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Un geste "pro-européen, pas anti-américain"
Publié le 03/06/26 à 15h01
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Le Parlement européen vient de faire ce qu'aucun gouvernement du continent n'avait osé : enlever Google de ses ordinateurs. Dès demain, c'est le moteur français Qwant qui prendra le relais sur les postes des 720 eurodéputés.
© Samuel Boivin - Google contrôle plus de 90 % du marché de la recherche en Europe, mais le Parlement européen vient de lui préférer le moteur français Qwant.
Quand vous tapez une requête dans la barre d'adresse de Firefox ou Edge sur un poste du Parlement européen, c'est Google qui répond. Plus pour longtemps.
Selon un courriel interne révélé par Politico et confirmé par Reuters, Qwant deviendra le moteur par défaut sur l'ensemble des machines de l'institution dès demain, jeudi 4 juin. Les 720 eurodéputés, leurs assistants et les agents administratifs pourront toujours revenir manuellement sur Google, mais le réglage d'usine, lui, sera européen.
Un geste "pro-européen, pas anti-américain"
La décision répond à une demande formulée à l'automne dernier par des parlementaires de plusieurs groupes politiques, qui réclamaient une indépendance accrue vis-à-vis de l'écosystème Microsoft-Google omniprésent dans les couloirs de Strasbourg et Bruxelles.
L'un des initiateurs avait tenu à préciser qu'il ne s'agissait pas d'une posture "anti-américaine", mais d'une "mesure de souveraineté pro-européenne". Le Parlement invoque la protection des données personnelles : Qwant, fondé en 2013, ne crée pas de profil publicitaire, ne stocke pas l'historique de recherche et affiche des annonces contextuelles, liées à la requête du moment et non au comportement de l'utilisateur.
Le Parlement européen, à Bruxelles, où Qwant remplacera Google comme moteur de recherche par défaut dès le 4 juin 2026. © HJBC
Un calendrier qui n'a rien d'anodin
Le basculement intervient le jour même où la Commission européenne dévoile son "paquet souveraineté technologique", un arsenal législatif qui comprend un Chips Act 2.0, un règlement cloud et IA (Cloud and AI Development Act) et, comme nous vous l'expliquions,une stratégie open source qui impose le principe "argent public, code public" dans la commande publique. L'objectif affiché : bâtir une "pile technologique européenne" complète et réduire la dépendance aux géants américains et aux fournisseurs chinois de semi-conducteurs.
"Le moteur de recherche dont vous êtes l'utilisateur, pas le produit" : la page d'accueil de Qwant résume sa promesse en une ligne. © Qwant
Côté moteur de recherche, Qwant ne joue plus seul. Fin 2024, le Français s'est allié à l'Allemand Ecosia pour fonder European Search Perspective (EUSP), une coentreprise basée à Paris chargée de construire un index de recherche souverain, indépendant de Google et de Bing. Baptisé Staan, cet index alimente déjà une partie des résultats en France et en Allemagne depuis l'été 2025. Le Parlement européen vient de montrer l'exemple. Reste à savoir combien de temps ses occupants mettront avant de chercher "Google" dans Qwant.
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