Jordan Bardella ne s’est pas chargé lui-même de la remontrance. Il a missionné Ludovic Pajot, maire RN de Bruay-la-Buissière, de faire passer le mot sur la conversation regroupant les nouveaux maires frontistes. Ces derniers ont été avertis : s’agissant de l’Union européenne, ils sont désormais priés d’arrêter de communiquer de façon caricaturale et excessive. Le président du RN n’a pas apprécié le comportement des nouveaux élus, dont plusieurs ont retiré le drapeau européen de leur hôtel de ville. La pratique n’est pourtant pas nouvelle. En 2020, déjà, les édiles frontistes, fidèles à la ligne populiste de Marine Le Pen, s’étaient débarrassés des drapeaux bleus qui ornaient les bâtiments officiels. Six ans plus tard, Jordan Bardella n’est plus à l’aise avec ce geste. Question d’image. Lui qui tente de gommer au maximum les irritants de son parti refuse de se retrouver enlisé dans ce qu’il considère comme des polémiques inutiles. Quitte à rompre avec certaines traditions. "Je n’ai vraiment pas compris sa réaction sur cette histoire de drapeau, commente un député lepéniste, perplexe. Ça a toujours été la ligne du parti."

Depuis quelque temps, les tenants d’un populisme chimiquement pur sentent le vent tourner. Ils regardent du coin de l’œil leur chef de file abandonner peu à peu les marqueurs d’un euroscepticisme radical ou d’un étatisme sans concession, qui ont longtemps été la norme au RN de Marine Le Pen. Jordan Bardella, lui, rêve plutôt d’intégrer la grande famille des partis de droite, à qui il fait régulièrement les yeux doux. Pour ce faire, il s’attelle, depuis qu’il a pris la tête du parti, à le déshabiller de ses habits populistes pour en faire le parti de "l’ordre et de la raison".