Entre la pandémie de Covid-19, le conflit russo-ukrainien, la contraction des finances publiques, les guerres au Proche-Orient, et la flambée des prix des carburants, ces dernières années ont tout sauf été une sinécure pour nos entreprises, prises dans un lacis de chocs, sinon de crises, successives. En un an seulement, 71 000 d'entre elles ont fait faillite en France, soit un nouveau record. Si plusieurs mesures "pro-business" impulsées par Emmanuel Macron ont été appréciées par les dirigeants, "celles-ci n'ont pas suffi à effacer le sentiment très fort, d’une économie sous tension, où beaucoup d'entre eux sont moins dans l’euphorie de la réussite que dans la vigilance, l’arbitrage et parfois la survie", alerte l'ancien directeur général de KPMG France. Aujourd'hui à la tête de Rydge Conseil, Jérôme Kieffer a réuni dans un film témoignage "Le Coeur Entrepreneur", une quarantaine de patrons qui, à un peu plus d'an de la présidentielle et alors que les enjeux relatifs à l’entrepreneuriat demeurent trop peu présents dans le débat public, rompent le silence sur la réalité de leur quotidien. Entretien.

L'Express : Le deuxième mandat d'Emmanuel Macron arrive à son terme. Avant lui, aucun président de la République ne s'était autant réclamé pro-business. Quel bilan les entrepreneurs avec lesquels vous travaillez tirent-ils de ces quinquennats ?

Jérôme Kieffer : Les entrepreneurs avec lesquels nous travaillons ne forment évidemment pas un bloc monolithique. Comme les Français, il y a chez eux des pro-Macron, des anti-Macron, et surtout beaucoup de gens qui jugent moins à partir des discours qu’à partir des effets concrets sur leur activité. Sur le fond, il y a eu des mesures qui ont incontestablement produit des effets tangibles. La plus évidente, c’est la protection pendant le Covid : entre les prêts garantis par l’ Etat et l’activité partielle, beaucoup d’entreprises ont tout simplement tenu alors qu’elles auraient pu tomber. Pour beaucoup de dirigeants, cela a compté très concrètement.