Fifa Forward Enterprise : le projet qui fracture le football mondial

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Alors que la Fifa étudie l'impact d'un élargissement de la Coupe du monde de 48 à 64 équipes pour l'édition de 2030, son patron Gianni Infantino fait face à une contestation sans précédent après avoir dévoilé, mardi 28 juillet, son projet de créer la Fifa Forward Enterprise (FFE), une société commerciale ouverte à des investisseurs privés. 

Présentée comme un levier de financement du développement du football mondial, cette initiative suscite de vives critiques, des menaces de boycott de l'UEFA et des interrogations sur la gouvernance de l'instance. Mais qu'est-ce qui se cache derrière ce projet ?

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"Faire émerger les prochains Cap-Vert"

Le projet de la Fifa prévoit la création d'une société, la Fifa Forward Enterprise (FFE), chargée de gérer ses activités commerciales (diffusion, sponsoring, billetterie, octroi de licences) et événementielles (Coupe du monde, Coupe du monde des clubs, etc.).

Des investisseurs privés pourront en posséder des parts, mais resteront minoritaires, a promis l'instance qui espère lever jusqu'à 4,2 milliards de dollars, sur la base d'une évaluation de la FFE à 20 milliards de dollars. Grâce à cet argent, chacune des 211 fédérations membres de la Fifa pourrait recevoir 20 millions de dollars en plus de la dotation habituelle.

Selon la Fifa, cette initiative vise à attirer des investissements à long terme pour soutenir le développement du football mondial grâce à des programmes tels que le Programme Fifa Fast Forward (FFFP), un mécanisme optionnel de financement de projets incluant des stades, des centres nationaux d'entraînement et d'autres infrastructures.

"Une part trop faible de la valeur commerciale croissante du football revient aux acteurs de ce sport qui en ont le plus besoin, a justifié Gianni Infantino. C'est une occasion en or de dynamiser le développement du sport à l'échelle mondiale." "Nous souhaitons contribuer à faire émerger les prochains Cap-Vert", a-t-il assuré, en référence à la sélection du petit État insulaire d'Afrique qui a atteint les 16es de finale du dernier Mondial pour sa première participation.

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Un conflit d'intérêts ?

Pour concrétiser la création de cette société commerciale, soumise à validation par le Conseil de la Fifa, la Fifa travaille avec la banque d'affaires J.P. Morgan et le fonds d'investissement Thrive Eternal, créé par Joshua Kushner, le frère de Jared, gendre de Donald Trump.

D'après le journal britannique The Times qui a révélé le projet FFE avant le communiqué de la Fifa, Infantino pourrait devenir commissaire de la FFE à la fin de son mandat en 2031, avec une rémunération potentiellement comparable au salaire annuel de Roger Goodell, commissaire de la NFL, estimé à environ 64 millions de dollars.

L'association AC!! Anti-Corruption a ainsi déposé plainte contre X auprès du Parquet national financier (PNF) pour des faits de "corruption" et "abus de confiance" après l'annonce de la Fifa de son projet. La plainte, consultée par l'AFP, évoque "des faits impliquant M. Gianni Infantino", le président de la Fifa, qui selon l'association AC!! Anti-Corruption sont susceptibles de relever de qualifications pénales, parmi lesquelles la "corruption privée", "l'abus de confiance", et l'"extorsion ou tentative d'extorsion".

Le président Donald Trump (à gauche) s'entretient avec le président de la FIFA, Gianni Infantino, alors que des confettis tombent à l'issue de la finale de la Coupe du monde de football opposant l'Espagne à l'Argentine, à East Rutherford (New Jersey), le 19 juillet 2026. Le président Donald Trump (à gauche) s'entretient avec le président de la FIFA, Gianni Infantino, alors que des confettis tombent à l'issue de la finale de la Coupe du monde de football opposant l'Espagne à l'Argentine, à East Rutherford (New Jersey), le 19 juillet 2026. AP Photo/Jacquelyn Martin - Jacquelyn Martin

De vives critiques

Au lendemain de l'annonce de son projet d'ouvrir la porte aux investisseurs privés, via la création d'une société attenante, la Fifa s'est retrouvée sous le feu des critiques sportives et politique.

"Pas touche à notre sport", a intimé l'UE à la Fifa mercredi par la voix du commissaire européen Glenn Micallef, estimant sur X que "la commercialisation effrénée du football était devenue nocive" et que ce projet "menaçait ce qui fait du football le sport le plus populaire du monde". "Ces propositions soulèvent d'importantes questions au regard du droit de la concurrence", a ajouté Glenn Micallef, précisant que "la Commission européenne examinerait ces propositions avec la plus grande attention".

Le boycott de l'UEFA

En réponse à ce projet, les ⁠55 pays ​membres de l'UEFA ont voté à l'unanimité en faveur d'un boycott ​de la Coupe du monde de football et des autres tournois organisés par la Fifa dans le cas où cette dernière approuverait ​le ‌projet de son président, Gianni Infantino.

"Aucune équipe nationale de l'UEFA ne participera à une compétition de la Fifa tant que ces ‌propositions resteront d'actualité, à moins que ce projet ne soit abandonné dans son intégralité ​et que des garanties fermes ne soient données quant au fait que la Fifa n'ouvrira plus jamais sa gouvernance ou ​ses compétitions à des investisseurs privés", a déclaré l'UEFA dans un communiqué ​publié à l'issue d'une réunion virtuelle.

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Le rejet de la Concacaf

La Concacaf, qui regroupe 41 fédérations de football d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes, a elle aussi formellement rejeté jeudi le projet de la Fifa à l'issue d'une réunion de ses membres.

"Au cours de la réunion, les membres ont exprimé de vives inquiétudes quant à l'absence de procédure régulière entourant cette proposition, quant au délai artificiellement court imposé et quant au fait qu'aucun organe de gouvernance compétent de la Fifa ne l'a examinée ni approuvée", écrit la Concacaf dans un communiqué. "Par ailleurs, la nécessité de recourir à des investissements en capital-investissement pour financer de nouveaux programmes Fifa Forward (programme de développement du foot dans le monde, NDLR), ainsi que ceux déjà existants, après la Coupe du monde la plus rentable de l'histoire, a été remise en question", poursuit-elle.

Vendredi, la Confédération asiatique de football (AFC), dont l'Australie est membre, a soutenu l'UEFA et la Concacaf dans le but de "protéger la Coupe du monde", a-t-elle annoncé dans un communiqué, tout en prenant pas clairement position contre le projet. 

"Compte tenu des positions exprimées par l'UEFA et la Concacaf, ainsi que des divisions sans précédent qui sont apparues dans le monde du football, l'AFC estime que la FFE (Fifa Forward Enterprise) proposée ne peut, de manière réaliste, parvenir au large consensus et à l'unité nécessaires pour aller de l'avant", a souligné la confédération de 47 membres, dont 46 sont membres de la Fifa.

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Des autres confédérations plus mesurées

La Confédération océanienne de football (OFC) a invité ses onze associations membres à "étudier" le projet de la Fifa de créer une société commerciale ouverte aux investisseurs privés et à "participer au processus de consultation" initié par l'instance mondiale.

"Cette proposition sera examinée par le comité exécutif de l'OFC lors de sa prochaine réunion en août. L'OFC invite ses associations membres à étudier cette proposition et à participer au processus de consultation", a indiqué l'instance océanienne dans un communiqué publié jeudi.

La Confédération africaine a, elle aussi, appelé ses associations membres, à "examiner la proposition" tandis que la Conmebol (Amérique du Sud) ne s'est pas exprimée à ce stade.

La Fifa persiste

Malgré une levée de boucliers, la Fifa a confirmé vendredi sa volonté de maintenir son projet d'ouverture affirmant avoir entendu les critiques et vouloir poursuivre des consultations "ouvertes et démocratiques"

"Le processus de consultation que nous avions prévu a été perturbé par des informations inexactes diffusées dans les médias", affirme vendredi dans un communiqué l'instance dirigeante du football mondial, ajoutant : "Nous poursuivrons néanmoins cette consultation afin que chaque fédération membre puisse se prononcer sur la base de faits avérés".

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La démission du conseiller principal d'Infantino

Face à ce maintien, le conseiller principal du président de la Fifa Gianni Infantino, Carlos Cordeiro, a annoncé vendredi sa démission immédiate, s'opposant "catégoriquement" au projet de l'instance mondiale du football.

"Qu'on soit bien clair: je n'ai joué aucun rôle dans cette proposition et je m'y oppose catégoriquement. C'est une mauvaise chose pour les associations membres de la Fifa, une mauvaise chose pour le football, et une mauvaise chose pour l'avenir à long terme du jeu", a écrit sur Linkedin cet ancien banquier dont la démission est un nouveau coup porté au président de la Fifa Gianni Infantino.

Un nouveau rival pour Infantino ?

Selon plusieurs médias, l'UEFA, en conflit ouvert avec la Fifa, veut défier directement Infantino. Ce dernier veut briguer un nouveau mandat lors de l'élection de 2027, mais la fédération européenne compte pousser sa propre candidature. 

D'après Talksport le président de l'UEFA, Alexander Ceferin, serait le candidat le plus qualifié, mais il semblerait que l'avocat slovène soit disposé à poursuivre ses fonctions de président de l'UEFA au printemps prochain. "En conséquence, plusieurs fédérations de l'UEFA, dont la Belgique et la Pologne, soutiendraient une candidature du président du PSG, Nasser Al-Khelaifi, aux prochaines élections", indique cette radio britannique. 

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Le président de la FIFA, Gianni Infantino (à gauche), embrasse le président de l'UEFA, Aleksander Ceferin, après son discours au 50e Congrès ordinaire de l'UEFA à Bruxelles, le 12 février 2026. 163 Le président de la FIFA, Gianni Infantino (à gauche), embrasse le président de l'UEFA, Aleksander Ceferin, après son discours au 50e Congrès ordinaire de l'UEFA à Bruxelles, le 12 février 2026. AFP - PAU BARRENA

RMC Sport estime cependant que le dirigeant qatarien n'a pour l'instant aucune ambition de se présenter. "Tout ce tapage médiatique, sorti de nulle part, est ridicule : on balance des noms à tout-va. Nasser n'a absolument aucune ambition, aucune intention, aucun intérêt, et il continuera discrètement à soutenir toutes les institutions du football mondial et européen", a confié au média français un membre de l'entourage du président du PSG et président de l'EFC, le puissant syndicat des clubs européens.

Pour l'instant, à l'approche du scrutin, Gianni Infantino est le seul candidat déclaré. 

Avec AFP et Reuters

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