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Notre futur supercalculateur Alice Recoque tournera sur puces AMD
Publié le 17/04/26 à 16h06
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Et si la souveraineté française en intelligence artificielle se jouait dans le choix d'un fournisseur de puces ? Le 16 avril à Bercy, trois ministres ont scellé un partenariat avec AMD, l'outsider américain qui rêve de contester le règne de Nvidia sur le calcul d'IA. À la clé, le premier supercalculateur exascale français, Alice Recoque, et un pari industriel assumé : miser sur un écosystème ouvert plutôt que sur la technologie dominante.
© Gorodenkoff / Shutterstock - Alice Recoque, premier supercalculateur exascale français, sera équipé de puces AMD : un choix politique autant que technique (image d'illustration).
Trois ministres se sont retrouvés à Bercy pour parapher ce texte aux côtés de Keith Strier, vice-président senior d'AMD chargé des marchés mondiaux de l'IA.
Philippe Baptiste (Enseignement supérieur et Recherche), Sébastien Martin (Industrie) et Anne Le Hénanff (IA et Numérique) ont entériné une coopération déclinée en trois volets : accès facilité aux infrastructures matérielles et logicielles d'AMD, montée en compétences via trois programmes maison du fondeur (AMD University Program pour les universités, AMD AI Developer Program pour les développeurs, AMD AI Academy pour la formation continue), et création d'un centre d'excellence dédié à l'écosystème français.
Alice Recoque, le navire amiral d'une souveraineté à deux vitesses
Le mot “exascale” revient comme un mantra. Il désigne un supercalculateur capable de réaliser plus d'un milliard de milliards d'opérations par seconde (10 puissance 18 flops, ou exaflops), seuil considéré comme la frontière actuelle du calcul haute performance.
Il n'y a pas d'IA sans infrastructure. Pour bâtir un avenir numérique solide et durable, il faut agir à tous les niveaux de la chaîne de valeur et diversifier nos partenariats.
La machine baptisée Alice Recoque, du nom de la pionnière française de l'informatique qui conçut le mini-ordinateur Mitra 15 dans les années 1970, doit devenir la première du genre en France et la seconde en Europe après l'allemande Jupiter, mise en service au centre de recherche de Jülich fin 2025.
Elle rejoindra le parc français existant, aujourd'hui dominé par Jean Zay (IDRIS, Orsay), la vitrine IA nationale, qui atteint 125,9 pétaflops sous GPU Nvidia. Seul Adastra (CINES, Montpellier) fait déjà tourner du AMD. Alice Recoque fera donc basculer le centre de gravité matériel du parc français.
Le pilotage est assuré par GENCI (Grand équipement national de calcul intensif), l'opérateur public du calcul haute performance en France, avec une exploitation confiée au CEA, le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives. L'ensemble prend place dans le cadre du consortium Jules Verne, qui associe la France, les Pays-Bas et la Grèce. Bercy reste discret sur la technique ; les annonces de novembre 2025 avaient pourtant détaillé la fiche.
On y trouve des processeurs EPYC de nouvelle génération (nom de code Venice), des GPU Instinct MI430X de la série MI400, et des FPGA AMD, ces puces programmables que l'on peut reconfigurer après fabrication pour accélérer des tâches précises. L'ensemble est intégré par Eviden, marque du groupe Atos, sur sa plateforme BullSequana XH3500, avec du stockage signé DDN.
Le processeur AMD EPYC Venice équipera Alice Recoque : jusqu'à 256 cœurs, gravure 2 nm, architecture Zen 6. Livraison annoncée courant 2026. © AMD
Le budget de 544 millions d'euros est déjà bouclé, cofinancé par EuroHPC JU (l'entreprise commune européenne pour le calcul haute performance) via le Digital Europe Programme, et par les trois partenaires du consortium Jules Verne. Livraison attendue courant 2026, sans date précise à ce stade.
Le pari ROCm face à l'hégémonie CUDA
La lecture politique ne laisse aucun doute. Pendant que Mistral AI déploie 13 800 GPU Nvidia GB300 à Bruyères-le-Châtel, financés par 830 millions de dollars de dette bancaire levée en mars, l'État parie sur AMD pour sa machine régalienne.
Le camp Nvidia : un rack DGX Grace Blackwell, technologie choisie par Mistral pour son campus de Bruyères-le-Châtel. Alice Recoque, elle, fera le pari de l'architecture AMD. © Nvidia
L'enjeu dépasse le silicium. Nvidia trusterait plus de 80 % du marché mondial des GPU d'entraînement, et sa pile logicielle CUDA, propriétaire, verrouille les développeurs dans un écosystème fermé. CUDA est l'environnement qui permet aux chercheurs et aux ingénieurs de programmer les GPU pour entraîner des modèles d'IA ; sans lui, le matériel reste muet. Et comme CUDA ne fonctionne que sur les cartes Nvidia, tout code écrit pour cette plateforme y reste prisonnier.
ROCm, la réponse ouverte d'AMD, joue le même rôle sur les puces Instinct, avec une différence de taille : son code est en accès libre. Sa promesse est séduisante, sa maturité reste à démontrer sur les très grands modèles de langage. Le pari est assumé : ouvrir une brèche dans le quasi-monopole, en espérant que l'adossement à une infrastructure souveraine d'ampleur européenne aidera ROCm à franchir le cap critique de l'adoption.
AMD apporte non seulement le matériel et l'expertise nécessaires au développement d'Alice Recoque, mais s'engage également à travailler avec le Gouvernement sur les retombées économiques et sociales locales issues des recherches menées.
Restent trois angles morts que les prochaines semaines devraient éclairer : le chiffrage de l'engagement d'AMD sur le centre d'excellence (effectifs, localisation, durée), la gouvernance du volet start-ups et notamment les critères d'éligibilité aux crédits de calcul, et la date exacte de mise en service de la machine.
Pour l'heure, la France avance sur deux jambes technologiques. Une position confortable si les deux tiennent, un grand écart si l'une flanche.
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