« On était très loin de la fast-fashion » : le musée de Gergovie dissèque la mode gauloise dans le Puy-de-Dôme

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Sur le plateau ensoleillé, là où l’on imagine encore la Bataille de Gergovie résonner sous les pas des légions, le Musée de Gergovie propose un tout autre voyage dans le temps. Pas de glaives ni de grandes stratégies militaires, mais des fibres, des teintures… et une bonne dose de style au menu. Avec l’exposition « L’Étoffe d’un Gaulois », les clichés en prennent un sérieux coup.

Car oui, les Gaulois avaient du goût. Loin du guerrier hirsute en peaux de bêtes, l’exposition démonte avec malice des siècles de fantasmes. « On s’est longtemps raconté une Gaule imaginaire, faute de vestiges textiles conservés », rappelle l’équipe scientifique. Fragiles, les fibres ont rarement survécu. Mais grâce à l’archéologie expérimentale, une autre silhouette se dessine : élégante, colorée, presque codifiée.

En Gaule, on n’achetait pas une tunique sur un coup de tête

Dans une scénographie pensée comme une boutique baptisée « En braies et en brogues », le visiteur déambule dans un concept-store antique. Sur les portants, braies ajustées, tuniques fines et manteaux d’apparat racontent une société où le vêtement est tout sauf anecdotique. « On découvre une grande technicité dans la finesse des fils, qui suppose une sélection très précise des matières premières, animales comme végétales, et un vrai savoir-faire pour la teinture naturelle », analyse Marie-Pierre Puybaret, teinturière de l’atelier Les Toiles Filantes.

La spécialiste insiste : derrière chaque pièce, il y a du temps et de l’application. « Une tunique en laine fine peut demander cinq semaines, à raison de plusieurs heures par jour. Cela éclaire la valeur du vêtement et le statut de celui qui le porte. » Autrement dit, en Gaule, on n’achetait pas une tunique sur un coup de tête. « On était très loin de la fast-fashion ! »

Des motifs qui évoquent les identités régionales

Autre surprise : le pantalon est une invention gauloise. Les Romains finiront par l’adopter, eux qui n’en portaient pas. Quant aux motifs à carreaux, ils évoquent déjà des identités régionales, presque des signatures visuelles. Au fil du parcours, une évidence s’impose : la mode gauloise n’était ni figée ni uniforme. « On observe des évolutions tous les 25 ans, à chaque génération. On ne voulait pas porter les mêmes objets que sa mère ou sa grand-mère », souligne Joëlle Rolland.

L’exposition explore aussi un autre terrain d’expression : la parure, notamment en verre. « Le verre apparaît en Gaule au Ve siècle avant notre ère, mais il est importé du Proche-Orient et d’Égypte », explique Joëlle Rolland, chercheuse au CNRS et spécialiste de la question. « Les bijoux en verre sont réservés aux élites. C’est un véritable marqueur social, un objet de démonstration », poursuit-elle.

Et sur le territoire arverne, berceau de Vercingétorix, quelques bracelets en verre retrouvés laissent même place à l’imagination. Le célèbre chef arverne avait-il son bijou signature ? Impossible n’est pas gaulois.

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