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Alberto Barbera a pris la plume dans La Stampa pour défendre l’édition 2026 de son festival, marquée par l’absence des studios américains.
Cannes et Venise, même combat et difficultés. Les deux emblématiques festivals de cinéma européens rivaux n’arrivent plus à faire venir les grands films de studios sur leurs tapis rouges. Pendant une décennie, la cité des Doges semblait avoir l’avantage sur la Croisette. Les studios et les stars se pressaient sur la lagune pour lancer les prétendants à la course aux Oscars. Ferrari, Dune, Bugonia, les Banshees d’Inisherin, Maestro ont ainsi débuté sur le Lido. Le calendrier de la manifestation italienne, programmée début septembre, étant vue comme plus favorable que celui printanier de la Croisette.
Mais cette année, Cannes et Venise sont logés à la même enseigne : impossible d’attirer de gros films événement hollywoodiens. Si des comédiens de renom sont bien présents, c’est pour défendre des films d’auteur. Annoncée la semaine dernière, la programmation de l’édition 2026 de la Mostra, qui se déroulera du 2 au 12 septembre, n’a pas enthousiasmé les critiques et les cinéphiles. Ils la jugent bien trop sobre, voire faiblarde et sans lustre. Même les plateformes, accueillies habituellement à bras ouverts sur la Mostra, brillent par leur absence.
Voilà donc le directeur du Festival de Venise Alberto Barbera mis en difficulté. Le septuagénaire, ancien critique de cinéma, poursuit sa vigoureuse opération de déminage, entamée dans la presse spécialisée hollywoodienne, et a pris la plume dans La Stampa . « Ce n’est pas la faute de Venise si Hollywood est en crise. Moi, je continue de rêver », écrit-il dans le quotidien italien.
«Un vide temporaire»
«Il serait erroné de nous imputer une absence qui découle presque exclusivement de la situation critique des anciens et glorieux studios américains, dont la plupart ont disparu suite à une série de fusions», souligne Alberto Barbera. «Une crise d’identité et de planification, la hausse des coûts et la baisse des recettes (à quelques exceptions notables près), la réévaluation des stratégies de production et de marketing, ainsi que la concurrence croissante des plateformes ont créé un vide, espérons-le temporaire, de films adaptés aux festivals européens», poursuit sa tribune dans un argumentaire assez voisin de celui déployé en mai par son homologue cannois Thierry Frémaux.
Alberto Barbera cite ainsi l’exemple de Digger, la mystérieuse satire d’Alejandro González Iñárritu portée par Tom Cruise. «Le seul grand film auquel nous pourrions aspirer est Digger, que Warner Bros. préfère sortir en misant sur l’effet de surprise, faisant l’impasse sur tous les festivals d’automne», écrit-il. Et d’affirmer, en pensant notamment au troisième volet de Dune et au film de David Fincher avec Brad Pitt The Adventures of Cliff Booth : «Les autres titres sont soit inexistants, soit n’étaient pas prêts à temps pour nos dates. Je serais prudent avant de tirer des conclusions hâtives quant à la décision des Américains de boycotter les festivals : peut-être l’année prochaine aurons-nous une meilleure idée des nouvelles stratégies de promotion cinématographique», plaide Alberto Barbera.
Le précédent Sinners et Une bataille après l’autre
Le triomphe aux Oscars d’Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson et Sinners de Ryan Coogler n’est pas étranger à cette crise et a donné à réfléchir aux studios. Les deux films Warner Bros. ont été lancés hors festival et ont triomphé au box-office comme dans les cérémonies des prix. C’est probablement la stratégie que cherche à dupliquer Digger. Les studios ont aussi été échaudés par le risque de mauvais accueil réservé à leurs films en festival. À Venise, Joker : Folie à deux a été éviscéré par la critique et ne s’est jamais remis de ce bouche à oreille initial négatif. À Cannes, les premières d’Indiana Jones et le Cadran de la destinée, Mission impossible : The Final Reckoning ou Solo : A Star Wars Story sont retombées comme un soufflé. Le calcul est vite fait : il est bien trop cher de faire venir une équipe en festival pour si peu de retombées.
Quand les stars viennent désormais c’est pour défendre des films indépendants, comme Adam Driver avec Paper Tiger ou Sebastian Stan avec Fjord à Cannes, ou John Malkovich et Robert Pattinson, qui présenteront à Venise Wild Horse Nine et Primetime. Les studios semblent privilégier des festivals «plus locaux» et décontractés, où les films sont moins exposés. Behemoth avec Pedro Pascal débutera au festival du film de New York, Elsinore, avec Andrew Scott, au festival du film de Londres.
Alberto Barbera est aussi revenu dans sa tribune sur la présence d’une seule réalisatrice dans la course au lion d’or. Mettant là aussi en cause des facteurs extérieurs, indépendants de sa volonté. «Le problème réside à la racine : dans les difficultés d’accès à la profession, dans les choix de production et dans la plus grande difficulté pour les femmes d’obtenir des financements et des budgets adéquats», diagnostique-t-il. «Il est facile de blâmer les festivals pour des responsabilités qui ne nous incombent pas, mais c’est probablement injuste et contre-productif, tout comme l’introduction de quotas de genre, qui conviennent au monde politique et aux affaires, mais pas aux arts», met-il en garde.

il y a 13 hour
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