Des pirates iraniens auraient-ils visé le Minnesota ? C'est en tout cas l'hypothèse du renseignement américain, après une cyberattaque cette semaine visant des dizaines de réseaux municipaux d'approvisionnement en eau dans l'État du Midwest, révèle le New York Times. Des responsables locaux ont indiqué que le puits et l'usine de traitement d'au moins une ville avaient été temporairement mis hors service lundi 27 juillet, tandis que d'autres municipalités de l'État ont dû recourir à des procédures manuelles pour faire face à des tentatives d'attaque contre leurs systèmes automatisés.
Si les enquêteurs n'ont pas encore établi de manière définitive que Téhéran était responsable, ce piratage intervient après plusieurs avertissements urgents des autorités fédérales chargées de la cybersécurité, en avril et en juillet. Celles-ci avaient alerté sur le fait que le Corps des gardiens de la révolution islamique ciblait depuis des mois des appareils connectés à Internet contrôlant les opérations de réseaux d'eau, de traitement des eaux usées et d'installations énergétiques aux États-Unis, provoquant dans certains cas des perturbations.
La piste iranienne
Nate George, maire de Braham dans le Minnesota, a indiqué dans un communiqué publié en ligne que les services municipaux avaient détecté l'attaque contre sa ville tôt lundi matin. Après avoir appris qu'au moins quatre autres communes de l'État avaient également été touchées, ils ont conclu que leur usine de traitement de l'eau avait été piratée. "Les services techniques ont isolé le système concerné, restauré une sauvegarde et remis l'usine en service en environ 90 minutes", a déclaré l'édile, avant de préciser que les habitants de Braham avaient continué à être alimentés grâce au château d'eau municipal pendant l'interruption.
Dans la ville de Plymouth, plusieurs appareils contrôlant le fonctionnement des réseaux d'eau et d'assainissement ont aussi été touchés, mais l'approvisionnement en eau n'a toutefois pas été affecté. "Le FBI est au courant de ces incidents et est en contact avec les victimes afin de résoudre la situation", a commenté Matthew Vogel, porte-parole du Bureau fédéral d'enquête, qui a refusé de faire d'autres commentaires. Alors que l'enquête se poursuit, d'anciens responsables et des experts en cybersécurité ont estimé auprès de la presse américaine que les soupçons pesant sur une implication de l'Iran ne feraient que se renforcer. En cause : l'absence de demande de rançon, le fait que l'opération semblait viser uniquement la perturbation, et l'intérêt récemment manifesté par Téhéran pour les infrastructures américaines d'approvisionnement.
Des précédents
Depuis le début de la guerre en février, l'Iran a en effet intensifié ses cyberattaques contre les États-Unis. En mars dernier, Téhéran est parvenu à interrompre les activités de Stryker, un important fournisseur de matériel médical. Les autres opérations menées par l'Iran contre les États-Unis, elles, relèvent davantage de la nuisance que d'une menace majeure. A l'image de la diffusion de courriels et de photographies volés sur le compte personnel de Kash Patel, le directeur du FBI.
D'une manière générale, l'objectif de l'Iran dans ses cyberattaques semble être moins de provoquer des destructions que de produire un effet psychologique auprès de deux publics, estime Alex Orleans, responsable du renseignement sur les menaces chez Sublime Security, une entreprise spécialisée dans la sécurité des courriels. "Le premier public est le peuple américain : il s'agit de nous inquiéter et de retourner l'opinion contre la guerre en donnant l'impression qu'elle coûte trop cher, alors qu'en réalité nos systèmes sont plutôt résilients" explique-t-il au Washington Post. "Le second public est le régime iranien lui-même. Ils veulent montrer à leurs supérieurs qu'ils contribuent à l'effort de guerre", poursuit-il.
Fin 2023 déjà, un événement similaire avait eu lieu à Aliquippa, en Pennsylvanie, lorsqu'un automate programmable d'une station municipale de pompage avait été piraté. Cette attaque, qui n'avait provoqué aucune perturbation majeure, avait été revendiquée par un groupe lié au Corps des gardiens de la révolution islamique, baptisé CyberAv3ngers. La station d'Aliquippa utilisait des automates fabriqués par l'entreprise israélienne Unitronics, également visés par ce groupe de pirates aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Israël et en Irlande. Israël venait alors de lancer son invasion de Gaza en réponse à l'attaque du mouvement palestinien Hamas, qui avait fait environ 1 200 morts.

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