Affaire Lyhanna : le récit d'une semaine d’angoisse et de révélations autour du principal suspect

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Près d'une semaine d'angoisse, et désormais une découverte. Le corps retrouvé jeudi 4 juin dans une exploitation agricole du Gers est probablement celui de Lyhanna, disparue depuis vendredi, mais une autopsie devra le confirmer, a annoncé le procureur d'Agen Olivier Naboulet. Celle-ci sera réalisée "dans les prochaines heures" pour "l'identifier formellement", précise-t-il dans un communiqué mentionnant des "vêtements similaires à ceux que la mineure enlevée et séquestrée portait au moment de sa disparition".

À Fleurance, petite commune de 6 000 habitants située à environ 80 kilomètres au nord-ouest de Toulouse, habitants, équipes cynophiles et gendarmes participent à des recherches d'une ampleur exceptionnelle depuis vendredi pour retrouver la collégienne qui n'a plus donné signe de vie.

Au fil des jours, les investigations ont conduit à la mise en examen d'une connaissance de la famille pour enlèvement, tandis qu'émergeaient plusieurs plaintes et signalements visant cet homme de 41 ans. Récit d'une semaine qui a fait basculer dans l'angoisse et l'incompréhension cette commune rurale du Gers.

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Une disparition en pleine sortie de collège

Tout commence le vendredi 29 mai. À 15 h 05, Lyhanna quitte son collège de Fleurance après son dernier cours de la semaine. Un témoin la voit monter à bord d'une berline grise conduite par un homme. La collégienne a pourtant l'habitude d'emprunter le bus pour rentrer chez elle, à Goutz, un village situé à quelques kilomètres.

À 18 h 45, sa famille, sans nouvelles, signale sa disparition à la gendarmerie. Une enquête pour disparition inquiétante est immédiatement ouverte. Hélicoptères, drones, maîtres-chiens et patrouilles sont déployés. Parmi les premiers témoignages recueillis figure celui de la personne affirmant avoir vu l'adolescente dans un véhicule conduit par un homme. Une piste qui va rapidement orienter l'enquête.

Le lendemain matin, les gendarmes interpellent Jérôme Barella, 41 ans. Père de deux filles, dont une est amie avec Lyhanna et scolarisée dans le même établissement, il est connu de la famille depuis des années. Les enquêteurs le considèrent comme la dernière personne susceptible d'avoir vu l'adolescente : il est placé en garde à vue à la gendarmerie de Fleurance.

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Selon les informations du Parisien, l'homme nie d'abord avoir transporté Lyhanna dans son véhicule le jour de sa disparition. Confronté aux images de vidéosurveillance, il finit par reconnaître, affirmant l'avoir déposée à la piscine municipale – pourtant fermée ce jour-là –, à sa demande. Les enquêteurs jugent ses explications "incohérentes et imprécises". L'adolescente n'a jamais fugué.

Dès le week-end, la disparition de Lyhanna provoque une mobilisation sans précédent dans ce secteur rural du Gers. Des centaines d'habitants de la commune et des alentours participent à une battue citoyenne, qui permet de prélever "un certain nombre d'objets, d'indices", analysés par les techniciens en investigation criminelle, précise le colonel Philippe de Laforcade.

Une affiche signalant la disparition de Lyhanna, une collégienne de 11 ans, orne une barrière près d'une piscine à Fleurance, dans le sud-ouest de la France, le 1er juin 2026 Une affiche signalant la disparition de Lyhanna, une collégienne de 11 ans, orne une barrière près d'une piscine à Fleurance, dans le sud-ouest de la France, le 1er juin 2026. © Matthieu Rondel, AFP

Sur les poteaux et les grillages de la commune, les affiches de recherche fleurissent. Des avis de recherche sur Facebook avec une photo de Lyhanna portant les mêmes vêtements que le jour de sa disparition sont postés par sa tante. Un appel à témoins est aussi lancé par la gendarmerie : Lyhanna mesure 1,57 m, elle a les yeux et les cheveux longs et marron. Elle portait un débardeur style marinière à grosses rayures noires et blanches, un short noir et des chaussettes jaunes.

Les gendarmes ratissent les abords de Fleurance, inspectent les cours d'eau, les plans d'eau et les secteurs boisés. Au fil des jours, jusqu'à 180 militaires sont mobilisés, épaulés par des chasseurs, pêcheurs et bénévoles connaissant parfaitement le terrain. Malgré ce dispositif exceptionnel, aucune trace permettant de retrouver Lyhanna n'est officiellement identifiée au cours des recherches.

Des "chatouilles" dénoncées par Lyhanna

Dimanche, la procureure d'Auch, Clémence Meyer, annonce l'ouverture d'une enquête pour "enlèvement et séquestration de mineure". La garde à vue de Jérôme Barella est prolongée. Le lendemain, l'homme est présenté à un juge d'instruction. Il choisit de garder le silence lors de son interrogatoire de première comparution. Dans la soirée, il est mis en examen pour enlèvement et placé en détention provisoire.

Par la voix de leurs avocats, les parents de Lyhanna déclarent avoir récemment arrêté "tout contact" avec Jérôme Barella après avoir eu "quelques doutes" sur ses agissements. Selon une source proche du dossier, leur fille leur aurait rapporté qu'il s'était livré à des "chatouilles" lors d'une soirée pyjama organisée à son domicile, à Montestruc-sur-Gers, durant l'été 2025. Malgré cette prise de distance, l'homme continuait, selon les informations du Parisien, à attendre régulièrement l'adolescente aux abords du collège et à lui offrir des goûters.

À partir de mardi, des révélations dessinent un profil encore plus inquiétant du suspect. En 2021, Jérôme Barella a été licencié d'un lycée du Gers où il travaillait comme agent de maintenance. La région Occitanie confirme dans un communiqué qu'il avait travaillé au sein de plusieurs établissements entre 2018 et 2021 et qu'il avait fait l'objet d'une "procédure disciplinaire" après le signalement d'un comportement jugé "inapproprié" envers une lycéenne.

Des plongeurs de la Gendarmerie nationale française fouillent un étang lors d'une opération de recherche pour retrouver Lyhanna, 11 ans, portée disparue depuis le 29 mai 2026, à Fleurance, dans le sud Des plongeurs de la Gendarmerie nationale française fouillent un étang lors d'une opération de recherche pour retrouver Lyhanna, 11 ans, portée disparue depuis le 29 mai 2026, à Fleurance, dans le sud-ouest de la France, le 2 juin 2026. © Lionel Bonaventure, AFP

Une ancienne élève décrit auprès du Parisien un homme "insistant avec les filles" et "assez tactile avec celles qui lui plaisaient", cherchant à obtenir leurs "numéros ou leurs comptes Snapchat pour les complimenter et leur demander à les voir en dehors du lycée". Les enquêteurs cherchent désormais à savoir si ces comportements avaient à l'époque fait l'objet d'un signalement à la justice.

Un nouvel élément, révélé mardi soir, alourdit encore le dossier. Une plainte pour viols a été déposée en août 2025 contre Jérôme Barella par les parents d'une fillette âgée de 10 ans au moment des faits, déclare le parquet de Toulouse. Selon les accusations, les violences auraient été commises entre septembre 2024 et mai 2025 au domicile du suspect.

La mère de l'enfant raconte à BFMTV que sa fille – qui fréquentait les enfants du suspect dans le même cours de sport – lui avait déjà parlé de faits extrêmement graves au début de l'année 2025, "des pénétrations, en disant que ça lui avait fait très mal", avant de finir par se rétracter en présence de Jérôme Barella, qui l'aurait accusée d'être une "manipulatrice". Quelques mois plus tard, l'enfant renouvelle pourtant ses propos. Cette fois, ses parents déposent plainte.

Après plusieurs semaines, un examen médico-légal met en évidence des lésions pouvant être compatibles avec les viols qu'elle avait décrits. Malgré ces éléments, Jérôme Barella n'est pas entendu par les enquêteurs, aucun témoin n'est auditionné. Près de neuf mois après le dépôt de plainte, l'enquête est toujours en cours lorsque Lyhanna disparaît.

Un passé qui ressurgit

Ces révélations provoquent une onde de choc bien au-delà du Gers. Les lenteurs de la procédure interrogent jusque dans les plus hautes sphères de l'État. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, annonce mercredi avoir décidé avec le ministre de la Justice "de diligenter une enquête administrative", afin de déterminer si "d'éventuels dysfonctionnements" ont affecté le traitement du dossier.

De son côté, le parquet de Toulouse explique s'être dessaisi du dossier en novembre au profit du parquet d'Auch, territorialement compétent puisque les faits dénoncés ont été commis dans le Gers. La mère de la fillette, elle, assure avoir relancé à plusieurs reprises les enquêteurs afin de connaître l'avancée des investigations, et s'est vue reprocher de les harceler.

Dans la foulée, d'autres plaintes sont révélées. La procureure d'Auch confirme l'existence d'une précédente enquête pour "viol sur mineure de moins de 15 ans" ouverte en 2022. Ces faits remonteraient à 2020, également au domicile du suspect. La procédure, classée sans suite en 2024 faute d'éléments suffisants, sera réexaminée "à la lumière des nouveaux éléments" apparus depuis la disparition de Lyhanna, précise la procureure.

La procureure d'Auch, Clémence Meyer, tient une conférence de presse le 3 juin 2026 au sujet des recherches pour retrouver Lyhanna, une collégienne de 11 ans portée disparue depuis le 29 mai à Auch La procureure d'Auch, Clémence Meyer, tient une conférence de presse le 3 juin 2026 au sujet des recherches pour retrouver Lyhanna, une collégienne de 11 ans portée disparue depuis le 29 mai à Auch, dans le sud-ouest de la France. © Matthieu Rondel, AFP

Puis survient une nouvelle révélation. Selon le quotidien régional La Dépêche, un père de famille vient de déposer plainte, mercredi, contre Jérôme Barella, accusant ce dernier d'avoir agressé sexuellement sa fille de 11 ans lors d'une soirée pyjama organisée à son domicile en août 2025. Une soirée loin d'être anodine : Lyhanna y participait, elle aussi.

Le père de l'enfant explique avoir été alerté plusieurs mois plus tard par l'éducatrice de sa fille, placée en foyer. Cette dernière lui aurait rapporté des "gestes mal placés" commis par le suspect. "Des caresses sur les fesses", témoigne-t-il anonymement sur TF1. "C'est son intimité qui a été brisée."

À mesure que les investigations progressent, les enquêteurs remontent encore plus loin dans le passé du suspect : une procédure datant de 2017 a ainsi refait surface. Cette année-là, une mère avait signalé à la gendarmerie la relation entretenue par Jérôme Barella avec sa fille de 17 ans. L'affaire avait été classée sans suite en 2018, l'adolescente ayant affirmé aux enquêteurs qu'il s'agissait d'une relation consentie.

Enfin, les investigations récentes ont également permis de retrouver dans le téléphone de Jérôme Barella de nombreux échanges avec des mineures ainsi que des photos qui lui auraient été envoyées, selon Le Parisien, qui cite des sources judiciaires.

Au-delà de l'affaire Lyhanna, c'est le triste quotidien des mineurs victimes de violences sexuelles qui est mis en lumière, selon les experts. "Soixante-treize pour cent des plaintes de violences sexuelles sur mineur sont classées sans suite", déplore auprès de l'AFP Denis Roth-Fichet, secrétaire général de la Commission indépendante sur l'inceste (CiIvise). Selon lui, "les violences sexuelles faites aux enfants sont le parent pauvre de la justice française".

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