Mis à jour le 01/06/26 à 17h08
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Une brusque et parfaite fluctuation lumineuse détectée par les astronomes révèle le passage d'un corps invisible de seulement trois masses lunaires. La trajectoire statistique de cet intrus pointe vers le halo de la Voie lactée, relançant de plus belle la fascinante piste des trous noirs nés juste après le Big Bang.
© Généré par Brice Haziza sur Banana - Illustration d'un trou noir passant devant une étoile et déformant son éclat.
L’espace interstellaire cache des monstres invisibles. Une étude récente révèle qu'un corps massif et totalement sombre vient de passer exactement entre la Terre et une étoile lointaine du Grand nuage de Magellan. Alors, planète nomade ou trou noir issu des premiers instants de l'Univers ? Les astrophysiciens mènent l'enquête grâce aux probabilités.
Le Grand nuage de Magellan est une galaxie satellite de la Voie lactée. © Stephan Guisard
Une étoile se déforme et les questions se posent
C’est le genre d’anomalie qui met la communauté scientifique en ébullition. Le 18 décembre 2019, en observant une étoile en apparence ordinaire, des instruments de suivi ont enregistré une fluctuation lumineuse très particulière, à la fois brève et parfaitement symétrique.
Pour les auteurs, ce signal a de très fortes chances d'avoir été provoqué par le passage d'un objet massif dans la ligne de visée directe entre nos télescopes et cette source stellaire d'arrière-plan. Dans le jargon de l'astrophysique, nous venons d’assister à un événement de microlentille gravitationnelle d’une netteté remarquable.
Microlentille gravitationnelle causée par une planète errante. © NASA Ames/JPL-Caltech/T. Pyle
Pour comprendre le phénomène, il faut se représenter l’espace-temps comme une toile tendue. Lorsqu'un corps céleste voyage dans le vide et passe devant une étoile, sa propre masse courbe l’espace autour de lui. Cette déformation agit comme une loupe grossissante temporaire, qui amplifie soudainement la lumière de l'étoile avant de la laisser redescendre.
Phœbe, une microlentille hyper-rapide et hyper-faible
Les astrophysiciens ont trouvé un nom à cet événement inhabituel : Phœbe. Dans la mythologie grecque, c'est une fille d'Ouranos, le dieu du ciel, qui est liée à la Lune. Son origine remonterait aux temps où le chaos régnait. Cela tombe bien, car l'une des deux origines possibles de Phœbe nous fait remonter aux tréfonds des âges…
Planète errante ou trou noir primordial ?
Toute la question est maintenant de savoir ce qui se cache derrière cette ombre cosmique. Les chercheurs ont réussi à estimer la masse de l'intrus : à peine trois masses lunaires. Un véritable poids plume à l'échelle cosmologique, qui s'accompagne d'un autre indice de taille obtenu par analyse statistique.
Selon l'étude, Phœbe a une probabilité 100 000 fois plus élevée de provenir du halo de matière noire de la Voie lactée — cette vaste structure invisible qui enveloppe notre galaxie — plutôt que du disque galactique où se concentrent les systèmes stellaires classiques.
Phoebe est entourée de trois étoiles, dont les courbes de luminosité ont également été étudiées par les scientifiques. © Renee Key et al, arXiv
Cette double signature (une masse ultra-faible et une origine dans le halo) change complètement la donne pour les deux scénarios en lice.
D'un côté, l'hypothèse d'une planète errante (rogue planet) prend un coup dans l'aile. Un objet de seulement trois masses lunaires serait une toute petite planète ou une lune isolée. De plus, ces objets formés dans les disques stellaires voyagent rarement dans le halo galactique. Les probabilités qu'une telle “mini-planète” se trouve sur cette trajectoire sont donc infimes.
De l'autre côté, cela fait émerger l’hypothèse très exotique d’un trou noir primordial. Alors que les trous noirs classiques (“astrophysiques”) fruits de la mort d'une étoile affichent au minimum plusieurs masses solaires, ceux nés dans les premières fractions de seconde après le Big Bang pourraient être microscopiques et afficher des masses minuscules, de l'ordre de quelques lunes. Un tel objet validerait l'existence de cette population de trous noirs primitifs rôdant dans les structures invisibles de notre galaxie.
Les trous noirs primordiaux sont théorisés depuis longtemps, mais d'une masse si faible que leur détection nous résiste. © Nasa
Cartographier l'invisible
Au-delà de la nature exacte de l’objet, cette observation souligne surtout les progrès phénoménaux de l'astronomie moderne. Notre capacité à surveiller le ciel en continu et à croiser les courbes de lumière avec des modèles statistiques permet désormais de cartographier des dynamiques invisibles à des milliers d'années-lumière.
Les analyses se poursuivent pour déterminer la vitesse et la masse précise de l'intrus. Une chose est sûre : le visage caché de notre galaxie n'a pas fini de nous surprendre.
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