Publicité, votre contenu continue ci-dessous
Publié le 01/06/26 à 21h30
Nos réseaux :
Suivez-nous
Ajoutez nous à vos favoris Google
3
Une seule épaisseur d'atome de carbone suffit pour stopper net une piqûre. Le graphène ne se contente pas de bloquer physiquement la trompe de l'insecte : il étouffe aussi les signaux chimiques qui le mènent vers notre peau. Reste à transformer cette prouesse de laboratoire en vêtement portable.
© Shutterstock / SAU USAnakul - Adieu les moustiques : ce matériau révolutionnaire rend votre peau invisible aux insectes
Les volontaires de l'Université Brown avaient le bras tendu dans une cage remplie de moustiques affamés. Sur la peau nue et sous une simple gaze, l'essaim s'est rué sur sa cible. Sur la zone recouverte d'un film de graphène, rien. Pas une piqûre, et surtout pas un atterrissage. Les insectes tournaient autour du bras sans même tenter de se poser, comme si personne ne se trouvait là.
Une armure plus fine qu'un cheveu
C'est cette indifférence des moustiques qui a intrigué les chercheurs. Au départ, ils misaient sur une barrière mécanique. La trompe d'un moustique, le fascicule, exerce une force de l'ordre de 18 microNewtons pour percer la peau. Une feuille isolée de graphène, épaisse d'un seul atome, cède sous cette pression. Mais empilé en couches d'oxyde de graphène, le matériau devient infranchissable : l'insecte n'a plus la puissance nécessaire pour transpercer ce blindage.
L'expérience a révélé tout autre chose. Dès qu'ils plaçaient le film sec sur la peau, les moustiques cessaient d'approcher. Pour comprendre, l'équipe a badigeonné de la sueur humaine sur la face extérieure de la membrane. Résultat immédiat : l'essaim est revenu piquer. Le graphène n'arrête donc pas seulement la trompe, il emprisonne sous le film les composés organiques volatils, l'humidité et les odeurs corporelles qui servent de boussole à l'insecte. Privé de ces repères, le moustique ne détecte plus l'hôte. La peau devient, au sens propre, indétectable.
Le talon d'Achille s'appelle transpiration
Cette double défense a pourtant une faille embarrassante pour qui transpire l'été. L'oxyde de graphène (GO) est apprécié parce qu'il respire et laisse la sueur s'évaporer. Mais il est aussi très hydrophile. Trempé, il gonfle, absorbe le liquide et se mue en un hydrogel mou. Dans cet état, il perd son étanchéité chimique et sa résistance chute sous le seuil de la trompe. Le moustique pique alors à travers le tissu.
© Shutterstock
La parade existe : l'oxyde de graphène réduit (rGO) reste imperméable même mouillé, car il repousse l'eau. Sauf qu'il ne respire plus du tout et enferme la chaleur du corps, ce qui le rend invivable précisément là où les moustiques pullulent, sous les climats chauds et humides. Tout l'enjeu actuel des laboratoires tient dans ce dilemme : stabiliser mécaniquement le GO pour qu'il garde sa protection à l'état humide tout en laissant passer l'air.
Du laboratoire au tee-shirt, le vrai casse-tête
L'idée a aussi attiré l'armée américaine. Le département de la Défense, en partenariat avec Brown, a testé deux pistes pour intégrer le graphène à des uniformes. La première, mélanger le graphène à du nylon pour extruder des fibres, s'est heurtée à un mur : le matériau épaissit tellement le plastique fondu qu'il bouche les buses. En réduisant les doses pour éviter l'obstruction, les chercheurs ont obtenu des fibres trop pauvres en graphène pour repousser quoi que ce soit. La seconde piste, imprimer une pâte de graphène directement sur le tissu, donne de bien meilleurs résultats : les motifs imprimés réduisent nettement le nombre de piqûres par rapport à un textile témoin.
Reste l'obstacle économique, le plus tenace. Produire du graphène de haute qualité en grande quantité demande encore des procédés coûteux comme le dépôt chimique en phase vapeur ou l'exfoliation chimique, parfois gourmands en précurseurs dangereux. Des méthodes de fabrication plus propres et moins chères émergent, et des revues récentes pointent l'enduction à la lame comme une voie crédible vers la production industrielle de films à épaisseur contrôlée. Mais entre la démonstration et le rayon de magasin, il faudra encore patienter quelques années.
Une question revient souvent : porter du graphène sur la peau, est-ce sans risque ? La poudre brute, inhalée en usine, soulève de vraies inquiétudes pulmonaires. Mais une fois le nanomatériau verrouillé dans la trame d'un textile, les nanoparticules ne se détachent ni au port ni au lavage. Pour celui qui enfile le vêtement, l'exposition tombe quasiment à zéro. De quoi, un jour, ranger la bombe anti-moustiques au placard.
Suivez toute l'actualité des Numériques sur Google Actualités et sur la chaîne WhatsApp des Numériques
Envie de faire encore plus d'économies ? Découvrez nos codes promo sélectionnés pour vous.

il y a 2 day
2











English (US) ·