Ils pensaient regarder la Ligue 1 tranquillement, à l'abri derrière leur boîtier. Au lieu de ça, une vingtaine d'habitants du Pas-de-Calais ont reçu une convocation. En mars 2026, le parquet d'Arras a identifié dix-neuf abonnés à un service pirate, les a entendus, puis leur a infligé des amendes de 300 à 400 euros. Une première en France. Jusque-là, la justice ne s'en prenait qu'aux revendeurs ; cette fois, c'est le simple spectateur qui a payé.
Du blocage de domaine au blocage d'adresse
Pour comprendre ce tour de vis, il faut revenir sur la mécanique du blocage. Pendant longtemps, l'Arcom et les fournisseurs d'accès se contentaient de couper le DNS, cet annuaire qui traduit un nom de site en adresse de serveur. En neutralisant cette traduction, le navigateur ne trouvait plus la page pirate. Sauf que les réseaux clandestins ripostaient en quelques minutes : un nouveau site miroir, un changement de résolveur via Cloudflare ou Google, et le flux repartait de plus belle.
D'où l'arme de 2026 : le blocage IP en temps réel. Au lieu de viser le nom de domaine, il frappe directement l'adresse du serveur qui héberge la vidéo. Plus radical, plus rapide. Lors des tests sur la Ligue 1 en 2025, l'Arcom affirme avoir coupé plus de 95 % des flux illégaux en moins de trente secondes après détection. Le dispositif a été éprouvé grandeur nature à partir du 18 mai dernier sur Roland-Garros. À la demande de la Fédération française de tennis, le tribunal judiciaire de Paris y avait déjà ordonné le blocage de vingt et une adresses. Prochaine étape : les 104 matchs du Mondial de foot.
Une loi encore suspendue au calendrier parlementaire
Reste un détail qui a son importance. Le système le plus poussé permettrait aux ayants droit de transmettre les adresses à bloquer sans passer par l'Arcom à chaque flux. Il dépend de la proposition de loi portée par les sénateurs Laurent Lafon et Michel Savin. Votée au Sénat dès juin 2025, elle attendait encore son examen définitif à l'Assemblée au printemps 2026. Le gouvernement s'est engagé à la faire adopter avant la fin de la session parlementaire, fixée au 30 juin, soit en plein tournoi.
Le texte ne se contente pas d'automatiser les coupures. Il alourdit aussi nettement les peines visant les fournisseurs. La diffusion illicite peut coûter jusqu'à trois ans de prison et 300 000 euros d'amende, et les réseaux organisés jusqu'à sept ans et 750 000 euros. Il étend aussi officiellement le blocage aux DNS alternatifs et à certains VPN comme NordVPN, Proton ou CyberGhost, ces outils de contournement longtemps considérés comme inviolables. Depuis le printemps 2025, la justice les contraint déjà à bloquer des centaines de noms de domaine illicites, sur décision du tribunal de Paris. Plusieurs d'entre eux traînent pourtant des pieds, invoquant une impossibilité technique de géolocaliser leurs utilisateurs français.
Pourquoi l'abonné pirate joue gros
Le pari de l'IPTV à bas prix n'a donc jamais été aussi mauvais. Sur le plan pénal d'abord : l'abonnement à un service illégal est qualifié de recel de contrefaçon, théoriquement passible de cinq ans de prison et 375 000 euros d'amende. Les peines réellement prononcées restent loin de ces plafonds, comme à Arras, mais le précédent existe désormais. Et les autorités n'ont même plus besoin de l'adresse IP pour remonter jusqu'au client. Lors du démantèlement d'un revendeur, ce sont les bases de données et les traces de paiement qui livrent les noms.
Le risque est aussi numérique. Les plateformes pirates ne sécurisent rien : les coordonnées bancaires fournies à l'inscription finissent revendues, les applications et boîtiers préconfigurés embarquent virus, logiciels espions et rançongiciels. Un appareil compromis peut même être enrôlé dans un réseau de machines zombies à l'insu de son propriétaire, qui ne peut alors porter plainte sans s'accuser lui-même.
Enfin, il y a le risque le plus prosaïque : payer pour rien. Avec des coupures qui tombent en pleine action et des serveurs démantelés du jour au lendemain, l'abonné voit son service s'éteindre sans recours ni remboursement. Face à beIN Sports, détenteur des droits du Mondial en France, et aux offres légales comme celle de M6+, l'écran noir au moment du but décisif risque de coûter bien plus cher qu'un abonnement officiel.
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il y a 20 hour
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