Trois hommes étaient jugés pour avoir, pendant près de deux ans, soustraits puis écoulé une centaine d’objets issus des réserves de la présidence de la République pour un préjudice estimé à de 370.000 euros.
Passer la publicité Passer la publicitéDes assiettes de l’Élysée écoulées en ligne, des pièces numérotées retrouvées dans des cartons ou des buffets, et un circuit de revente aussi rudimentaire que risqué : le tribunal correctionnel de Paris a rendu jeudi après-midi sa décision dans l’affaire du vol et du recel de vaisselle du palais présidentiel.
Trois hommes étaient jugés pour avoir, pendant près de deux ans, soustraits puis écoulé une centaine d’objets issus des réserves de la présidence de la République. Thomas M., ancien maître d’hôtel argentier, a été reconnu coupable de vol d’objets mobiliers inscrits au patrimoine, en réunion. Il a été condamné à deux ans de prison, dont un an ferme aménagé sous surveillance électronique. À cette peine s’ajoute une interdiction définitive d’exercer la fonction d’argentier et de se rendre dans des salles d’enchères. La justice a également condamné Thomas M. à une amende de 10.000 euros.
Son compagnon, Damien G., poursuivi pour recel aggravé, a été condamné à à deux ans de prison ferme, dont seize mois avec sursis, aménageables sous bracelet électronique. Le troisième prévenu, Ghislain M., agent d’accueil au musée du Louvre et collectionneur de porcelaine de Sèvres, a quant à lui écopé d’une peine d’un an de prison avec sursis.
L’affaire avait débuté à l’automne 2025, après un signalement interne. À l’Élysée, où chaque pièce est théoriquement tracée, l’intendance avait constaté des disparitions répétées. L’alerte avait pris une autre dimension lorsque la manufacture de Sèvres avait identifié plusieurs objets mis en vente sur internet. Les soupçons s’étaient concentrés rapidement sur Thomas M., chargé précisément de gérer ces collections. Les investigations avaient révélé un mécanisme simple. Au fil de ses services, l’argentier prélevait des pièces - assiettes, verres, objets décoratifs - qu’il conservait ou revendait ensuite. Une partie était écoulée en ligne, notamment via un compte Vinted géré par son compagnon, avec plus d’une vingtaine de colis expédiés en un an.
370.000 euros de préjudice
Les objets, pourtant marqués et inventoriés, étaient proposés à des prix allant de quelques dizaines à plus de mille euros. Au total, une centaine de pièces ont été dérobées, pour une valorisation estimée à plus de 370.000 euros lors de l’audience. Les perquisitions avaient permis d’en retrouver l’essentiel, entre domicile, véhicule et casier professionnel : porcelaines de Sèvres, coupes en cristal Baccarat, statuette signée René Lalique… La quasi-totalité a depuis été restituée. Ghislain M. apparaissait comme l’un des principaux acquéreurs. Collectionneur averti, il a reconnu avoir acheté entre 70 et 80 objets pour environ 15.000 euros. Il a toutefois contesté avoir su, au moins dans un premier temps, qu’ils provenaient des réserves de l’Élysée.
À l’audience, Thomas M. a reconnu les vols, évoquant des difficultés financières et un «engrenage». Son compagnon a lui aussi admis le recel. Le troisième prévenu, lui, a insisté sur une prise de conscience tardive, liée notamment à la préparation d’une exposition à Villers-Cotterêts. Le ministère public avait requis des peines allant jusqu’à deux ans d’emprisonnement, en grande partie assorties de sursis, ainsi que des amendes et des interdictions professionnelles. La procureur avait insisté sur la trahison d’un agent chargé de biens relevant du patrimoine de l’État et sur un préjudice à la fois «patrimonial et réputationnel».

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