Créée il y a trois ans, l’antenne britannique de la fondation est pour l’heure la seule « délégation régionale » hors de France et elle observe de près le modèle du National Trust britannique.
Quand la Marseillaise a retenti à la Résidence de France, une voix limpide a survolé l’assistance. Celle qui chantait a interprété l’hymne national devant des centaines de millions de personnes, lors des Jeux Olympiques de 2024. Si Axelle Saint-Cirel était à Londres, ce n’était pas pour enflammer l’opéra mais pour jouer les ambassadrices de la Fondation du patrimoine, de ce côté-ci de la Manche.
Ce rôle, la chanteuse lyrique l’a tenu de manière aussi convaincante qu’émouvante, plaidant la cause du lieu où elle s’est éveillée musicalement, le château de Montbéliard. « C’est dans ces murs chargés d’histoire et qui dominent la ville que j’ai pris mes premiers cours de chant grégorien et que j’ai décidé de devenir chanteuse d’opéra » a-t-elle confié, décrivant un cadre inspirant où des musiques de diverse nature s’échappaient de toutes les fenêtres. Aujourd’hui, elle a envie de rendre en retour à un lieu qui lui a tant donné. Et s’engage pour aider à trouver des financements permettant de rénover la bâtisse et ses collections de meubles et tableaux.
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Dans l’enceinte diplomatique, en elle-même lieu de patrimoine, le public était largement composé de membres de la vaste communauté française de Londres, estimée à 250 000 personnes, mais aussi de quelques Britanniques amoureux de la France. L’évènement s’est d’ailleurs déroulé en ce jour d’un triste anniversaire, celui de l’incendie de Notre-Dame. Ce drame était au cœur de la première incursion de la Fondation du Patrimoine en Grande-Bretagne, il y a trois ans, avec en invité vedette Ken Follett.
500 églises en péril
Sous la houlette des délégués internationaux Eve Gabaix et Emmanuel Gueroult, l’antenne britannique de la Fondation du Patrimoine, est pour l’heure la seule « délégation régionale » hors de France. « Les Français de Londres sont souvent très intégrés dans la vie anglaise, car présents ici depuis vingt ou trente ans, mais ils restent très attachés à leurs racines françaises, d’autant plus parfois qu’ils en sont peu éloignés » estime Guillaume Poitrinal, président de la Fondation.
Pour les mobiliser, Guillaume Poitrinal ne leur a pas caché que « les nouvelles ne sont pas bonnes », avec notamment 5 000 édifices religieux en état de délabrement et 500 en situation « de péril ». Plus de 70 000 bâtiments non classés sont eux aussi menacés. Il a rappelé que le patrimoine à sauvegarder ne concerne pas seulement des édifices monumentaux, comme des châteaux ou de vastes églises, mais aussi de petites chapelles, des lavoirs, des jardins, des théâtres de sous-préfecture, et bien d’autres choses qui font l’âme de nos villages.
Le grand frère britannique
Pour mettre de la chair et de la pierre autour de ces appels à la générosité, Eve Gabaix a présenté quelques beaux projets. En premier lieu, la chapelle Saint-Aubert, édifiée sur un bout de rocher, à l’extrémité nord-ouest du Mont-Saint-Michel, face à la houle et aux vents. « Bâtie en hommage à l’évêque Aubert d’Avranches, qui aurait reçu à trois reprises la visite de l’archange Michel, la chapelle est un édifice méconnu à l’ombre d’un site mondialement célèbre, à l’écart des circuits touristiques traditionnels. Il souffre aujourd’hui l’érosion marine et de l’encrassement végétal » a expliqué Eve Gabaix. Elle a aussi plaidé la cause des treize chapelles baroques de Saint-Gervais-les-Bains, qui ponctuent ces paysages dominés par le Mont-Blanc. Les charpentes et les campaniles nécessitent des travaux d’assainissement et de réhabilitation, tandis que le mobilier est attaqué par les insectes xylophages. De son côté, Michael Likierman, ancien fondateur d’Habitat France et cofondateur de Grand Optical, a parlé avec passion des jardins des environs de Menton, dont le Jardin serre de la Madone.
Directeur général de la fondation, Alexandre Giuraglis a rappelé que celle-ci avait actuellement 2 607 projets, avec une collecte en cours pour un besoin de financement de 164,5 millions d’euros. Par ailleurs, sur les 1 100 sites en périls sélectionnés dans le cadre du Loto du patrimoine, confié à Stéphane Bern, 780 sont aujourd’hui sauvés. Pour Alexandre Giuraglis, « le patrimoine reste un excellent levier de développement économique du territoire ». Alors que les subventions publiques se font de plus en plus chiches, l’institution dépend essentiellement de partenaires et mécènes, ainsi que de dizaines de milliers de donateurs particuliers (65 000 en 2024). Un site Internet fort bien conçu permet à ces donateurs de choisir des projets très concrets, dans leur région et leur environnement proche s’ils le souhaitent.
Portée par ses 1 400 bénévoles, la Fondation du Patrimoine n’a cessé de monter en puissance depuis sa création, il y a trente ans, même si elle n’a pas encore la force de frappe du « grand frère » britannique, le National Trust aux 30 000 bénévoles. Une institution qui est pour les Français une précieuse source d’inspiration.

il y a 2 day
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