Jean-Baptiste Marteau nous dévoile les coulisses des éditions spéciales du 20h de France 2 sur les incendies en Gironde

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INTERVIEW. Suite aux importants incendies qui sévissent dans le sud-ouest de la France depuis plus d'une semaine, la rédaction de France 2 a mobilisé ses équipes en proposant des éditions spéciales au plus près des sinistrés. Des rendez-vous incarnés par Jean-Baptiste Marteau. Dans un entretien à Télé-Loisirs, le présentateur révèle les coulisses de ce dispositif inédit.

À situation d'une gravité inédite, dispositif d'information exceptionnel. Depuis le 22 juillet dernier, d'impressionnants incendies ravagent le sud-ouest de la France. Avec plus de 42 000 hectares de forêt brûlés et 220 000 personnes évacuées en Gironde, il s'agit des feux les plus dévastateurs observés dans la région depuis plus de 70 ans. Face à ce drame, les chaînes de télévision se mobilisent pour tenir les téléspectateurs informés.

Justement, ce dimanche 26 et lundi 27 juillet dernier, France 2 a proposé des éditions spéciales de son 20 Heures. Afin de raconter le quotidien des victimes et des pompiers, Jean-Baptiste Marteau — le joker de Léa Salamé — était en direct du Porge, sur la côte d'Argent. Pour Télé-Loisirs, le journaliste de 43 ans dévoile les coulisses du dispositif déployé par la Deux pour couvrir l'actualité.

"Le dispositif était totalement inédit" : Jean-Baptiste Marteau dévoile les coulisses des éditions spéciales du 20h de France 2 sur les incendies en Gironde

Télé-Loisirs : Quand et comment avez-vous décidé de lancer une édition spéciale ?
Jean-Baptiste Marteau :
Entre jeudi soir et vendredi matin, quand on a vu l'ampleur que prenait l'incendie. Après 24 heures de réflexion, la direction me l'a proposé le samedi après-midi. Le dispositif était totalement inédit : pas de plateau sur la place d'un village ou à Bordeaux. Ça n'aurait eu aucun sens.

À la place, nous voulions un dispositif très léger et mobile, avec deux caméras pour être au plus près des pompiers et des incendies. Je viens du reportage donc j'ai tout de suite accepté ce challenge. Au départ, on ne savait pas trop où on allait mettre les pieds. Ça a été extrêmement fort. J'ai eu le sentiment que nous étions à notre place et à la hauteur de ce que l'on doit proposer au public.

Comment se prépare-t-on pour un tel barnum ?
Nous avons eu très peu de temps pour nous décider. Nous avons acté le dispositif à 17 heures le samedi, et je partais le lendemain à 8 heures. Dans la foulée, nous avons choisi d'aller au Porge car ce village avait été en partie brûlé, sans vraiment savoir ce que nous allions trouver.

Sur place, nous sommes allés voir la mairie, la place du village. Personne ne nous attendait. Nous avons écouté beaucoup de gens pour voir ce qu'il était possible de faire et qui faire témoigner en fonction de l'évolution de la situation. À 18 heures, soit moins de 2 heures avant le JT, nous avons décidé d'un endroit, des intervenants et lancé les reportages.

Il y avait une grande partie d'improvisation...
Oui. Le lundi soir, nous avons fait 50 minutes d'antenne et je n'ai jamais aussi peu écrit un journal. J'ai réussi tout au plus à passer une heure derrière mon ordinateur à préparer des textes, quand d'habitude je mets plus de la moitié de la journée à le faire. Je savais globalement quoi dire, où aller et qui interviewer. Le reste s'est fait au feeling.

Avez-vous reçu des retours suite aux éditions spéciales ?
J'ai reçu plusieurs dizaines de messages de l'extérieur, mais aussi en interne. Ça allait du technicien au rédacteur en chef, aux présentateurs ou encore aux rédacteurs... Ils étaient tous fiers de ce qui avait été fait ensemble. C'est la meilleure des récompenses. Malgré l'actualité dramatique, ça avait du sens.

Quelles ont été les plus grosses difficultés rencontrées sur le terrain ?
Entre ce qu'on imagine à la mi-journée et la réalité avec l'avancée du feu, il se passe beaucoup de choses. Par exemple, le lundi soir, on avait vu avec les pompiers un endroit qui ne les gênait pas, à la fois au cœur de l'action, où il y avait des gens à interviewer, sans que ça gêne.

À 18h30, il y a une reprise de feu et le lieu choisi était en flammes. On s'est rabattu au bord de la route, là où c'était sécurisé. À 19h15, nous avons finalement trouvé un autre endroit qui ne posait pas de problème. Nous avons eu une petite montée d'adrénaline.

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Avez-vous fait face à d'autres aléas durant l'édition spéciale ?
Nous devions avoir un pompier coordinateur en invité, mais il a été appelé pour une intervention et ne nous retrouvait plus. On lui a envoyé notre géolocalisation dans la forêt, malheureusement ça ne captait pas très bien. Il est arrivé deux minutes avant d'être à l'antenne. Les joies du direct ! [Il sourit]

Comment avez-vous été reçus sur place par les victimes de ces incendies ?
Si on arrive avec nos gros sabots en disant "Coucou, c'est la télé" et sans respecter ce qu'ils vivent, on se fait mal recevoir, c'est normal. Nous n'étions pas leur priorité. Alors, comme nous faisons toujours en reportage, nous avons laissé la caméra dans la voiture pour aller leur parler à deux et comprendre leur situation.

Comment gère-t-on l’émotion en direct face aux sinistrés, tout en restant professionnels ?
J'en ai beaucoup parlé avec Philippe Corbé, le directeur de l'information qui connaît très bien le terrain, sur le ton et la distance à avoir. Cela passait notamment par la tenue. Nous nous sommes mis d'accord pour ne pas porter de cravate, de vestes et encore moins de chemise blanche. Nous n'étions pas en studio.

Le but était d'écouter et donner la parole aux gens. Très vite, j'ai aussi raconté ce que je ressentais sur place avec la fumée qui grattait la gorge et piquait les yeux, en décrivant les maisons et les hectares de forêts calcinés. J'ai essayé de me mettre à hauteur de reporter, sans utiliser de grandes formules. Cela n'aurait pas eu sa place.

Y a-t-il eu des moments pendant le direct où vous avez senti que l'émotion pouvait vous envahir ?
Oui, quand j'ai vu des scènes de solidarité, et je l'ai dit à l'antenne. Par exemple, sur la place du village, j'ai rencontré une dame dont la maison a complètement brûlé et qui est hébergée dans un gymnase.

Alors qu'elle ne pourra pas rentrer chez elle avant des mois, je l'ai vue faire des sandwichs pour les pompiers. Elle m'a dit "Là au moins je me sens utile. J'avais besoin de faire quelque chose de bien pour ne pas pleurer sur mon sort". C'était extrêmement touchant.

L'édition du dimanche a réuni près de 5 millions de téléspectateurs, soit 28 % de part d'audience, un record pour le 20 Heures cette année. Comment le vit-on face à une telle tragédie ?
Ce n'est pas la priorité, et d'expérience, une délocalisation n'est pas ce qui fait le plus d'audience. Pourtant, le rôle du service public est de rassembler.

Ces bons chiffres récompensent le travail acharné des équipes, que je félicite quotidiennement. Savoir que notre travail a du sens et résonne auprès du public apporte une vraie satisfaction supplémentaire à toute la rédaction.

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