Dix-huit personnes sont mortes depuis jeudi parmi les milliers de migrants qui ont tenté de pénétrer dans l'enclave espagnole de Ceuta à partir du Maroc, a déclaré vendredi 31 juillet le ministère espagnol de l'Intérieur, évaluant à près de 50 000 le nombre de migrants ayant franchi la frontière au cours des dernières 24 heures.
Des "milliers" de migrants ont traversé la frontière dans la seule nuit de jeudi à vendredi, a indiqué une source policière à l'AFP, assurant qu'il était impossible de les compter.
Face à cet afflux massif, l'Espagne a envoyé des renforts policiers et militaires. Le président du gouvernement, Pedro Sanchez, est attendu dans la journée sur place, accompagné du ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska, pour rencontrer les forces de sécurité et les autorités locales.
Le ministre français de l'Intérieur, Laurent Nunez, a indiqué qu'il allait de nouveau s'entretenir à ce propos avec son homologue espagnol, vendredi.
"Je me suis entretenu hier avec mon homologue espagnol, on doit se parler aujourd'hui", a réagi le ministre de l'Intérieur sur RTL.
Sur X, Laurent Nunez a annoncé l'activation de la "Force Frontière d'intervention rapide pour des contrôles en profondeur".
Le ministre a précisé sur le réseau social avoir "dès hier soir (jeudi soir) donné des instructions pour renforcer sans attendre les contrôles à la frontière espagnole".
"Nous avons un contrôle à la frontière franco-espagnol, il existe, d'ailleurs il a été renforcé ces derniers mois", a rappelé le ministre à l'antenne.
"Nous avons une force mobile présente en permanence. On prendra évidemment des mesures s'il y a des mouvements vers le territoire national. En tout cas, on renforcera évidemment le contrôle à la frontière", a-t-il poursuivi.
La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, a dit jeudi soir envisager de suspendre les accords Schengen de libre circulation avec l'Espagne.
À lire sur Infomigrants"Chaque jour, une centaine de migrants arrivent" à la nage : Ceuta, débordée par les traversées de la mer depuis le Maroc voisin
L'une des seules frontières terrestres UE/Afrique
Ceuta et Melilla, une autre enclave espagnole située quelque 400 km plus à l'est, constituent les seules frontières terrestres de l'Union européenne (UE) sur le continent africain. Ces deux villes autonomes connaissent périodiquement des vagues de tentatives de passage de migrants cherchant à entrer en Europe.
Le ministre espagnol de la Politique territoriale, Angel Victor Torres, a estimé vendredi que les arrivées massives observées la veille avaient été provoquées par une combinaison de facteurs, notamment une décision rendue récemment par la Cour suprême espagnole, laquelle a jugé que les migrants interceptés en mer alors qu'ils tentaient de rejoindre Ceuta ou Melilla ne pouvaient pas être renvoyés immédiatement en vertu d'un régime spécial applicable dans ces enclaves.
Angel Victor Torres a déclaré à une radio locale que le gouvernement espagnol avait réagi sans délai à cet afflux et qu'il procéderait, le moment venu, au renvoi des migrants dans le respect des décisions de justice et des droits des intéressés.
"J'ai craint pour ma vie"
Du côté marocain de la frontière, des milliers de candidats au départ ont continué à affluer la nuit dernière vers la ville de Fnideq, proche de Ceuta, se déplaçant le long de la côte à la recherche d'itinéraires alternatifs malgré le déploiement des forces de sécurité qui ont permis de bloquer la plupart des tentatives de passage.
Brahim, âgé de 32 ans, qui n'a pas souhaité donner son nom complet, a raconté être arrivé trop tard de Tanger dans l'espoir de franchir le point de passage vers l'enclave espagnole, qu'il a trouvé fermé.
Un autre migrant, refusant également de décliner son identité, a dit avoir été pris dans une bousculade lors d'une tentative de traversée.
"J'ai craint pour ma vie", a-t-il dit, décrivant des scènes de chaos, avec de personnes se bousculant et se marchant dessus le long d'une étroite route côtière.
Les migrants massés à Fnideq étaient principalement des Marocains, ainsi que quelques personnes originaires d'Afrique subsaharienne et d'Algérie, dont des femmes et des enfants.
Les autorités marocaines ont déployé des canons à eau et renforcé la sécurité aux postes de passage, repoussant à plusieurs reprises les migrants cherchant à s'approcher de la frontière.
À proximité se trouvaient les restes calcinés d'un bus et de sept véhicules, abandonnés après des affrontements survenus lorsque les autorités ont tenté de contenir la foule, selon des journalistes de Reuters.
Fatima Mahli, âgée de 23 ans, résidente de la ville marocaine de Tétouan, assise avec ses deux filles vendredi en matinée au bord d'une route menant au point de passage vers l'enclave espagnole, a déclaré que son mari était parti avant l'aube pour tenter de rejoindre Ceuta à la nage.
"Je pensais pouvoir traverser la frontière à pied. Mais nous sommes bloquées ici, incapables de rentrer chez nous", a-t-elle dit. "J'espérais traverser en famille, mais mon mari s'est levé tôt et est passé le premier, à la nage."
Avec Reuters et AFP










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