Un record de distance, une éclipse de Soleil inédite, des couleurs étonnantes observées à la surface de la Lune… Le point d’orgue du premier vol avec équipage du programme Artemis a tenu ses promesses.
Un croissant lumineux dans l’absolue noirceur. D’instinct, on jurerait que c’est la Lune, mais non. C’est la Terre. Vue depuis la Lune. D’au-delà, même. Et c’est d’abord avec cette image, captée depuis sa paroi externe, que le vaisseau spatial Orion est sorti du silence.
Pendant une quarantaine de minutes, dans la nuit de lundi à mardi (de 0h43 à 1h23, heure de Paris), les agences spatiales américaine et canadienne ont été sans nouvelle de leurs quatre astronautes de la mission Artemis II, alors qu’ils s’éloignaient de la Terre comme jamais personne ne l’avait fait auparavant. Une rupture du signal attendue, la Lune s’interposant entre l’équipage et notre planète. Mais un moment empreint de solennité.
« Alors que nous nous apprêtons à interrompre les communications radio, nous continuerons de ressentir votre amour depuis la Terre. À vous tous, sur Terre et aux alentours, nous vous aimons depuis la Lune », a déclaré le pilote, Victor Glover, après avoir cité la Bible.
« On vous reverra de l’autre côté », lui a répondu depuis Houston, la contrôleuse de vol, Jenni Gibbons. L’astronaute a répété la phrase. Puis plus rien. Sauf, pendant quelques secondes, l’image rare de la planète bleue disparaissant derrière sa compagne.
« Nous vous voyons aussi »
Cela faisait 54 ans que des humains n’avaient pas observé directement un coucher de Terre. La dernière fois, c’était ceux d’Apollo 17, la dernière mission habitée sur la Lune, en 1972. Les nouveaux témoins de ce spectacle, partis de Floride le 1er avril, ont pour mission de tourner autour de l’astre sélène, afin notamment de tester leur vaisseau en conditions réelles avant que la Nasa puisse envisager de s’y poser à nouveau.

Le trajet s’est jusqu’ici déroulé comme prévu, y compris à mi-parcours, avec cette perte de signal, la première en un demi-siècle pour un vol habité, qui souligne l’extrême solitude à laquelle sont exposés les voyageurs spatiaux.
Malicieusement, l’astronaute Christina Koch a inversé les rôles en prenant la parole, une fois le black-out terminé : « C’est génial d’avoir des nouvelles de la Terre ! » Leur « maison » venait d’apparaître sous leurs yeux : « Asie, Afrique et Océanie, nous vous regardons. Nous avons entendu dire que vous pouviez lever les yeux et voir la Lune en ce moment. Nous vous voyons aussi. »
« J’avais l’impression de marcher là-bas »
Dans le centre de contrôle de Houston, les visages se sont peu à peu relâchés. Et alors que s’amorçait le trajet retour, une nouvelle phrase symbolique, du sol, cette fois-ci : « Nous sommes prêts à vous ramener à la maison. »
Pas le temps de s’appesantir. Les quatre astronautes se sont rapidement éloignés des micros pour poursuivre un programme absolument cosmique, le plus dense de leur voyage de dix jours. Après avoir battu le record de la plus grande distance jamais parcourue depuis la Terre (établi par l’équipage d’Apollo 13 en 1970), ils avaient débuté un long travail d’observation de la surface lunaire qu’ils n’ont cessé de conduire, contact avec la Terre ou pas.
L’espace étant restreint au niveau des hublots, un binôme photographiait des sites cibles, utiles pour la science ou les futures missions d’exploration, tandis que l’autre déjeunait ou vaquait à d’autres occupations. Ils ont rapporté des sensations fortes : « J’avais l’impression de marcher là-bas, sur la surface, de grimper et de faire du tout-terrain sur ce terrain incroyable », a confié Victor Glover.
Des teintes vertes et brunes
Formés en amont par des géologues, les astronautes ont passé de longs moments à décrire les structures qu’ils ont observées à la surface de la Lune, en particulier au niveau du terminateur, cette frontière entre le jour et la nuit : c’est là, dans les jeux d’ombres et de lumières, que les reliefs des cratères se révèlent.
Kelsey Young, l’une des responsables du programme scientifique d’Artemis II, a expliqué être « en pâmoison » en écoutant les récits des astronautes, que les images ont longtemps montrés flottants, les yeux vissés sur les viseurs de leurs boîtiers.
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Right now, the Orion capsule is passing behind the Moon, so the Sun is entirely eclipsed from their perspective. During this time, they will view a mostly darkened Moon and will use the opportunity to analyze the solar corona. pic.twitter.com/PWDPfZKxGh
Alors que nous imaginons la Lune toute grise, les passagers d’Orion ont notamment décrit des teintes vertes et brunes, des informations pas seulement surprenantes, mais aussi importantes pour expliquer l’évolution du volcanisme sur la Lune. Des premières images ont été transférées dans la foulée vers le sol.
Les « autographes » de Trump
L’équipage a été récompensé de ses efforts : grâce à un décollage favorable, ils ont pu assister à une éclipse de Soleil depuis l’espace, une première. Depuis cette loge unique, ils ont vu des impacts de météorites sur la Lune, les planètes au loin… Quant à la couronne solaire, elle aurait pris des allures de « cheveux de bébé ».
À peine le quatuor était remis de ses émotions que la voix de Donald Trump retentissait dans le vaisseau. « Vous êtes des pionniers des temps modernes », a congratulé le président américain qui a donné rendez-vous aux astronautes dans le bureau ovale : « Je vous demanderai des autographes. »











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