Viande d’antilope ou de singe boucané importés d’Afrique ou d’Amérique du Sud, coraux rapportés de vacances, reptiles et autres oiseaux enfermés dans les valises… le travail des douaniers ne se joue pas seulement dans les aéroports ou sur les routes, mais aussi parfois... dans les salles de vente aux enchères, comme l’a rappelé ce lundi Jean-François Rubier, le directeur interrégional des douanes de Nouvelle-Aquitaine.
C’est bien en consultant le catalogue de vente d’un commissaire-priseur limousin, que Frédéric Decout, contrôleur principal des douanes à Limoges (Haute-Vienne) a commencé son enquête. « Certains objets ethnographiques étaient en attente de certification d’après le descriptif or ils ne pouvaient pas être mis en vente », détaille le douanier, lui-même ancien archéologue, qui, sur place, découvre, « une pipe à opium visiblement en ivoire, tout comme un sabre camerounais au manche sculpté, un outil indien destiné à cornaquer les éléphants ou encore ces deux netsuke japonais, qui se plaçaient au-dessus de la ceinture obi des kimonos pour retenir la bourse que l’on portait à la taille ».
Après analyse des échantillons, Le Muséum d’histoire naturelle confirmait ses doutes sur neuf objets : « La grande coiffe de chef des guerriers Naga porte des plumes d’oiseau buceros, le panier de chasseur de têtes est orné de crânes de macaques crabiers, le porte-bébé indonésien perlé présente des dents d’ours malais », raconte l’expert. Leur point commun ? « Toutes ces espèces sont protégées par la convention de Washington, établie en 1973 pour encadrer le commerce d’espèces sauvages et végétales ainsi que leurs dérivés, comme l’ivoire ou l’ébène », rappelle Jean-François Rubier.
La collection « interdite » d’un cartographe espagnol
Le commissaire-priseur en a été quitte pour plusieurs milliers d’euros d’amende. En l’absence de permis, les objets saisis sont normalement détruits. « Mais ces pièces sont dignes du musée du Quai Branly, cela aurait été un crève-cœur de le mettre dans un incinérateur », reconnaît le douanier passionné qui a tenu à les remettre au musée d’ethnographie de Bordeaux, bien que la ville accueille aussi le seul musée des douanes du pays.
« Une marque de confiance », salue Sophie Chave-Dartoen, la directrice des lieux qui a déjà préparé une place au sein du musée pour accueillir « ces témoignages de pratiques artistiques ou spirituelles de sociétés en train de disparaître ». Le don « ne fait pas qu’enrichir la collection du musée d’ethnographie, mais rappelle l’importance de préserver la biodiversité. On est au bord de pertes irréversibles », souligne-t-elle. Les pièces offertes au musée provenaient d’un fond de « 25 000 objets d’un cartographe espagnol qui a pu atteindre des ethnies inaccessibles et a pillé, méthodiquement, durant cinquante ans, toutes les ethnies visitées pour en garder des souvenirs », raconte le douanier. Il le rappelle à bon entendeur, les conflits internationaux sont « source de trafic d’art », comme en témoignent les saisies d’objets venus de Syrie ou très récemment d’Iran.









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