Bruckner, Abécassis, BHL... Les écrivains réagissent après le limogeage d’Olivier Nora, patron de Grasset

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Au lendemain de l’annonce du renvoi d’Olivier Nora, nombre d’auteurs manifestent leur incompréhension et leur colère.

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Au lendemain, de l’annonce fracassante du limogeage par Vincent Bolloré d’Olivier Nora, PDG des éditions Grasset, en place depuis vingt-six ans, nombre d’écrivains de la maison d’édition ont pris la parole dans la presse ou sur les réseaux sociaux pour manifester leur désarroi, leur tristesse ou leur colère.

C’est le cas de la romancière Éliette Abécassis qui confie ce jour au Figaro son «choc»: «Je suis sonnée, totalement abasourdie. On oublie que les auteurs ne sont pas des machines, ils ont un réel lien avec leur éditeur. C’est donc très violent ! Olivier Nora est mon éditeur et mon ami. Ma position est simple: quelle que soit la maison où il ira, je le suivrai.»

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De son côté, le philosophe et romancier, membre de l’Académie Goncourt, Pascal Bruckner a tonné hier à l’antenne de France Inter: «Bolloré tue Grasset. C’est un acte de mort. C’est un coup de fusil à bout portant contre une des plus vieilles maisons d’édition françaises. On a rarement vu un grand patron piétiner son propre capital.» D’après des informations du Figaro, il semble que le désaccord principal entre Olivier Nora et la direction d’Hachette porte sur la date de sortie du livre de Boualem Sansal. Ce dernier souhaitant que son manuscrit soit publié rapidement, alors que le patron de Grasset envisageait une publication plus tardive, après la course aux grands prix littéraires, en octobre.

«Il est hors de question de rester chez Grasset si Olivier Nora s’en va»

Pour Pascal Bruckner, la raison est plus profonde. «Bolloré voulait la tête de Nora depuis longtemps, a-t-il ajouté à France Inter. Il l’avait dans le nez parce que Nora était le dernier franc-tireur dans le groupe, un de ceux qui résistaient aux injonctions de la direction.» Ce qui est du moins certain, pour lui : «Il est hors de question de rester chez Grasset si Olivier Nora s’en va, et je ne suis pas le seul. Tous les auteurs de la maison vont être soumis à un choix, mais qui est très facile.» L’économiste et essayiste Alain Minc l’aura entendu. Il a indiqué hier à l’AFP quitter son éditeur Grasset: «Compte tenu du départ d’Olivier Nora, je quitte Grasset , mon éditeur depuis 40 ans.»

Dans un article de Libération, qui consacre ce mercredi sa Une à ce limogeage, Laure Adler, ancienne éditrice de la maison, fait part de sa «tristesse»: «Ce qui est en train de se jouer est extrêmement grave pour la liberté d’expression, l’incarnation de ce qu’est un travail d’éditeur, son inventivité littéraire et romanesque, son rapport aux idées...» Sur les réseaux sociaux aussi, l’annonce du licenciement d’Olivier Nora a provoqué un vif émoi. Ainsi, Colombe Schneck a-t-elle déclaré sur Instagram son «soutien» à Olivier Nora: «Je refuse que les droits (de ses quatre livres publiés chez Grasset, ndlr) soient exploités par la nouvelle direction». Le philosophe Bernard-Henri Lévy a annoncé suivre Olivier Nora «où il ira» et s’est exclamé en deux tweets sur X (ancien Twitter): «Vingt-cinq ans qu’Olivier Nora est mon éditeur. Et quel éditeur ! Scrupuleux et enthousiaste. Exigeant et généreux. Comme beaucoup, je n’ai pour lui qu’admiration et gratitude. Et je suis sous le choc.»

Comment vont réagir les autres auteurs emblématiques de la maison Grasset ? Pour n’en citer que quelques-uns: Virginie Despentes (Prix Renaudot, ancienne jurée de l’académie Goncourt), Sorj Chalandon (Goncourt des lycéens, Grand Prix du roman de l’Académie française), Gaël Faye (Goncourt des lycéens, Renaudot), Adélaïde de Clermont Tonnerre, récente Prix Renaudot, Frédéric Beigbeder (Prix Renaudot, juré du Renaudot et du prix de Flore), Metin Arditi, Dominique Fernandez, Han Kang, (prix Nobel de littérature 2024)...

D’après des informations diffusées par France Inter et Libération, et que confirment Le Figaro, un collectif de signatures d’auteurs, dont ferait partie Virginie Despentes, est en train de se former et doit, ce mercredi en fin de journée, se réunir pour «discuter d’une éventuelle suite en vue de récupérer les droits de leurs livres et qu’ils ne soient pas exploités par Hachette».

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Cette initiative sera-t-elle suivie par d’autres ? Sur les réseaux sociaux, des écrivains, comme le milieu de l’édition ont manifesté leur soutien aux auteurs de la maison Grasset à l’image de Tatiana de Rosnay, ainsi que leur tristesse à l’instar de Mathieu Persan, Gaël Tchakaloff, Sarah Chiche et Anne Goscinny, leur inquiétude telle Brigitte Benkemoun, Viktor Lazlo...

Cette nouvelle intervient à quelques heures maintenant de l’inauguration du Salon du Livre de Paris. L’annonce promet de faire encore beaucoup parler.

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