Les images d’Hugo Ekitike, grimaçant de douleur avant d’être en pleurs sous la pluie de Liverpool, avaient laissé peu de doutes mardi quant à la gravité de sa blessure. La sentence est tombée ce mercredi : rupture du tendon d’Achille, et inévitablement, un forfait pour la Coupe du monde. L’attaquant des Bleus et des Reds a été brutalement stoppé dans son élan lors de ce quart-de-finale retour de Ligue des champions, remporté par le PSG (0-2).
On dispute la 28e minute de la rencontre quand l’international français se retrouve au sol. Le jeu est alors rapidement arrêté. On imagine d’abord qu’il y a pu y avoir un accrochage avec Willian Pacho. Mais c’est bien seul que l’ancien Rémois s’est gravement blessé au pied droit. Sur le moment, il se tient l’arrière de la cheville, tente de se relever une première fois, puis une seconde mais ne peut finalement pas tenir debout. « S’il s’arrête net, c’est parce qu’il sent qu’il n’a plus de force dans le mollet et qu’il ne peut plus dérouler son pied, et se mettre sur la pointe de pied, analyse Marc Rozenblat, médecin du sport. Ce qu’il peut arriver, c’est la sensation de recevoir un coup par-derrière. »
« Une fraction de seconde peut suffire à rompre le tendon »
Selon le professionnel de santé, « un mauvais geste technique » comme « une mauvaise reprise d’appui ou un mauvais contrôle sur une impulsion ou une réception », même à une intensité relativement élevée peut être à l’origine de la blessure. « Une fraction de seconde passée dans une mauvaise position peut suffire à rompre le tendon d’Achille », précise-t-il. Et dans la majorité des cas, selon lui, l’organe touché est sain, sans antécédent particulier.
La plupart du temps, c’est dans une zone - « très peu vascularisée » - située à deux voire trois centimètres de l’attache du calcanéum (l’os qui compose le talon du pied) que le tendon d’Achille se rompt, d’après Marc Rozenblat. Vient alors le moment du premier test, probablement celui réalisé par les médecins de Liverpool directement sur la pelouse d’Anfield ou peu de temps après dans les vestiaires. « Lorsqu’on examine et qu’on masse le mollet, si le pied ne bouge plus, cela signifie qu’il n’y a plus de communication entre les deux et cela vient confirmer la rupture », ajoute-t-il.
La même blessure pour Koscielny avant la Coupe du monde 2018
Cette blessure, l’une des plus sérieuses pour un joueur en activité, n’est pas aussi fréquente que la rupture d’un ligament d’un genou mais elle a, avant Hugo Ekitike, contraint d’autres joueurs à l’arrêt. En 2018, à quelques semaines de la Coupe du monde, c’est Laurent Koscielny qui en avait fait les frais. Il avait été arrêté sept mois au total.
En 2024, au retour des Jeux olympiques, le Brestois Bradley Locko avait lui aussi été touché et avait connu une sensation sans doute similaire à celle connue par Hugo Ekitike mardi. « J’étais comme foudroyé » , a-t-il raconté à Ouest-France au moment de décrire la douleur vécue durant un entraînement. Avant lui, c’est Presnel Kimpembe, blessé avec le PSG en février 2023 lors d’un match de Ligue 1 contre l’OM, qui a eu toutes les peines du monde à se relancer. Un cas particulier puisque le défenseur avait dû être réopéré près de dix mois après la première intervention.
Si l’opération n’est pas obligatoire selon Marc Rozenblat, elle est très régulièrement privilégiée par les sportifs de haut niveau. Pour l’heure, Liverpool n’a pas communiqué sur le programme de soins de son joueur mais celui-ci devra, quoi qu’il arrive, être immobilisé a minima pendant plusieurs semaines. « Si tout se passe bien, la reprise de l’entraînement avec kiné et la préparation physique peuvent débuter dès trois mois. Une reprise à haut niveau est possible d’ici quatre mois », complète le médecin. En 2009, Sydney Govou, l’ancien pro de l’Olympique lyonnais, avait, lui, réussi un retour éclair dans ce laps de temps.
Hugo Ekitike va donc devoir s’armer de patience avant de retrouver les terrains. La blessure « est compliquée, car la cicatrisation est longue et qu’elle est soumise à beaucoup de contraintes. C’est un tendon qui supporte beaucoup de charges », nous expliquait ainsi Fabrice Bryand, ancien médecin de l’équipe de France (2010-2012) au moment de commenter la blessure de Presnel Kimpembe. « A priori, le risque de rechute n’est pas plus important sur le tendon déjà touché, car il va reprendre de l’épaisseur quand il va se reformer, mais c’est l’autre jambe qui peut être touchée », prévient Marc Rozenblat. Afin de l’éviter, la recherche des causes de la blessure peut notamment passer par une étude posturale.











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