En Arménie, des élections législatives sous pression russe

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L'Arménie, État caucasien de trois millions d'habitants, organise dimanche ⁠7 juin des élections législatives à forts enjeux, sous ​l'œil de Moscou. La Russie accentue la pression sur cet ancien pays satellite tenté par l'Occident.

Ancienne république soviétique entretenant d'étroits liens historiques avec la Russie, l'Arménie ​fait l'objet de menaces de la part du Kremlin, qui s'efforce d'empêcher le rapprochement d'Erevan avec la sphère occidentale, sous l'impulsion du Premier ministre sortant Nikol Pachinian.

Moscou a notamment menacé la semaine dernière le pays de mesures contraignantes vis-à-vis de leurs accords relatifs à la fourniture de pétrole et de gaz à bas prix si Erevan poursuivait ses démarches en vue d'adhérer à l'Union européenne (UE).

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L'Arménie a adopté ​en 2025 une loi ‌visant à engager son processus d'adhésion à l'UE. Nikol Pachinian, allié du président américain Donald Trump et pro-Occident, est donné largement favori par les sondages pour ⁠le scrutin du 7 juin à la tête de son parti "Contrat civil" (KP), face à plusieurs partis pro-russes.

Au pouvoir depuis 2018, cet ancien journaliste de 51 ans a fait savoir mercredi qu'il se rendrait en Russie à la suite des élections pour un entretien avec le président russe ‌Vladimir Poutine, rapporte l'agence russe Interfax.

Les intimidations de la Russie envers Erevan, assorties d'une série de restrictions et d'interdictions temporaires sur les exportations arméniennes, reflètent la perte ⁠d'influence mondiale de Moscou, embourbé dans la guerre en Ukraine.

Samvel Karapetian, l'opposant russo-arménien

Face à ce rapprochement avec les Européens, le principal adversaire de Nikol Pachinian pour ces élections, l'homme d'affaires russo-arménien Samvel Karapetian, a mis en garde contre toute "ruée imprudente" vers l'Occident. Ce milliardaire – 44e fortune de Russie, selon Forbes Russie – accuse Nikol Pachinian de chercher à attiser la guerre avec Moscou.

Un meeting de magnat russo-arménien Samvel Karapetyan à Erevan, le mercredi 3 juin 2026. Un meeting de magnat russo-arménien Samvel Karapetyan à Erevan, le 3 juin 2026. © AP, Anthony Pizzoferrato

D'après des documents révélés par le site d'investigation Dossier Center, Moscou miserait aussi sur la candidature d'Arman Tatoyan, ex-défenseur des droits humains, qui se présente comme un candidat "proarménien" pragmatique vis-à-vis de la Russie.

De La Havane à Caracas, en passant par Belgrade et les steppes d’Asie centrale, l’ascendant du Kremlin s'effrite chez ses anciens alliés, courtisés par l'UE et les États-Unis.

L’Arménie bénéficie depuis longtemps de la générosité de Moscou et abrite une base militaire russe. Mais le mois dernier, un accord ​de partenariat a été signé entre Erevan et Washington, irritant davantage la Russie.

"Bien sûr, nous sommes profondément préoccupés par la politique de rapprochement des autorités ‌arméniennes avec la communauté euro-atlantique, dont la politique fondamentale est dirigée contre Moscou", a déclaré Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, à des journalistes. "Les Anglo-Saxons se vantent ouvertement de 'détacher' l’Arménie, comme ils disent, de l’étreinte de la 'Russie autoritaire'", a-t-elle ajouté.

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Pour les analystes russes, la Russie est confrontée à une tentative concertée des Occidentaux - comme dans d’autres régions du monde - de l’évincer de la région du Caucase du Sud, dont l’Arménie fait partie.

Une ‌source proche du gouvernement russe concède que des pays comme l’Arménie "attendent tous de voir comment la guerre (en Ukraine) va se terminer", et que certains nouent déjà de nouveaux liens alors que la Russie est mobilisée sur d'autres fronts.

Mais la visite en Arménie du président ukrainien Volodymyr Zelensky à ​l'occasion d'une réunion de dirigeants européens le mois dernier a mis le feu aux poudres.

Menace russe sur les exportations d'hydrocarbures

Depuis lors, la Russie a temporairement interdit l’importation de nombreux produits arméniens, menacé de suspendre ses exportations de pétrole et de gaz, rappelé son ambassadeur en Arménie, et laissé entendre qu'Erevan pourrait être exclu de l’Union économique eurasiatique.

Une suspension de ce bloc commercial dirigé par Moscou provoquerait des chocs immédiats pour l'économie arménienne. La Russie représentait environ 35 % du commerce extérieur de l'Arménie en 2025, contre environ 11 % pour l'UE, selon les statistiques gouvernementales.

La Russie a également imposé des restrictions temporaires sur les importations ‌de tomates, concombres, poivrons et fraises en provenance d'Arménie à compter du 30 mai, l'autorité de contrôle agricole russe invoquant des préoccupations en matière de sécurité phytosanitaire. Des ​restrictions supplémentaires ont été imposées, applicables à partir de mardi, sur différents types de fruits.

Or le marché russe est de loin le plus grand débouché ​pour les produits frais arméniens.

Avec AFP et Reuters

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