Pour décrire ce qu’est le projet « À toute Berzingue », rien de tel que les mots de son présentateur Lorànt Deutsch : « Je me suis lancé dans une odyssée, mais contrairement à Ulysse, je ne vais pas mettre dix ans pour retrouver Ithaque », sourit-il. « Je vais essayer de partir quinze ans pour retrouver ensuite mon chez-moi après avoir raconté la France, et évidemment, ce voyage ne pouvait pas éviter Troyes ! »
Accompagné de son associé-réalisateur Emmanuel Sokol, le comédien a répondu à l’invitation des caisses locales de Groupama, avec le soutien de Troyes la Champagne Tourisme. Mais il dispose d’une totale liberté artistique pour tourner cet épisode de 25 minutes.
Il faut dire qu’avec son patrimoine, la cité préfecture de l’Aube est un sacré terrain de jeu pour celui qui s’est mué depuis quelque temps en médiateur historique : « Contrairement à un historien qui part de la source pour raconter le présent et l’enchaînement des causes, moi je pars du résultat… Je fais le travail inverse », explique-t-il.
« C’est comme dans le film de M. Night Shyamalan, Sixième sens, je vois des gens qui sont morts dans la rue… Et c’est grâce aux pierres, à la forme d’une maison, à l’inclinaison de la tour de l’église Sainte-Madeleine, à la Maison de Rachi et à la synagogue… C’est grâce à tout un tas de vestiges encore présents qui, comme dans un conte de Charles Perrault, me permettent de remonter le temps. »
Pour préparer ses quelques jours de tournage à Troyes, Lorànt Deutsch a multiplié les lectures de la presse locale (« L’Est éclair ») mais aussi de Wikipédia, « Un outil très précieux » malgré ses imperfections, tout en recoupant par la suite les données historiques. Ainsi, le trésor du Prince de Lavau (au nord de Troyes) figure en bonne place de ses trouvailles. « On est sur une découverte majeure, peut-être une des plus grandes depuis l’an 2000 en France. À côté, les guerriers gaulois assis de Dijon, c’est de la quiche ! » s’exclame-t-il.
« À côté, les guerriers gaulois assis de Dijon, c’est de la quiche ! »
Le vidéaste a d’ailleurs été surpris de découvrir l’installation d’une boulangerie industrielle dans la zone d’activité du Moutot. « Au niveau de l’étymologie, on sait que le nom Moutot, c’est la motte féodale… Et avant d’être une motte castrale (fortification), c’était des sépultures, des tumulus… Et sous cette boulangerie, vous avez peut-être l’une des plus belles tombes d’un prince celte de l’époque d’Homère… Le grand écart est un peu dur ! », s’étonne-t-il. « Mais rassurez-vous, c’est conservé. Et j’ai soufflé l’idée au maire qu’on pourrait peut-être un jour mettre un truc pour le valoriser davantage qu’aujourd’hui. »
Lorànt Deutsch s’est aussi rendu au centre-ville de Troyes en plein secteur sauvegardé, qui devrait figurer en large place dans sa vidéo : « Un tel bâti de bois sur 80 % du cœur historique, c’est vraiment unique », admire le vulgarisateur. « Malgré l’incendie de 1524 (qui a ravagé une grande partie de la ville), Troyes a vraiment des vestiges un peu partout qui se racontent assez facilement. Ici, on ne triche pas comme à Disney. On ne réinvente pas. Vous avez la sensation d’être dans un village qui vous emmène comme par enchantement 500 ans en arrière. Et en plus, les propriétaires l’entretiennent vraiment bien. »
Une mise en ligne le 5 juin
Intarissable, il s’est également plongé sur l’histoire ouvrière de la ville et de sa périphérie : « La gare qui se pose, l’époque industrielle, la machine à vapeur… Mais aussi les grandes familles de Troyes qui se font construire de belles maisons dans la Villa Rothier et aux abords des boulevards, avec des choses un peu plus aérées que les petites maisons d’artisans du Moyen-Âge », explique Lorànt Deutsch.
L’animateur de RTL n’est pas avare de détails, preuve d’une préparation très minutieuse de son tournage. « C’est l’histoire qui se raconte sous nos yeux dans le parcellaire de la ville. C’est aussi le cas dans d’autres villes… mais à Troyes, c’est particulièrement édifiant, clair et limpide », constate-t-il.
Bourré d’anecdotes et de belles images, le format de l’émission ne lui permettra pas de tout raconter. Considérés comme de grands acteurs de la France du XIIe siècle, l’écrivain Chrétien de Troyes et le moine Bernard de Clairvaux ne devraient pas trouver place. Le penseur juif Rachi ne sera que succinctement abordé. Mais les grandes dates de l’histoire ne seront pas oubliées, du Prince de Lavau jusqu’à nos jours en passant par les foires de Champagne, le textile… Sans oublier la place de nouveau grandissante de l’eau en ville et les grands lieux marquants.
« Troyes, c’est avant tout cette espèce de grande rue d’est en ouest avec toutes les églises, les grands lieux de pouvoir de la mairie au palais de justice jusqu’à l’abbaye Saint-Martin-ès-Aires, qui était la sépulture du Saint-Patron de la ville Saint-Loup… la cathédrale… le marché Saint-Jean, tout se tient sur ce cordon ombilical… C’est dingue. »
Avec tout ça, difficile de savoir si Lorànt Deutsch aura le temps de parler un peu du champagne, ou de la fameuse andouillette de Troyes. Dans tous les cas, l’épisode d’« À toute Berzingue » consacrée à la cité des Tricasses (peuple celte de l’antiquité qui a donné son nom à la ville de Troyes) sera mis en ligne le 5 juin prochain.











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