Alex Karp jure n'avoir qu'une envie : aider la France. En cette fin d'année 2016, au siège de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), le PDG de Palantir Technologies déploie son charme pour rassurer son auditoire. "Daech, pour moi, c'est comme Hitler", assure-t-il aux cadres du service de renseignement présents dans le bureau de Patrick Calvar, son directeur. Dans un français presque parfait - il a travaillé comme serveur en France, raconte-t-il - Karp vante les mérites de son logiciel, Gotham, capable de répondre aux besoins de la lutte antiterroriste.

Lancés dans une course effrénée contre le djihadisme, les policiers sont impressionnés par les performances de ce produit miracle, sorte de "super accélérateur d'enquête", nous dit-on aujourd'hui. Sûr de l'efficacité de son produit, Karp fait tout pour gommer les accointances de son entreprise avec le renseignement américain - In-Q-Tel, le fonds créé par la CIA, figure parmi ses actionnaires fondateurs. Qu'importe que le contrat avec le renseignement français ne soit pas un jackpot financier pour Palantir. Cette signature va lui ouvrir les portes du marché européen, parie-t-il. Devant des cadres de la DGSI médusés, le volubile Karp se met en scène. Il célèbre sa pratique du polyamour et insiste sur sa distance avec le milieu néoconservateur américain. "Marrant, quand on voit sa proximité actuelle avec le cercle de Donald Trump", souffle un ancien responsable de la DGSI.