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Publié le 03/06/26 à 06h45
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L’explosion de la fusée NG-4 a laissé le pas de tir de Blue Origin en ruines, projetant une ombre massive sur le calendrier spatial américain. Alors que la Nasa retient son souffle pour Artemis III, Jeff Bezos maintient un objectif de lancement d'ici fin 2026. Un pari ultra-risqué qui fait, en attendant, le bonheur financier d’un grand bénéficiaire : SpaceX
© Blue Origin - LC-36, le site de lancement de Blue Origin est inutilisable pour plusieurs mois.
Le ciel de la Space Coast s’est embrasé, et avec lui, les ambitions à court terme de Blue Origin. Le 28 mai dernier, lors d’un essai à chaud de routine sur le pas de tir Launch Complex-36 (LC-36) à Cap Canaveral, le quatrième exemplaire de la fusée géante New Glenn (NG-4) a été victime d'une explosion spectaculaire. Si l’accident n’a fait aucun blessé et qu’aucun satellite ne se trouvait à bord, les dégâts matériels marquent un coup d’arrêt brutal pour l’entreprise de Jeff Bezos, qui tentait de briser le monopole de SpaceX.
Le pad de tir LC-36 “carbonisé” depuis l’espace
Photo satellitaire et zoom sur les dégâts du LC-36. © SpaceFromSpace / 2026 Planet Labs PBC
L’ampleur des dégâts témoigne de la violence de la déflagration. Des images capturées par le satellite SkySat-C9 de Planet Labs révèlent une zone de végétation calcinée s’étendant sur près d’un kilomètre autour de l'installation. La tour d’intégration principale du pas de tir a subi des dommages structurels majeurs qui nécessiteront de lourdes réparations.
Cependant, Blue Origin a évité le pire. Le directeur général de la firme, Dave Limp, a tempéré la crise en annonçant un véritable « coup de chance » : les réservoirs de carburant cryogéniques essentiels à la base de lancement sont intacts, tout comme les boosters des prochains vols stockés à proximité. Le remplacement de ces infrastructures lourdes aurait figé le site pour de longs mois. Pour mémoire, après des explosions similaires sur leurs pas de tir respectifs, Orbital Sciences (Antares en 2014) avait mis deux ans à s'en remettre, quand SpaceX avait mis seize mois à réparer le LC-40 après l’accident de sa Falcon 9 en 2016.
Objectif fin d'année : un calendrier obligé mais intenable ?
Some LC-36 updates. Now that we’ve had access to the pad and integration facility we can share a bit of good news. The propellant farm, oxygen, liquid hydrogen and LNG tanks are all in good shape. This is good luck because these are very long lead items. The water tower is also…
— Dave Limp (@davill) June 2, 2026Malgré la sévérité du choc, la direction de Blue Origin affiche un optimisme de combat. Dave Limp a affirmé que New Glenn reprendrait ses vols « avant la fin de l’année » 2026. Une promesse qui tient du miracle industriel : l’entreprise doit simultanément mener l’enquête technique avec la FAA (l'agence fédérale de l'aviation), déblayer les débris, sécuriser la tour et recertifier son système de vol.
Sur X, Dave Limp voit le verre à moitié plein : “les réservoirs de propergol, d'oxygène, d'hydrogène liquide et de GNL sont en bon état. C'est une bonne nouvelle, car ce sont des équipements dont le délai de livraison est très long. Le château d'eau est également en bon état. La grande tour de soutien est endommagée, mais elle peut être réparée sur place plutôt que d'être démolie et remplacée. Le lanceur 'Never Tell Me The Odds'* et les trois GS-2 (étage supérieur de la fusée) qui se trouvaient sur le site de l'installation d'intégration sont également en bon état*”.
Mais Blue Origin est obligé d'annoncer cet objectif de la fin d'année. Car Jeff Bezos subit une immense pression de la part de la NASA, qui compte sur la version cargo du module lunaire Blue Moon (dont le vol inaugural à bord de New Glenn était prévu cet automne) pour Artemis III prévu... d'ici la fin de l'année. De plus, Amazon – l’autre géant de Bezos – attend désespérément ce lanceur pour déployer les milliers de satellites de sa constellation Internet Kuiper.
SpaceX grand vainqueur par K.O. technique
En attendant que la New Glenn renaisse de ses cendres, cet accident fait les affaires d’un homme : Elon Musk. SpaceX conforte plus que jamais son insolente hégémonie sur le marché des lancements. Quelques heures seulement après le crash de la NG-4, le rival d'Austin enfonçait le clou en envoyant en orbite 29 satellites Starlink depuis la même côte floridienne, illustrant une cadence industrielle insolente.
Le coup est d’autant plus rude pour Amazon. Face aux retards de Blue Origin et pour éviter de perdre ses licences de fréquences orbitales, le géant de l'e-commerce est contraint de diversifier ses lancements chez la concurrence. Si une fusée Atlas V d'ULA a pu mettre en orbite 29 satellites Kuiper au lendemain de l'explosion, la réalité du marché mondial est implacable : pour tenir le rythme face au réseau Starlink, Amazon n'aura d'autre choix que d'acheter des lancements... à SpaceX. Un comble et un chèque massif signé de la main de Bezos pour financer les fusées de son principal concurrent.
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