stratégie française devenue la plus agressive du continent.

 les blocages sont contournés en deux clics, une étude européenne démolit trois ans de stratégie française

© Dragana Gordic - La multiplication des plateformes et la fragmentation des droits audiovisuels alimentent mécaniquement le piratage sportif en Europe.

Publié en avril 2026 et signé par trois chercheurs du Centre for European Policy Studies, le rapport The Benefits and Costs of Website-Blocking Legislation passe au crible les dispositifs adoptés par les Vingt-Sept pour endiguer le piratage audiovisuel. Le verdict est sévère.

Les mesures techniques déployées produisent des effets brefs, exposent des pans entiers de l'internet légitime à des coupures accidentelles, et font peser la totalité des coûts sur des acteurs étrangers à l'infraction : hébergeurs, résolveurs DNS, réseaux de diffusion, fournisseurs de VPN.

Pourquoi la stratégie française se heurte à un mur technique

Depuis 2022, Canal+ avance couche par couche. La chaîne a d'abord visé les fournisseurs d'accès, puis les résolveurs DNS alternatifs comme Google ou Cloudflare, avant de s'attaquer aux CDN, aux proxys, et finalement aux VPN.

Canal+ mène depuis 2022 la stratégie de blocage la plus agressive d'Europe. Un rapport du CEPS vient d'en démonter les fondements.

Canal+ mène depuis 2022 la stratégie de blocage la plus agressive d'Europe. Un rapport du CEPS vient d'en démonter les fondements.

© Shuttershock

Le blocage vise uniquement à renchérir le coût de la consommation illégale. Une meilleure stratégie consisterait à accroître la disponibilité et la commodité, réduire la fragmentation et les délais, et baisser le prix de la consommation légale.

En mars 2026, la Cour d'appel de Paris a confirmé en bloc les injonctions visant les résolveurs DNS alternatifs de Google, Cloudflare et Cisco. La stratégie d'empilement judiciaire de Canal+ est désormais verrouillée.

Pire pour la chaîne : une simple option, activable en deux clics dans Chrome ou Firefox, rend la méthode de filtrage la plus répandue largement inopérante. Le chiffrement des requêtes DNS via les protocoles DoH et DoT masque les sites consultés. Le rapport de l'ICANN, cité par l'étude, le confirme : rétablir un filtrage efficace exigerait de déchiffrer le trafic des internautes, au mépris du droit à la vie privée.

Le piratage recule, mais pas grâce aux blocages

Les chiffres de l'EUIPO, repris dans l'étude, racontent une autre histoire : le piratage de films à la demande est tombé de 2,6 à 0,9 visite mensuelle par internaute entre 2017 et 2023. La cause ? L'offre légale abordable, pas la répression. Chez les Européens qui piratent, 43 % cesseraient si les prix baissaient ; 44 % de ceux qui s'en abstiennent invoquent la disponibilité légale comme motif principal.

Les régimes de blocage dans l'Union européenne se sont systématiquement révélés défaillants et excessifs, en raison d'insuffisances institutionnelles, de limites techniques propres aux méthodes employées, et d'un système d'incitations mal calibré.

Acceptabilité du piratage pour usage personnel dans l'UE-27 en 2023. Les pays d'Europe de l'Est affichent les taux de tolérance les plus élevés, tandis que le Danemark, l'Italie et l'Allemagne ferment la marche. La France se situe autour de 33 % d'adhésion.

Acceptabilité du piratage pour usage personnel dans l'UE-27 en 2023. Les pays d'Europe de l'Est affichent les taux de tolérance les plus élevés, tandis que le Danemark, l'Italie et l'Allemagne ferment la marche. La France se situe autour de 33 % d'adhésion.

© EUIPO, enquête menée auprès de 25 824 Européens, reprise dans le rapport CEPS d'avril 2026.

Les dégâts collatéraux, eux, s'accumulent. Le Piracy Shield italien a coupé Google Drive pendant douze heures en octobre 2024 et rendu inaccessible une adresse Cloudflare desservant des millions de sites légitimes. En Espagne, LaLiga a fait bloquer environ 3 300 services sans rapport avec le piratage. En Belgique, OpenDNS a préféré quitter temporairement le marché plutôt que de s'exposer à des amendes de 100 000 euros par jour.

Le rapport recommande d'abandonner le blocage par adresse IP, de soumettre les ordonnances à un contrôle judiciaire préalable, et d'imposer aux ayants droit une contribution financière et une responsabilité en cas de sur-blocage.

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