ENQUÊTE (1/3) - Entre l’apparition des premiers symptômes et le diagnostic, il existe un délai moyen de dix ans pour cette maladie dont l’étude est devenue obligatoire pour les étudiants médecins depuis 2020. Les femmes qui en sont atteintes ne savent pas toujours en reconnaître les signes, extrêmement variés.
Laure, 41 ans, a eu ses règles à 12 ans et, dès le départ ou presque, a ressenti des effets secondaires éprouvants. « Des problèmes digestifs, une fatigue permanente, des saignements très importants qui duraient une semaine. » Pendant des années, elle a consulté des médecins. « Pas de réponse. » Jusqu’en 2020 où, après une IRM, elle entend : « Vous avez de l’endométriose autour de l’utérus et des ligaments utéro-sacrés ». Des cellules semblables à l’endomètre - la paroi qui tapisse l’utérus et s’évacue logiquement pendant les règles - sont présentes sur ces organes et s’enflamment à chaque cycle.
Rose, 33 ans, a eu ses règles à 12 ans, et pendant des années elle s’est contentée d’être « d’une humeur de chien et nauséeuse » trois jours dans le mois. Elle a 23 ans quand apparaissent « des spasmes qui traversent (son) dos, durant lesquels (elle) dois parfois attraper le rebord d’une table pour ne pas crier ». Elle compare depuis leur arrivée ses règles à « un monstre qui se réveille » et la « vide ». En 2018, une échographie pelvienne a révélé une endométriose au niveau des ligaments utéro-sacrés.
Lou-Anne, 21 ans, a eu ses règles à 13 ans. Aucun problème d’abord. Au lycée, son ventre s’est mis à gonfler « comme si (elle) étai(t) enceinte ». Les douleurs l’isolent, elle annule les sorties à l’avance de peur de devoir le faire le jour même. Tandis qu’elle a « plus de jours avec des maux de ventre que de jours sans », son médecin traitant accuse le stress. « Il m’expliquait que c’était dans ma tête. » En 2024, encouragée par ses parents, elle approfondit les examens. Une adénomyose, une forme d’endométriose dans l’utérus, est décelée.
Ophélie a 41 ans. Elle a eu ses règles à 11 ans et depuis ce jour elle souffre beaucoup. Au début de la trentaine, alors que l’endométriose passe dans le langage médical courant, elle l’évoque devant son médecin. « Il a fermé la conversation immédiatement en me disant que cette maladie n’existait pas, que c’était une mode. Je n’ai plus osé en reparler. » En novembre, onze ans après cette rebuffade, une sage-femme, à la campagne, lui a proposé de refaire des examens. « Je vais peut-être enfin savoir ce qui m’arrive. »
Une maladie à la mode ?
À elles trois, Laure, Rose et Lou-Anne affichent une moyenne d’errance médicale de 10,3 ans ; proche de la moyenne nationale de dix ans. Si une endométriose est diagnostiquée…

il y a 2 day
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