« Leur redonner le sourire » : pour ces 5 000 enfants, leur journée au Stade de France restera inoubliable

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« S’il me signe le maillot, alors là c’est mort, je ne le lave pas ! » Tom fait référence à l’ancien rugbyman du XV de France, Maxime Médard, et déclenche les rires des éducateurs qui l’accompagnent depuis l’Institut médico-éducatif de Bel Air, au Perreux-sur-Marne. À ses côtés, Tiphaine, éducatrice, savoure l’instant : « Ça nous tient à cœur de les faire sortir de leur quotidien. À l’IME, on manque de moyens, de temps, de place… et surtout de possibilités pour faire du sport. Ce genre de journée, c’est unique pour eux. »

Ces regards qui brillent, c’est l’association Premiers de Cordée qui les rend possibles. Depuis 1999, elle œuvre pour permettre aux enfants malades ou en situation de handicap d’accéder à la pratique sportive. D’abord à l’hôpital, puis à travers la Journée Évasion, lancée il y a maintenant douze ans.

Ce mercredi 15 avril, près de 5 000 enfants investissent les abords du Stade de France. Le parvis se transforme en immense terrain multisport : trente-huit disciplines à découvrir, du football au tennis, mais aussi des activités plus inattendues, comme le surf ou la voile. Tout le monde finit par s’y retrouver. « J’ai fait du vélo, c’était super », savoure Youness. « Moi, j’ai découvert le tennis », glisse, de son côté, Sacha.

« Ils vivent des moments pas faciles, je me sens vraiment chanceux »

Portée notamment par le parrainage de Kylian Mbappé depuis 2017, l’association organise désormais cinq Journées Évasion chaque année à travers la France (Rouen, Le Mans, Bordeaux, Nice) et ne cesse de grandir. « On a commencé par 500 enfants et 15 sports. Aujourd’hui, on a changé d’échelle », indique Sébastien Ruffin, directeur général de l’association depuis 2011.

Sur les ateliers, les enfants croisent des stars. « Ethan ! Ethan ! Regarde-moi ! », crient-ils à l’approche d’Ethan Mbappé. Le footballeur professionnel de Lille, petit frère de la star du Real Madrid, s’arrête, échange, prend le temps de jouer avec eux : « C’est important de donner le sourire aux enfants. S’ils l’ont, moi aussi. Ils vivent des moments pas faciles, je me sens vraiment chanceux. C’est pour ça que je suis là. »

Les sportifs paralympiques s’impliquent aussi pleinement. À l’image du pongiste Esteban Herrault, médaillé de bronze aux Jeux de Paris 2024, qui a découvert Premiers de Cordée il y a un an et a depuis participé à plusieurs événements, comme une Journée Évasion au Mans, dans sa ville natale. « J’ai tout de suite accroché avec l’énergie des bénévoles. Tout est fait pour redonner le sourire aux enfants », souffle-t-il après une « tournante » engagée.

L’engagement est concret : quelques échanges de tennis, une initiation au pararugby, des sparrings de boxe avec Bakary Samaké. Même la ministre des Sports, Marina Ferrari, s’est prêtée au jeu, participant à une partie de volley endiablée : « C’est extrêmement important d’être ici pour soutenir cette action et rappeler que le sport doit être accessible à tous, partout, et quelle que soit sa condition physique ou son état de santé. »

Sébastien Ruffin résume : « La reconnaissance institutionnelle est toujours bonne à prendre, mais on remplit surtout une mission que peu d’acteurs assurent à ce niveau. » Chaque année, près de 15 000 enfants bénéficient des actions de l’association, une aide sans équivalent en France. Un développement encore contraint par les moyens. « On aimerait intervenir dans davantage d’hôpitaux. Mais notre modèle repose à 80 % sur des financements privés. »

« Quand on voit les enfants qui ne veulent pas partir à la fin de la journée… »

La journée se poursuit aussi à l’intérieur du stade. Une visite est notamment menée par Maxime Médard : les enfants découvrent les coulisses. Dans le tunnel, ils s’échauffent comme des professionnels. « Allez les Bleus, allez les Bleus ! », lance le rugbyman, immédiatement repris en chœur. Dans les vestiaires, un message de Kylian Mbappé est diffusé. Les enfants, fascinés, lui répondent spontanément.

« Quand on voit les enfants qui ne veulent pas partir à la fin de la journée, on sait qu’on a réussi notre mission », résume Christian Jeanpierre, président d’honneur de l’association.

Au fil des heures, une évidence s’impose : ici, les différences s’effacent. Les pathologies se croisent et se mélangent. « On est aussi venus pour les sensibiliser à d’autres handicaps, et montrer que certains sont plus visibles que d’autres, mais que tout le monde reste égal », avance Mohamed, éducateur dans l’Oise. Après une journée comme celle-ci, les jeunes repartent avec des étoiles plein les yeux. Pour le plus grand bonheur de tous.

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