Moyen-Orient. L'Iran devrait recevoir jusqu'à 400 systèmes de missile sol-air portatifs chinois dans les prochaines semaines. Un achat à hauteur de 60 à 70 millions de dollars, à l'heure où la République islamique cherche à renforcer ses capacités défensives face à la menace américaine.
Par Aïssata Sow avec Reuters
Publié le 30/07/2026 à 16:13
Une banderole représentant le président américain Donald Trump à côté d'un système de missiles iranien, sur la place Azadi à Téhéran, en Iran, le 30 juillet 2026. Majid Asgaripour/WANA (West Asia News Agency)
via REUTERS
Engagé dans une guerre qui n'en finit plus avec les Etats-Unis, l'Iran se tourne vers la Chine. D'après Reuters, Téhéran s'apprêterait à recevoir d'ici quelques semaines une première livraison comprenant 300 à 400 systèmes de missile sol-air portatifs (MANPADS) chinois, notamment des missiles QW-12 et FN-16.
Cet achat, d'une valeur estimée entre 60 et 70 millions de dollars, constitue l'une des plus importantes initiatives réalisées par Téhéran, en matière d'armement à courte portée, depuis le début du conflit en février. L'Iran cherche ainsi à réduire ses lacunes défensives, concernant notamment la protection des sites militaires et des infrastructures stratégiques. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, les États-Unis et Israël ont frappé de nombreuses installations iraniennes liées à des programmes de missiles, de drones et de défense aérienne. Le conflit a ainsi souligné la difficulté pour Téhéran de défendre des sites militaires et stratégiques fixes contre des aéronefs de pointe et des armes à guidage de précision.
Face à la reprise des frappes américaines et des négociations toujours en cours, la livraison de centaines de MANPADS viendrait considérablement renforcer le parc d'armes de défense aérienne à courte portée de l'Iran et démontrer l'intensification des liens militaires avec la Chine.
Les parties concernées démentent
Selon les sources de Reuters, l'accord a été signé avec Zhongqing Baoshang International Investment, une société basée à Hongkong, jouant le rôle d'intermédiaire entre les autorités iraniennes et le fournisseur chinois. Bien que l'accord ait été signé, les calendriers de livraison, les quantités et d'autres détails relatifs à sa mise en œuvre pourraient encore évoluer. Selon un plan convenu par les parties, les livraisons doivent s'effectuer dans un premier temps par voie aérienne depuis Urumqi, dans l'ouest de la Chine, puis transiter par le Pakistan avant d'être envoyées vers l'Iran.
Deux sources des services de renseignement occidentaux et un responsable iranien ont toutefois déclaré que Téhéran avait également étudié la possibilité d'utiliser des voies terrestres pour acheminer plus discrètement des fournitures militaires chinoises et des composants à double usage afin de réduire le risque d'interruption des livraisons.
Mercredi 29 juillet, Islamabad a cependant démenti que le Pakistan puisse servir de pays de transit. "Les spéculations selon lesquelles le Pakistan serait impliqué dans la fourniture d'armes de défense aérienne à l'Iran en provenance de Chine sont totalement inventées de toutes pièces et fausses" a annoncé l'ISPR, le service de relations publiques de l'armée pakistanaise.
Interrogé sur cet accord lors d'une conférence de presse qui s'est tenue jeudi à Pékin, le porte-parole du ministère chinois de la Défense Jiang Bin a également déclaré qu'il "n'était pas au courant de cette situation". Des propos soutenus par le ministère chinois des Affaires étrangères. "Ces informations sont totalement infondées. La Chine n'a cessé de jouer un rôle dans la promotion de la paix et la résolution du conflit" a-t-il assuré.
Un système de défense plus performant
Quoi qu'il en coûte, Téhéran a besoin de renforcer son système de défense. Bien que la République islamique ait massivement investi au cours des deux dernières décennies dans les missiles, les drones et les radars, les experts militaires soulignent l'importance des systèmes de défense aérienne portatifs. Ceux-ci peuvent en effet être déployés rapidement et transportés par de petites équipes, ce qui les rend moins vulnérables que les batteries de défense aérienne fixes.
Les QW-12 et FN-16 que l'Iran pourrait recevoir sont des systèmes de missiles sol-air à guidage infrarouge, lancés à l'épaule, conçus pour intercepter des avions volant à basse altitude, des hélicoptères et des drones. Leur mobilité leur permet notamment d'être déployés rapidement autour d'installations militaires, d'infrastructures énergétiques et d'autres sites sensibles. Les analystes du secteur de la défense considèrent cependant que le QW-12 est moins performant que les variantes plus récentes de la gamme QW, comme les modèles QW-18 et QW-19, mais estiment que ces systèmes peuvent néanmoins offrir une protection efficace à courte portée.
L'acquisition de ces systèmes chinois souligne la dépendance persistante de la République islamique à l'égard d'une combinaison de production d'armements nationale et de fournisseurs étrangers, malgré des années de sanctions et de restrictions sur les importations liées à la défense. C'est dans ce contexte que le Donald Trump a affirmé mercredi qu’il serait "très déçu" que la Chine fournisse réellement des systèmes de défense aérienne à son adversaire iranien. En mai, après une rencontre à Pékin avec le président chinois Xi Jinping, le président américain avait affirmé que son homologue s'était engagé à ne pas soutenir militairement Téhéran.

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