Une cage de MMA devant la Maison Blanche. Pour célébrer ses 80 ans, Donald Trump n'a pas choisi un dîner de gala ni une parade militaire, comme en 2025. Le milliardaire républicain a décidé de transformer le cœur du pouvoir exécutif américain en arène de combat à l'occasion d'un événement hors norme organisé dimanche 14 juin avec l'UFC, la plus puissante organisation d'arts martiaux mixtes (MMA) au monde.
Sur la pelouse sud, habituellement réservée à la traditionnelle chasse aux œufs de Pâques ou à des événements familiaux, une arène, surnommée "The Claw" ("la griffe"), a été installée sous une structure métallique culminant à près de 30 mètres de hauteur.
Écrans géants, gradins temporaires et dispositif digne des plus grands événements sportifs : l'ampleur de la soirée est telle qu'elle a même eu des conséquences sur l'agenda diplomatique international. Le sommet du G7 d'Évian-les-Bains, dans le sud-est de la France, initialement prévu à partir du 14 juin, a été décalé d'une journée afin de permettre au président américain d'assister à sa propre célébration à Washington.
Un show Maga à 60 millions de dollars
Au total, près de 4 500 invités sont attendus dans l'enceinte de la Maison Blanche. Jusqu'à 100 000 personnes supplémentaires pourraient suivre les combats depuis un parc voisin où des retransmissions sur écran géant sont prévues. Le coût de l'opération est estimé à près de 60 millions de dollars par plusieurs médias américains. "L'UFC paye. Aucun argent public n'est utilisé" pour cette installation, affirmait en mai à l'AFP un responsable de l'exécutif américain.
Au cœur du show qui doit durer 4 heures 15, plusieurs combats ont été annoncés, dont un affrontement entre le Français Ciryl Gane et le Brésilien Alex Pereira pour un titre mondial intérimaire des poids lourds. À quelques mètres seulement de la cage où s'échangeront coups de poing et coups de pied se trouvent le Bureau ovale et la "Situation Room", la salle de crise depuis laquelle sont prises certaines des décisions les plus sensibles de la politique étrangère américaine, comme les frappes menées en Iran.
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Baptisé UFC Freedom 250, l'événement s'inscrit officiellement dans le cadre des célébrations du 250e anniversaire de la déclaration d'indépendance des États-Unis – qui se tient seulement trois semaines plus tard, le 4 juillet. Une justification assumée par Dana White, patron de l'UFC et allié de longue date de Donald Trump, qui se défend d'organiser un événement politique. "J'aime ce pays comme n'importe qui à gauche [ou] à droite l'aime. Je dépense un paquet d'argent pour célébrer le 250e anniversaire des États-Unis", a-t-il déclaré au magazine Time.
Cette proximité entre les deux hommes nourrit toutefois les critiques. Dans une plainte déposée la semaine dernière, un ancien fonctionnaire fédéral et un vétéran de la guerre du Vietnam accusent l'administration Trump d'avoir détourné des ressources publiques pour organiser ce qu'ils qualifient d'événement sportif privé au profit du président et de ses proches. "Il s'agit d'un stratagème profondément corrompu visant à enrichir le président et ses amis", dénoncent les plaignants.
L'action en justice vise notamment le Service des parcs nationaux et le ministère de l'Intérieur. Selon eux, plusieurs règles fédérales auraient été contournées pour permettre l'organisation d'un événement commercial sur la pelouse de la Maison Blanche, alors même que ce type de manifestation nécessite normalement l'approbation du Congrès.
Quand la fête tourne au casse-tête
Pour garnir les tribunes, le Pentagone a lancé un appel à volontaires parmi les militaires américains. Mais les conditions ont attisé les critiques. Les soldats sélectionnés doivent financer eux-mêmes leur déplacement et répondre à plusieurs critères physiques stricts, selon CNN. Taille, poids et condition athlétique sont notamment pris en compte.
Des exigences qui rappellent les déclarations de Pete Hegseth, ministre de la Défense de Donald Trump, qui s'en était pris dans un discours en octobre aux "soldats gros", multipliant les attaques contre ce qu'il qualifie de culture "woke" au sein des forces armées. Malgré cette polémique, environ 4 300 militaires devraient être présents.
Les gradins risquent en revanche d'être moins garnis du côté des stars. Selon Vanity Fair, plusieurs célébrités sollicitées pour assister à l'événement ont décliné l'invitation. Parmi elles figureraient notamment l'ancien catcheur Dwayne "The Rock" Johnson, et les acteurs Jared Leto, Jason Statham ou encore Adam Sandler.
Le plus gros revers concerne sans doute le grand concert qui devait se tenir sur le National Mall à Washington. Sur les neuf artistes initialement programmés, cinq ont annoncé leur retrait, évoquant des "tensions politiques" et dénonçant une présentation trompeuse de l'événement.
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"Ce qui nous avait été présenté comme une célébration de notre pays a évolué vers quelque chose de bien plus clivant que ce à quoi j'avais accepté de participer", a expliqué Bret Michaels, chanteur du groupe Poison. La star de la country Martina McBride a aussi refusé, affirmant avoir accepté de participer à ce qui lui avait été présenté comme un "événement non partisan".
Pour éviter la déroute, Donald Trump a décidé de changer de formule. Exit le concert : place au "plus grand meeting [politique, NDLR] de tous les temps", qui sera organisé le 24 juin, a-t-il promis sur Truth Social, allant jusqu'à se comparer à "Elvis à son apogée, mais sans guitare". Et d'ajouter, avec un brin de mauvaise foi : "Nous ne voulons pas de chanteurs sans talent, avec des cachets énormes qui vous endorment, nous leur avons tous dit de rester chez eux."
Une célébration qui divise
Comme souvent, Donald Trump voit plus grand encore. Dans une vidéo diffusée début juin, il a laissé entendre que les installations construites pour l'événement, dont "The Claw", pourraient devenir permanentes. Pour défendre cette idée, il a convoqué l'exemple... de la Tour Eiffel. "Beaucoup ne savent pas qu'à Paris, la Tour Eiffel, achevée en 1889, devait être démontée immédiatement après l'Exposition universelle", rappelle-t-il. "Et puis ils se sont dit : 'En fait, on l'aime bien, gardons-la un peu plus longtemps.'"
Reste un invité que Donald Trump ne maîtrise pas et dont la presse américaine parle beaucoup : la météo. Les prévisions du Service météorologique national annoncent un risque d'averses et d'orages pour la soirée du 14 juin, précisément au moment où doivent débuter les principaux combats. Dana White redoute déjà un autre problème : les insectes. "Il y aura des moucherons, des papillons de nuit, peut-être même des chauves-souris", a-t-il plaisanté après une visite des lieux.
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Du côté du camp démocrate, les critiques pleuvent. "Trump transforme la Maison Blanche en terrain de jeu personnel", a dénoncé la sénatrice démocrate d'Hawaï Mazie Hirono, rappelant le projet de l'immense salle de bal voulue par le président américain. Même ton chez la représentante californienne Sara Jacobs : "On dirait que Donald Trump est prêt à tout sauf à faire baisser le prix de l'essence, des produits alimentaires, des services de garde d'enfants et du logement."
Le sénateur Adam Schiff a, lui, résumé l'affaire en une formule : "Trump se fait construire une salle de bal dorée et organise un combat de l'UFC pour son anniversaire [...] pendant que [les Américains] peinent à payer leurs factures." Selon un sondage YouGov publié le 5 juin, 51 % des Américains désapprouvent l'organisation de cette soirée.
Pendant que Donald Trump fêtera son anniversaire à Washington, ses opposants organiseront leur propre célébration. Le même soir, à New York, un collectif d'artistes réunira notamment les chanteuses Jane Fonda, Patti Smith et Bette Midler, lors d'un concert baptisé "No Kings" ("pas de rois"), du nom du mouvement de contestation contre Donald Trump.











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