Les océans ont atteint le mois dernier, à l’échelle de l’ensemble de la planète, un niveau de chaleur quasi-record, selon l’observatoire européen Copernicus. C’est le signe du retour probable du phénomène naturel de réchauffement El Niño, qui viendrait s’ajouter au changement climatique d’origine humaine.
Le bulletin mensuel de Copernicus, publié ce vendredi, est un signal d’alarme : après les trois années les plus chaudes jamais mesurées sur Terre, le retour de plus en plus probable d’El Niño dans la seconde partie de l’année fait craindre aux climatologues que l’humanité ne se dirige vers de nouvelles chaleurs extrêmes.
La température de surface des océans a été de 20,97°C en mars (hors zones polaires), un dixième de degré seulement sous le record de mars 2024. La moyenne continue en outre d’augmenter depuis le début du mois d’avril. Ce graphique fourni par l’Université américaine du Maine permet de visualiser la situation depuis le début de l’année. En rouge figure la courbe de 2025, en orange celle de l’année dernière. L’année record de 2024 est tout en haut et est donc touchée par 2026. Les moyennes, en fonction des périodes de référence, apparaissent en pointillé. Les trois dernières années font donc partie des plus chaudes de l’histoire océanographique.

Le réchauffement des océans dilate l’eau, ce qui élève le niveau de la mer. Il renforce les vagues de chaleur marines qui affaiblissent les coraux et aggrave des phénomènes météorologiques extrêmes comme les pluies intenses ou les cyclones.
Le dernier épisode El Niño, en 2023 et 2024, avait fait de ces années les deux plus chaudes jamais enregistrées. Le phénomène cyclique correspond au réchauffement périodique à grande échelle des eaux d’une partie du Pacifique, qui affecte par effet domino le climat mondial pendant plusieurs mois. La température actuelle des océans « témoigne d’une transition probable vers des conditions El Niño », juge Copernicus.

L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a elle aussi déjà estimé que le retour d’El Niño est possible cette année, tandis que s’estompe le phénomène inverse La Niña, associé à des températures plus fraîches. L’OMM estimait ainsi début mars à 40 % la probabilité qu’El Niño apparaisse d’ici juillet. La chaîne météo se fait, elle, l’écho, de l’inquiétude de la communauté scientifique. « Les simulations du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF) suggèrent même un développement particulièrement rapide, possiblement inédit depuis le début des observations modernes ».
Terres et mers confondues, le mois de mars 2026 se situe en tout cas au quatrième rang pour les températures à la surface du globe, à 1,48°C au-dessus des valeurs estimées pour la période préindustrielle (1850-1900). C’est ensuite que la combustion massive du charbon, du pétrole et du gaz a commencé à réchauffer durablement le climat. Presque toute l’Europe, qui est le continent qui se réchauffe le plus vite, a connu des températures supérieures aux normales de saison, en particulier dans les pays nordiques, les États baltes et le nord-ouest de la Russie.
« Des équilibres climatiques durablement perturbés »
L’épisode El Niño à venir « pourrait accentuer la hausse des températures mondiales, avec un pic possible en 2027 ; certains scénarios envisageant une année 2027 à + 1,7°C au-dessus du niveau préindustriel », précise La chaîne météo. Une moyenne annuelle à + 1,7°C dépasse l’objectif de + 1,5°C fixé en 2015 dans le cadre des accords de Paris, objectif dont il est acquis qu’il n’est plus tenable. « Dans ce contexte déjà réchauffé, un tel épisode El Niño pourrait perturber durablement les équilibres climatiques mondiaux, avec des effets susceptibles de se prolonger au-delà de quelques mois et d’influencer plusieurs saisons. »
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Par ailleurs, mars 2026 a également été marqué par une vague de chaleur précoce « sans précédent » dans l’ouest des États-Unis, où le thermomètre a dépassé 40°C et atteint par endroits 44°C. « Les données pour mars 2026 nous donnent à réfléchir », commente Carlo Buontempo, directeur du service Copernicus sur le changement climatique. « Chaque chiffre est frappant en soi mais, ensemble, ils offrent le tableau d’un système climatique soumis à des pressions soutenues et de plus en plus fortes. »
Copernicus a enfin confirmé que l’étendue de la banquise de l’Arctique avait atteint cet hiver sa plus faible superficie jamais enregistrée, à un niveau similaire au record de l’an dernier. La banquise, glace formée par le gel de l’eau de mer, fond naturellement en été et se reforme en hiver. Mais en raison du réchauffement, la proportion dans laquelle elle se reforme chaque hiver est en déclin.











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