D'où vient la peur de vieillir… Et comment l'apaiser ?

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En collaboration avec Sandrine Paris (Psychologue clinicienne et psychothérapeute TCC spécialisée dans le vieillissement normal et pathologique)

Vieillir inquiète, et cette peur grandit souvent avec l’âge. Derrière les changements physiques se cachent des peurs plus profondes : peur de perdre son identité, du temps qui passe, ou encore de la fin de vie. Comment les apaiser ?

L'essentiel

Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.

La peur de vieillir est assez courante. Mais contrairement à ce que l’on pense, cette peur ne concerne pas seulement les rides ou les cheveux blancs ! Comme nous l’explique Sandrine Paris, psychologue clinicienne, elle touche à quelque chose de plus profond. Bonne nouvelle : comprendre d’où vient cette peur est déjà un premier pas pour mieux l’apprivoiser.

Gérascophobie : pourquoi a-t-on peur de vieillir ?

Vieillir ne se résume pas à des transformations physiques. « C’est un changement plus profond, qui touche le corps, mais aussi les repères et l’image de soi. De quoi réactiver des peurs anciennes, parfois enfouies depuis des années », souligne Sandrine Paris.

Des peurs très fréquentes… et légitimes

Avec l’âge, certaines inquiétudes reviennent souvent :

  • la peur de perdre son autonomie,
  • la peur de ne plus se reconnaître,
  • la peur de ne plus être séduisant(e) ou utile ;
  • et surtout… la peur de la mort (thanatophobie)/ d’être confronté(e) plus concrètement à sa propre fin.

Le corps qui change : un premier choc

Premières rides, perte de tonicité, cheveux blancs, fatigue plus fréquente… Le corps évolue au fil des années. Parfois rapidement. Ce qui peut surprendre, voire déstabiliser. « Dans une société où l’apparence est très valorisée, ces changements peuvent être mal vécus. Certaines personnes ont alors l’impression de perdre de la valeur », indique Sandrine Paris.

Prise de conscience du temps qui passe

Vieillir, c’est aussi prendre conscience de sa finitude. Quand on est jeune, on a souvent le sentiment que tout est possible. Le temps semble long, presque infini. Mais en vieillissant, ce rapport change :

  • on prend conscience des années qui passent,
  • certains projets deviennent moins accessibles,
  • les priorités changent.

Le regard des autres et la peur d’être invisible

Le regard de la société joue aussi un rôle important. Aujourd’hui encore, le vieillissement est parfois associé à l’inutilité, à la dépendance ou à l’effacement. « De nombreux patients ont peur de devenir invisibles, de ne plus compter et d’être oubliés. Cela peut être vécu comme une forme de déclassement social », observe Sandrine Paris.

Une peur universelle… Mais distincte pour chacun

Tout le monde, ou presque, peut avoir peur de vieillir. Mais elle ne prend pas toujours la même forme. « Tout dépend des expériences de vie et des représentations que chacun se fait du vieillissement. Pour certains, c’est le corps qui inquiète. Pour d’autres, ce sont les pertes qui accompagnent le vieillissement. Et pour beaucoup, c’est un mélange des deux », indique la psychologue.

Pourquoi cette peur est-elle plus forte chez les seniors ?

Avec l’âge, la peur de vieillir devient plus tangible. « Chez les seniors, on n’est plus dans l’anticipation. On est dans l’expérience », souligne Sandrine Paris. Le corps change, l’énergie diminue, la santé peut se fragiliser.

À cela s’ajoutent d’autres pertes :

  • les deuils, parfois répétés,
  • les limitations physiques ou cognitives,

« Ce ne sont plus des peurs abstraites. Ce sont des réalités vécues. Et c’est précisément ce qui rend cette période plus compliquée psychologiquement », prévient la psychologue.

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Les adolescents et adultes peuvent-ils aussi avoir peur de vieillir ?

Oui, et cela peut surprendre : la gérascophobie peut apparaître dès l’adolescence, et se poursuivre à l’âge adulte. Dans ce cas, ce n’est pas tant la vieillesse au sens médical qui angoisse, mais l’idée que le temps avance, que le corps change, et que tout ne restera pas indéfiniment possible.

Chez les jeunes, cette peur peut être liée à plusieurs facteurs :

  • une période de fragilité émotionnelle (stress scolaire, pression sociale, image de soi, etc.),
  • des événements de vie difficiles (deuil, maladie, séparation, etc.),
  • une angoisse diffuse face à l’avenir,
  • etc.

Chez les adultes, elle peut aussi s’installer progressivement, surtout dans des moments de transition :

  • passage à une nouvelle décennie (30, 40, 50 ans…),
  • changements professionnels ou personnels,
  • forte anxiété de manière générale,
  • etc.

À noter : « Chez certains adultes, ce qui angoisse, ce n’est pas seulement de vieillir, c’est l’idée de ne pas être « au bon endroit au bon moment » dans leur vie : ne pas avoir construit ce qu’ils imaginaient avant un certain âge, ne pas avoir trouvé leur voie, leur couple, leur stabilité. Le temps devient alors une pression ».

Peur de vieillir et de mourir : quand faut-il consulter un professionnel ?

« La peur devient préoccupante lorsqu’elle envahit la vie psychique », tranche Sandrine Paris. Et elle est plus forte quand notre identité repose sur des bases fragiles, par exemple :

  • Une estime de soi centrée uniquement sur l’apparence.
  • Une identité construite autour de la performance ou du contrôle.

« Dans ces cas-là, vieillir peut être vécu comme une menace directe… », regrette la psychologue.

Les signes d’alerte ?

  • L’évitement de certaines situations.
  • Une obsession du corps ou de l’image.
  • Une incapacité à se projeter dans l’avenir.

« Quand la peur empêche de vivre sereinement, mieux vaut consulter ! », conseille Sandrine Paris.

Pourquoi certaines personnes acceptent-elles mieux le vieillissement ?

« Tout dépend du rapport que l’on a construit avec soi-même au fil du temps », explique Sandrine Paris. Les personnes qui acceptent mieux de vieillir sont souvent celles qui ont développé une certaine souplesse psychique.

Concrètement, elles arrivent plus facilement à :

  • S’adapter aux changements.
  • Lâcher prise sur ce qu’elles ne contrôlent pas.
  • Voir aussi les aspects positifs de l’âge (gagner en expérience et en liberté intérieure).

« Ce n’est pas une question d’âge, mais de posture intérieure », insiste la psychologue.

Le vécu joue aussi un rôle important. Nos expériences influencent notre manière de voir le vieillissement. Par exemple : « Une personne qui a traversé des épreuves et appris à rebondir a souvent plus de ressources face au vieillissement. Et une personne qui a vu un parent vieillir dans la souffrance n’aura pas la même vision que quelqu’un qui a connu des personnes âgées épanouies ».

Solutions : comment apaiser les angoisses liées au vieillissement ?

Pour Sandrine Paris, tout commence par un « déplacement intérieur ».

Élargir les sources d’estime de soi

« Il est essentiel de ne pas faire reposer toute sa valeur sur l’apparence ou la performance », conseille la psychologue. Essayez de valoriser d’autres dimensions :

  • Vos relations,
  • Votre créativité,
  • Vos expériences de vie,
  • Votre engagement.

Votre valeur ne se résume pas à votre image !

Changer de regard sur le vieillissement

Il faut s’éloigner de la vision déficitaire de l’âge. Vieillir, c’est aussi transformer son rapport à soi, aux autres, au temps. « Ce changement de perspective peut alléger les peurs : on gagne en recul, on apprend à mieux se connaître et à redéfinir ses priorités », assure Sandrine Paris.

Accepter certaines transformations… Sans se résigner

L’enjeu n’est pas d’aimer chaque ride ou chaque changement, mais de ne pas vivre ces évolutions comme un effondrement de soi. Sans oublier l’essentiel : continuer à se projeter, à désirer, à attendre quelque chose de la vie. C’est souvent ce qui permet de garder un élan intérieur.

Comme le souligne Sandrine Paris, « vieillir n’est pas un problème à résoudre, mais une réalité à apprivoiser ». Lorsqu’elle devient trop envahissante, cette peur peut aussi être travaillée en consultation, afin de déconstruire certaines croyances négatives liées à l’âge et de retrouver un regard plus juste, plus nuancé et plus apaisé sur soi-même.

Sources

Entretien avec Sandrine Paris, psychologue clinicienne et psychothérapeute TCC spécialisée dans le vieillissement normal et pathologique.

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