De Laurentis, un voyage au cœur de la musique électronique au Printemps de Bourges

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Dans une scénographie bi frontale au sein de laquelle 200 spectateurs avaient pris place, De Laurentis a déroulé un programme dense, érudit et ludique à la fois.

Dans une scénographie bi frontale au sein de laquelle 200 spectateurs avaient pris place, De Laurentis a déroulé un programme dense, érudit et ludique à la fois. JEAN-ADRIEN MORANDEAU

NOUS Y ÉTIONS - La musicienne française a présenté Pionnières, une création ludique et érudite, dans le cadre festival.

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La réussite d’une édition du Printemps de Bourges se mesure à la qualité des créations originales présentées dans le cadre du festival. Cette année, la manifestation a orchestré un projet aussi ambitieux qu’original : un hommage aux pionnières de la musique électronique. Ces femmes dont les noms sont pour la plupart inconnus du grand public ont, chacune à leur manière, fait avancer ce que l’on regroupe désormais sous l’appellation «musiques électroniques.» Elles se nomment Daphné Oram, Éliane Radigue, Delia Derbyshire, Laurie Anderson, Suzanne Ciani ou encore Wendy Carlos. C’est à la française De Laurentis, figure majeure de cette esthétique, que l’on doit cette évocation. La jeune femme a travaillé de longs mois sur un dispositif qui raconte près d’un siècle d’évolution musicale et technologique. Pionnières racontent les apports de ces femmes, mais aussi l’essor des machines qui ont accompagné leurs travaux. Du theremin des années 1930 aux logiciels actuels développés en ayant recours à l’intelligence artificielle, le parcours a été riche en innovations technologiques.

Dans une scénographie bi frontale au sein de laquelle 200 spectateurs avaient pris place, De Laurentis a déroulé un programme dense, érudit et ludique à la fois. Suivant une narration chronologique, elle a suivi les parcours de femmes aujourd’hui pour la plupart oubliées. Vêtue de blanc telle une laborantine, la jeune femme évolue avec grâce parmi les machines. Certaines sont rarissimes, d’autres plus courantes, informatisées ou non, et toutes racontent à quel point le progrès a été au service de l’innovation.

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Sur un écran central sont diffusées des déclarations des différentes créatrices, comme autant de professions de foi. Un battement de cœur résonne dans la sono. Clara Rockmore ouvre le bal. Cette Lituanienne naturalisée américaine a été la première virtuose du thérémine, tout premier instrument électronique de l’histoire, ancêtre du synthétiseur mis au point par le Russe Leon Theremin en 1919. Daphné Oram, créatrice de l’Oramics, procédé de représentation graphique du son, est une autre de ces pionnières. De Laurentis s’aide d’un Ipad pour tracer des lignes qui déclenchent des sonorités, tracent des mélodies sur un rythme tour à tour soutenu puis apaisé. La musicienne chante une mélodie à laquelle répond la machine, dans un duo assez vertigineux. En s’inscrivant dans les pas de ses aînées, la musicienne française affirme puissamment son identité, trace un arbre généalogique qui l’ancre dans un héritage nourri.

Vêtue de blanc telle une laborantine, la jeune femme évolue avec grâce parmi les machines. JEAN-ADRIEN MORANDEAU

La Française Eliane Radigue est indissociable de sa machine favorite, le ARP 2500, avec lequel elle a partagé une véritable histoire d’amour. Cet instrument rare et capricieux est installé sur scène grâce au prêt d’un généreux collectionneur. De Laurentis le manipule avec un soin extrême, en tirant des sons parfois grinçants mais toujours intrigants. Pour évoquer Wendy Carlos, De Laurentis joue un extrait de la bande originale d’Orange mécanique, composée par cette pionnière du Moog et fréquente collaboratrice de Stanley Kubrick. Cette musicienne, première personnalité publique à effectuer une transition de genre en 1970, a aussi travaillé sur la bande-son de Shining . Le parcours du spectacle poursuit sa dimension chronologique en abordant le travail de Suzanne Ciani, qui a donné un premier concert au synthétiseur le 1er avril 1974. On redécouvre aussi les innovations de Laurie Spiegel, qui travaille sur une nouvelle machine, l’ordinateur Macintosh développé par la firme californienne Apple, via la Music Mouse. L’évocation n’échappe pas à un certain fétichisme de l’objet, que l’on peut rapprocher des musiciens de rock vouant un culte à leurs guitares.

Laurie Anderson et Anne Clark incarnent les sons de la décennie 1980, qui introduit l’incursion de l’électronique dans la pop commerciale. Le voyage se conclut en beauté avec l’évocation de l’Islandaise Björk à travers une reprise de Venus as a Boy, présent sur le premier album solo de la chanteuse en 1993. Une œuvre qui marqua l’irruption de cette héritière dans le champ de la musique grand public. On espère que ce beau spectacle sera redonné et bénéficiera de développements ultérieurs. La passion que lui insuffle De Laurentis est véritablement contagieuse.

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