DÉCRYPTAGE - Tous les piliers historiques de Red Bull ont quitté l’équipe en quelques années. Le dernier en date est l’ingénieur de course de Max Verstappen. Le Néerlandais pourrait bien suivre le même chemin.
Tout le monde quitte le navire, qui ne sombre pourtant pas encore. Dans une période où Red Bull a besoin de certitudes, ses piliers s’en vont les uns après les autres, si bien que la maison commence à trembler. Le premier départ qui a secoué l’organigramme de l’écurie a été celui de Dietrich Mateschitz, le fondateur de l’équipe autrichienne décédé en 2022. Depuis, les défections se sont enchaînées, à commencer par celles du directeur Christian Horner et d’Adrian Newey (chez Aston Martin), l’un des plus grands ingénieurs de l’histoire de la F1, en partie responsable des nombreux succès de Red Bull à partir de 2010.
Mais ce n’est pas tout, Helmut Marko, qui s’occupait des jeunes talents du groupe autrichien depuis deux décennies, a pris sa retraite l’an passé à 82 ans. Le directeur sportif Jonathan Weathley est parti chez Sauber/Audi en 2025, avant de quitter le projet de la marque allemande en mars pour rejoindre, lui aussi, Aston Martin. L’ancien directeur de l’ingénierie Rob Marshall a, lui, choisi McLaren, tout comme Will Courtenay (ex-responsable de la stratégie de course) et Gianpiero Lambiase, le dernier en date à avoir quitté le navire.
L’Italien de 45 ans est l’ingénieur de course historique de Max Verstappen. Les deux hommes ont construit une relation de travail très fluide depuis le début de leur collaboration en 2016. Lambiase est presque indissociable des victoires du Néerlandais. Son départ de Red Bull pose donc beaucoup de questions, surtout après les déclarations menaçantes du quadruple champion du monde quant à son avenir en Formule 1.
Verstappen prophétique
Ce n’est pas une réaction à chaud. Max Verstappen prévient depuis 2023, et ses premiers tests en simulateur, que la nouvelle réglementation présente de sérieux problèmes. À l’époque, il affirmait que «si vous roulez à plein régime sur la ligne droite de Monza, à 400 ou 500 mètres de l’arrivée, vous devez rétrograder à fond, car c’est plus rapide. Je ne pense pas que ce soit la bonne voie». Ce phénomène, appelé «superclipping», a bien lieu cette saison à chaque fois que la batterie du moteur électrique est vide.
Le patron de Mercedes, Toto Wolff, avait alors interprété ces critiques en assurant que Verstappen s’exprimait ainsi parce que «son programme moteur n’avance pas, et qu’il cherche peut-être à torpiller le règlement de cette manière». Il y a quelques jours, le quadruple champion du monde ne s’est pas privé de rappeler qu’il avait eu raison : «Quand j’ai dit ces choses en 2023, j’ai essuyé beaucoup de critiques. On m’a répondu : «Non, c’est inexact, et ce ne sera pas ainsi». Pourtant, il s’avère que pour 90 %, c’est exactement comme je l’avais décrit».
Max Verstappen affiche de plus en plus ses envies de départ : «Je réfléchis à tout ce qui se passe dans ce paddock. Sur le plan privé, je suis très heureux. Vous attendez aussi 24 courses. Et ensuite vous vous demandez juste si ça en vaut la peine ? Ou si je préfère être plus chez moi avec ma famille ? Voir mes amis plus souvent si je n’apprécie pas vraiment mon sport ?», s’est interrogé le Néerlandais, qui a sans doute déjà son avis que la question, lui qui est devenu père pour la première fois en 2025.
Le pilote aux 71 victoires s’est même mis à courir en endurance, au volant d’une Mercedes-AMG GT3, engagée par sa propre équipe. Le tout, dans le but de participer aux 24 Heures du Nürburgring (du 14 au 17 mai). Le quadruple champion du monde s’amuse moins en Formule 1 et pourrait bien claquer la porte dès la fin de saison ! Les difficultés actuelles de Red Bull ne l’encouragent certainement pas à rester.
Repartir de zéro ou presque
Après avoir tout donné en fin de saison dernière pour rattraper les pilotes McLaren au championnat, le nouveau patron de l’écurie, Laurent Mekies, sait bien que «le temps et l’énergie que nous avons investis pour le sprint final de l’année dernière ont eu un impact sur le point de départ de 2026. Nous en payons donc un peu le prix aujourd’hui», a-t-il précisé sur la chaîne YouTube de la F1, dans le podcast Beyond The Grid. Le Français ne regrette pas ce choix puisque «personne ne voulait abandonner».
L’ancien manager de Racing Bulls a assuré ne pas être «satisfait de notre point de départ, mais nous pensons que nous surmonterons ces difficultés. Comme nous l’avons fait l’année dernière, nous allons bien cerner les limites. Cette équipe a toujours très bien su redresser la barre, et nous avons une nouvelle chance de le faire cette année».
Nommé à l’été 2025 pour remplacer Christian Horner à la tête de l’équipe, Laurent Mekies a presque tout à refaire. Le tricolore doit reconstruire le sommet de Red Bull, au moment ou l’écurie fait face au plus gros défi de son histoire : construire son propre moteur, en collaboration avec Ford. L’unité de puissance, conçue à Milton Keynes, dans une annexe de l’usine historique, donne plutôt satisfaction en ce début de saison 2026, un très bon point.
Un châssis «désastreux»
Les interrogations se concentrent surtout sur la performance du châssis, qualifié de «désastreux» par Isack Hadjar après le Grand Prix du Japon. En Australie, le Français avait été plus positif, probablement grâce à sa belle troisième place en qualification : «Pour être précis, je dirais que nous sommes corrects dans l’ensemble, mais les virages lents sont plutôt une faiblesse pour nous en ce moment».
Les problèmes de Red Bull au niveau du châssis ne sont pas nouveaux. Les premiers signes remontent même à 2023, lorsque l’équipe remportait 21 Grands Prix sur 22, dont 19 pour le seul Verstappen, au sommet de son art. Son coéquipier Sergio Perez alertait déjà lors du week-end barcelonais mais Red Bull a ignoré son avis, préférant s’extasier devant le talent du Néerlandais, qui compensait les défauts de la monoplace.
Christian Horner, lui-même, l’a reconnu, quelques mois plus tard, (alors qu’il était toujours en poste) lorsque les difficultés étaient enfin visibles : «Nous avons retracé l’historique du développement et il s’est avéré que la première erreur est arrivée avec une évolution du plancher à Barcelone en 2023. C’était aussi le Grand Prix où Checo (surnom de Sergio Perez, NDLR) a commencé à avoir des problèmes avec la voiture. Nous ne l’avons pas pris au sérieux parce que Max a gagné», a avoué le Britannique auprès du média allemand Auto Motor und Sport .
Des défauts probablement liés aux nombreux départs importants en interne et qui se poursuivent donc depuis près de trois ans. Une certaine lassitude a aussi sans doute touché les membres éminents de l’équipe après les beaux succès de Red Bull entre 2021 et 2025, comme ce qu’a vécu Mercedes après sa longue période de domination des années 2010. Une chose est sûre, Laurent Mekies a beaucoup de travail avant de pouvoir replacer l’écurie autrichienne au sommet de la Formule 1, avec ou sans Max Verstappen !

il y a 1 day
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