C’est une première. En France, on ne s’était jamais intéressé, dans le détail, à l’influence réelle des think tanks, ces étranges structures que l’on doit aux Anglo-Saxons, des "objets politiques non identifiés", selon l’expression du sociologue Marc Patard. C’était sans doute une erreur. Depuis quelques années, profitant de leur ambiguïté - ces instituts se situent souvent à mi-chemin entre la recherche universitaire et le plaidoyer politique - des puissances hostiles à l’UE investissent ce terrain à Bruxelles, comme le révèle une note du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, que L’Express dévoile en exclusivité.

"Si la sphère bruxelloise restait jusqu’à récemment relativement consensuelle, on note depuis peu la montée en puissance d’un écosystème d’expertise alternatif, plus proche des positions eurosceptiques et conservatrices de partis considérés en dehors du 'cordon sanitaire' politique, comme les Patriotes pour l’Europe et les Conservateurs et réformistes européens", écrivent les auteurs. Leur démonstration s’appuie sur un "indice d’influence" qu’ils ont développé à partir de quatre critères : le budget, les effectifs, le nombre de publications et la fréquence des contacts avec la Commission européenne.