Beigbeder, BHL, Despentes... 115 auteurs quittent Grasset après le licenciement « inacceptable » de son PDG, Olivier Nora

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Virginie Despentes, Bernard-Henri Lévy ou encore Frédéric Beigbeider annoncent leur départ de la maison d’édition. Ils dénoncent « une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale » dont ils tiennent Vincent Bolloré pour responsable.

C’est un cri de colère. Un total de 115 auteurs publiés chez Grasset ont annoncé mercredi soir quitter cette maison d’édition pour dénoncer le licenciement de son PDG, Olivier Nora, «une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale» dont ils tiennent Vincent Bolloré pour responsable, selon une lettre commune obtenue par l’AFP.

«Nous sommes des auteurs Grasset, nous avons publié chez Grasset, ou nous avons un livre qui va sortir chez Grasset, mais nous ne signerons pas notre prochain livre chez Grasset. Et nous sommes 115», indique ce courrier signé notamment par des poids lourds de la littérature, romanciers comme essayistes. Parmi lesquels : Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Bernard-Henri Lévy ou encore Frédéric Beigbeider.

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Cette décision inédite par son ampleur a été prise dans l’urgence après l’annonce mardi du départ d’Oliver Nora de la tête de Grasset, maison qu’il dirigeait depuis 26 ans et qui appartient au groupe Hachette contrôlé par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré depuis 2023. Les raisons de ce départ surprise n’ont pas été officiellement précisées mais, selon ce collectif, il s’agit d’un «licenciement» marquant «une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale et la liberté de création». «Une fois de plus, Vincent Bolloré dit : “Je suis chez moi et je fais ce que je veux” au mépris de celles et ceux qui publient, de celles et ceux qui accompagnent, éditent, corrigent, fabriquent, diffusent, distribuent nos livres. Et au mépris de celles et ceux qui nous lisent», indique le texte, dont les initiateurs insistent sur la dimension collective.

«Les otages d’une guerre idéologique»

«Aujourd’hui, nous avons un point commun : nous refusons d’être les otages d’une guerre idéologique visant à imposer l’autoritarisme partout dans la culture et les médias», affirment les signataires. «Nous ne voulons pas que nos idées, notre travail, soient (la) propriété» de M. Bolloré, écrivent-ils aussi. Certains d’entre eux avaient déjà annoncé dans la journée qu’ils claquaient la porte de Grasset au nom de leur fidélité au très respecté Olivier Nora, 66 ans. «J’ai toujours dit que si on touchait un cheveu d’Olivier Nora, je partirais de Grasset et ma position n’a pas changé», avait déclaré à l’AFP Sorj Chalandon.

Dans leur courrier commun, les 115 signataires, où figurent également Anne Sinclair, Jean-Paul Enthoven, Anne Berest ou Colombe Schneck, rendent eux aussi hommage à Olivier Nora, décrit comme le «ciment» d’une maison d’édition qui abritait jusque-là des auteurs d’opinions très diverses. «Les éditions Grasset étaient notre maison, particulière, car s’y côtoyaient pacifiquement des autrices et des auteurs qui n’étaient pas d’accord sur grand-chose. Olivier Nora en a été le rempart et le ciment par son élégance morale, sa disponibilité, et son engagement», indique ce texte commun.

Son départ marque une nouvelle étape dans la recomposition des maisons contrôlées par Hachette Livre, le numéro un de l’édition française et troisième éditeur mondial, impulsée ces dernières années par Vincent Bolloré. Arnaud Nourry, son PDG pendant 17 ans, et Sophie de Closets, la patronne de Fayard, sont ainsi partis sur des désaccords avec la nouvelle orientation prise par le groupe.

Arrivée de Boualem Sansal

Selon une source proche du dossier, le départ d’Olivier Nora serait lié à la publication du prochain livre de Boualem Sansal, dont l’arrivée chez Grasset en provenance de Gallimard, son éditeur historique, avait fait grand bruit en mars. «Les deux parties ont fait le constat d’un désaccord» sur l’opportunité de publier cet ouvrage, consacré à la détention de l’écrivain franco-algérien en Algérie, dès juin sans attendre l’automne comme le souhaitait Olivier Nora, indique cette source.

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Une version contestée par Boualem Sansal dans une interview mercredi à TV5Monde. «Nora lui-même m’a écrit un très long truc (...) en me disant : “Tu n’y es pour rien”», a insisté l’écrivain.

La crise chez Grasset, où Jean-Christophe Thiery, PDG de Louis Hachette Group et homme de confiance de Vincent Bolloré, va succéder à Olivier Nora, devrait être largement débattue au Festival du Livre, qui s’ouvre jeudi soir au Grand Palais.

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