Stéphane Ricordel, trapéziste et homme de théâtre, est décédé à 62 ans

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Avec la compagnie des Arts sauts, Stéphane Ricordel incarnait cette french touch circassienne qui révolutionne les arts de la piste.

Avec la compagnie des Arts sauts, Stéphane Ricordel incarnait cette french touch circassienne qui révolutionne les arts de la piste. Jean-Luc Caradec

DISPARITION - Le codirecteur du Rond-Point était l’un des fondateurs de la compagnie de cirque les Arts sauts qui révolutionna l’art du trapèze. Il est mort jeudi 30 juillet des suites d’une maladie neurodégénérative.

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Au cirque, dans la discipline qu’il avait choisie, le trapèze volant, il était porteur, celui qui rattrape le voltigeur, le soutient et le renvoie dans les airs pour un nouveau tour. Dos large et carrure solide, Stéphane Ricordel a contribué à écrire une nouvelle page de l’art audacieux du trapèze pendant une quinzaine d’années, avec sa troupe les Arts sauts avant de diriger des théâtres parisiens. Sa compagne et partenaire à la tête du Théâtre du Rond-Point, Laurence de Magalhaes a annoncé son décès, jeudi 30 juillet, des suites d’une maladie neurodégénérative. Il avait 62 ans.

Dans le monde du spectacle vivant, le couple était indissociable. Ils avaient commencé ensemble. En 1993, une poignée d’artistes sorties des meilleures écoles françaises de cirque décrète que le trapèze doit devenir un art à part entière. Ils sont jeunes, doués et assez fous pour imaginer sortir la discipline, synonyme alors de justaucorps pailletés et d’un certain kitsch, du chapiteau. Les complices conçoivent une structure en fer, haute de 20 mètres qui permet d’évoluer en plein air : « Voler comme on nage, comme on respire, comme on aime. se laisser porter par les ailes du désir ». La devise ancre leur aventure avant de prendre un nom : Les Arts sauts. Ils investissent leurs économies dans un chapiteau gonflable et des dizaines de chaises longues pour les spectateurs aux premières loges de l’extraordinaire ballet aérien qui se déroule au-dessus d’eux.

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French touch circassienne

« À notre sortie de l’école, le trapèze n’était pas une discipline très courue par les jeunes artistes. Nous avons eu l’idée d’un spectacle commun que l’on créerait sur la base d’un collectif. Travailler en collectif était l’un de nos objectifs. Les deux autres étaient de voyager et de faire du trapèze de manière artistique là où nos rêves nous emmèneraient » , racontait Stéphane Ricordel au Figaro en 2007. Pari tenu. Les Arts sauts tourneront pendant quinze ans, dans le monde entier, incarnant alors cette french touch circassienne qui révolutionne les arts de la piste.

Pour eux l’itinérance est un mode de vie qui permet d’embarquer les enfants qui naissent et leur institutrice détachée par l’Éducation nationale. Avec plus de 1 500 représentations au compteur, les Arts sauts réaliseront leur rêve de départ ce, malgré les drames (la chute gravissime d’un des leurs) et les aléas du genre (la perte d’un chapiteau). Ils fermeront la boîte à magnésie, cette poudre qui permet aux acrobates de ne pas lâcher les mains, en 2007.

Pour Stéphane Ricordel, l’aventure artistique se poursuit, en duo cette fois avec sa compagne. En 2009, ils sont choisis par la Ville de Paris pour prendre la direction dans le XIVe arrondissement du théâtre Monfort (du nom, joli signe, de celle qui contribua à revitaliser les arts du cirque avec Alexis Gruss). La gestion d’un théâtre leur permet de mettre en pratique leur goût pour la pluridisciplinarité et d’affiner leur sens du public en élargissant le spectre artistique bien au-delà de la piste. Le cirque y est convié mais aussi le théâtre, la musique, la danse, la musique. Parallèlement, ils dirigent artistiquement le festival Paris Quartier d’été qui deviendra Paris l’été.

En 2023, c’est une nouvelle marche que franchit le duo, appelé à succéder à Jean-Michel Ribes, au Théâtre du Rond-Point. Il pose quelques lignes fortes : « proposer des spectacles fédérateurs, attirer un public jeune et ouvrir largement aux écrivains contemporains ». Le passage de relais avec l’ancien maître des lieux se fait en harmonie. Stéphane Ricordel et Laurence de Magalhaes peuvent se targuer de beaux chiffres de fréquentation entre des spectacles aussi différents que sont le Munstrum théâtre et la dernière pièce de Jean-François Sivadier.

La saison prochaine, l’ancien trapéziste avait prévu d’y programmer une installation, imaginant avec le plasticien Fabien Chalon, une mise en scène onirique et animée : balles qui lévitent, plumes qui virevoltent et neige qui tombe. Une manière bien à lui de faire entrer le rêve sur la scène comme il l’avait convié sous chapiteau il y a plus de trente ans.

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