La fissure extérieure traverse la maison de Jean* à Vacquiers (Haute-Garonne) sur toute sa largeur et les autres murs en sont striés, ainsi d’ailleurs que sa terrasse pourtant construite en béton fibré. À l’intérieur, les murs en brique se déforment par endroits, gondolant même au-dessus des tableaux du salon. À 75 ans, Jean constate avec consternation les fissures qui se multiplient sur sa maison achetée en 1980 dans cette commune au nord de Toulouse.
Située sur un terrain victime du retrait-gonflement des argiles (RGA), la ville compte de plus en plus d’habitants victimes de ce phénomène amplifié par le dérèglement climatique. « Si je dois partir en maison de retraite, je comptais vendre ma maison pour la financer mais elle a déjà perdu 40 à 50 % de sa valeur, confie-t-il amèrement. L’inondation et l’incendie dans une maison, c’est la crise cardiaque mais le RGA, c’est le cancer, c’est insidieux, silencieux ».
Près de 20 % des logements de cet agréable village de 1 440 habitants seraient ainsi touchés. Tant que la reconnaissance de catastrophe naturelle n’est pas signifiée par la préfecture, les travaux ne peuvent être pris en charge par les assurances. Désemparés face à l’absence de réponse des autorités, une trentaine d’habitants s’est réunie au sein de l’association SOS Maisons en Danger à Vacquiers (MEDAV), créée en novembre, considérant que le système actuel est à bout de souffle.
La nouvelle association travaille en coordination avec Urgences Maisons Fissurées (AUMF), basée dans la Sarthe, sur une proposition de Grenelle du RGA. « Depuis une dizaine d’années, la mairie demande cette reconnaissance en état de catastrophe naturelle mais c’est refusé alors que Cépet, Gratentour ou Montjoire, les villes voisines l’ont eue, râle Jean, membre de la nouvelle association. »
« Sans la catastrophe naturelle, on ne peut pas faire réparer »
« On ne connaît pas les raisons de ce refus, poursuit Jean, et on ne peut pas faire réparer nos biens. Le RGA s’accentue avec l’alternance des sécheresses et des périodes humides, fragilisant encore plus les bâtiments. Sans compter les conséquences psychologiques car cette situation pèse ». Denis, un autre propriétaire résidant dans un autre quartier de Vacquiers, affiche le même désarroi face aux fissures qui se propagent sur sa maison. Il ne peut plus ouvrir certains volets ou fenêtres, un poteau extérieur s’est brisé et la poutre de sa porte d’entrée est tombée.
« Les travaux sont évalués à environ 150 000 euros sur une maison qui en vaut 350 000, ce n’est pas possible d’assumer ce coût », avoue ce sexagénaire. Même l’église Saint-Sernin, dominant la commune, porte d’importantes fissures, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur : sous le vitrail derrière l’autel ou dans une chapelle où la cicatrice court sur toute la longueur, et a contraint de déplacer une statue de Jésus. L’édifice a pourtant été rénové en 2009.
« Il y a un an, une étude a été réalisée mais elle n’a pas acté la mise en péril de l’église, explique Michèle Begué, adjointe au maire. On constate que la fissure de la chapelle s’est vite agrandie donc on n’est pas sereins. » L’association MEDAV et l’association Urgences Maisons Fissurées basée dans la Sarthe doivent être entendues à l’Assemblée nationale le 15 avril sur le RGA afin de trouver des solutions sur ce phénomène qui pourrait toucher une maison sur deux en France, selon les derniers chiffres du ministère de la Transition écologique.











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