C’est à la fois un des points culminants du paysage de l’agglomération caennaise et un souvenir de l’histoire industrielle de la cité normande. Et cette tour de béton est en bien mauvaise posture, sujette à un effritement inquiétant. « Le réfrigérant servait à refroidir l’eau du circuit fermé de la Société métallurgique de Normandie (SMN) avant de la réinjecter », rappelle Jacques Dufour, ancien de cette entreprise fermée en 1993 et membre de l’association Mémoire et patrimoine SMN. Construite en 1952, la tour n’en finit pas de s’émietter : « On retrouve régulièrement des morceaux de béton tombés au pied. Et on voit apparaître la ferraille sur des piliers », s’alarme Pascal Rivière, un adhérent et, lui aussi, un ancien de la SMN.
Une seconde clôture, plus étendue, protège les alentours d’un des derniers vestiges de l’usine, déconstruite et rasée au début des années 1990, après plus de 60 ans d’existence et un pic à plus de 6 000 salariés à l’époque de son essor au cours des 30 Glorieuses d’après-Guerre. L’association situe la dernière intervention d’entretien majeure sur la tour… au début des années 1970. Depuis, l’usure, bien visible, fait son œuvre et menace l’ouvrage.
« De là-haut, on voit tout ! »
Au point de relancer la question sur son avenir, qui sera un des enjeux de l’évolution du Plateau, ce territoire à cheval sur plusieurs communes de l’est caennais, intimement lié à l’usine naguère. « Nous sommes lassés par l’immobilisme, le manque d’information et une forme de mépris pour l’histoire et les anciens de la SMN », tacle Gérard Prokop, président de Mémoire et patrimoine SMN. Il ouvre ses dossiers et dévoile les lignes d’un projet d’architecte de 2021 qui consistait à restaurer le site avec un ascenseur central, une ouverture vitrée sur la façade du réfrigérant avec un belvédère au sommet.
« C’est que, depuis là-haut, on voit tout ! C’est l’endroit parfait pour raconter cette aventure industrielle et, plus largement, le passé, le présent et l’avenir de Caen et du Calvados », est persuadé Gérard Prokop. Une réhabilitation était chiffrée à 10 millions d’euros en 2021. Mais d’autres scénarios existent. La communauté urbaine planche actuellement sur le sujet et différentes hypothèses doivent normalement émerger d’ici la rentrée. Pour l’heure, la collectivité ne communique pas.
Un « D-Day Land » va-t-il s’installer ici ?
Gérard Prokop a consigné plusieurs estimations réalisées ces dernières années : celle d’une destruction chiffrée entre un et deux millions d’euros, celle d’un maintien à moyen terme (autour de 6 M€) et celle d’une sauvegarde à long terme (15 M€). Des options et des montants impossibles à préciser aujourd’hui. Mais le réfrigérant arrive à un moment charnière pour son avenir.
Non loin de là, le géant du luxe Hermès va s’installer à l’horizon 2028 dans un autre vestige de la SMN : la Grande halle, futur atelier de maroquinerie. Une friche voisine pourrait aussi accueillir le spectacle vivant consacré au D-Day et à la bataille de Normandie. Laisser un édifice aussi fragilisé dans un secteur amené à être bien davantage fréquenté n’apparaît pas viable. Promis à une seconde vie ou à une disparition pure et simple, le totem industriel de la SMN attend donc d’être fixé sur son sort. Des choix guettés par les anciens et les curieux de cette épopée industrielle.











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