Mondial 2026 : le pays d’en-face sera aussi le leur, le tiraillement des binationaux

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Arrivé au Bayern Munich en provenance de Crystal Palace en juillet 2024, l'attaquant Michael Olise a démontré son talent en portant la formation bavaroise jusqu’en demi-finale de la Ligue des champions. Il se prépare maintenant à mettre ce talent au service de l’équipe de France au Mondial 2026. Après une belle campagne olympique à Paris avec Thierry Henry aux commandes, il est devenu l’un des rares joueurs indispensables à l’armada offensive de Didier Deschamps, enregistrant quatre buts en 15 sélections. Pourtant, le natif de Londres n’a jamais vécu dans l’Hexagone.

Né à Hammersmith d’un père nigérian et d’une mère franco-algérienne, le prodige de 24 ans était donc éligible à quatre sélections nationales. Pour lui, le maillot tricolore était une évidence. "Quand j'étais petit, je suis venu ici. J'avais cette connexion avec la France", a-t-il déclaré en conférence de presse. "Je suis fier d'être là."

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D’autres ont plus longtemps fait planer le doute. Après un passage à Arsenal et une saison au Stade de Reims, l’attaquant monégasque Folarin Balogun avait lui aussi l'embarras du choix. Éligible pour représenter l’Angleterre et le Nigeria, le New-Yorkais de naissance a finalement opté pour les États-Unis en 2023, avec qui il a remporté la Ligue des nations de la Confédération de football d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes (Concacaf) à deux reprises.

Elye Wahi, la recrue hivernale de l’OGC Nice formée à Montpellier, plusieurs fois sélectionné avec l’équipe de France espoirs, a finalement choisi la Côte d’Ivoire. De son côté, Wilson Isidor, natif de Rennes qui évolue à Sunderland, traversera l’Atlantique avec la sélection haïtienne.

Les binationaux nourrissent les rangs du football. Les compétitions internationales offrent donc souvent des affiches dans lesquelles plusieurs joueurs affrontent leur propre pays. Pas d’exception pour la plus grande d’entre elles, la Coupe du monde.

Les dates des matches sont indiquées en heure de Paris.

France-Sénégal

Dans la banlieue de New York, le finaliste de l’édition 2022 affrontera le 16 juin le vainqueur sur le terrain de la CAN 2026. France-Sénégal, l’affiche du groupe I, et possible terrain de revanche après la fameuse déroute française de 2002, sera sûrement sujet de conversation dans les nombreuses familles franco-sénégalaises en France comme au Sénégal. La diaspora sénégalaise a longtemps été bien représentée à Clairefontaine. Patrick Vieira, Patrice Évra, Raoul Diagne, Bacary Sagna parmi d’autres ont enfilé le maillot tricolore, et pour certains à la Coupe du monde.

Le 16 juin, les joueurs franco-sénégalais porteront plutôt les couleurs des Lions de la Teranga.

Parmi eux, on retrouve l’ancien Messin Kalidou Koulibaly. Né dans les Vosges, le défenseur central d’Al-Hilal, bien qu’ayant débuté sa carrière internationale avec l’équipe de France espoirs, détient 103 sélections avec le Sénégal. Didier Deschamps avait gardé un œil attentif sur le futur capitaine sénégalais mais le choix ne s’est pas fait uniquement sur les terrains. "J'ai décidé de jouer pour le Sénégal en voyant les yeux de mes parents briller", expliquait-il en 2019. "Pour moi, c'est un choix que je ne regretterai jamais."

Le Messin Kalidou Koulibaly a changé de sélection après plusieurs apparitions en équipe de France espoirs. Aujourd'hui capitaine du Sénégal, il s'apprête à jouer sa troisième Coupe du monde cet été. Le Messin Kalidou Koulibaly a changé de sélection après plusieurs apparitions en équipe de France espoirs. Aujourd'hui capitaine du Sénégal, il s'apprête à jouer sa troisième Coupe du monde cet été en Amérique du Nord. © Themba Hadebe, AP

Sur le plan footballistique, faute d’une Coupe du monde qu’il ira chercher cet été en Amérique du Nord, il n’a rien à regretter non plus. Il remporte en 2021 la Coupe d’Afrique des nations (CAN), un exploit qu’il répétera en janvier dernier avant que le titre ne soit révoqué par la Confédération africaine de football (CAF) et attribué au Maroc.

Le gardien d’Al-Ahli Saudi FC Édouard Mendy protégera les cages sénégalaises, comme il protégea les buts havrais et cherbourgeois dans sa région de naissance, la Normandie. D’un père bissau-guinéen et d’une mère sénégalaise, le cousin de Ferland Mendy choisit d’abord la Guinée-Bissau en novembre 2016. Voulant honorer son père malade, il y joue quelques matches amicaux avant de finalement choisir le Sénégal en 2018.

Le champion de la Champions League 2021 avec Chelsea, Edouard Mendy, représente le Sénégal, mais il est aussi normand. Le vainqueur de la Ligue des champions 2021 avec Chelsea, Edouard Mendy, représente le Sénégal, mais il est aussi normand. Le Franco-Sénégalais en est à sa 57e sélection avec les Lions de la Teranga. © Abbie Parr, AP

Le champion d’Europe 2021 avec Chelsea a été capé 57 fois avec la sélection africaine. Cette année-là à la CAN, il est le grand héros de la finale après la séance de tirs au but remportée face à l’Égypte, puis participe l’année suivante à sa première Coupe du monde. Le gardien de 34 ans affrontera la France pour la première fois et retrouvera donc son ancien coéquipier de Chelsea N'Golo Kanté au MetLife Stadium.

Iliman Ndiaye est né à Rouen de parents sénégalais. Le joueur évoluant à Everton a choisi le Sénégal, avec qui il jouera sa deuxième Coupe du monde cet été en Amérique du Nord. Iliman Ndiaye est né à Rouen de parents sénégalais. Le joueur évoluant à Everton a choisi le Sénégal, avec qui il jouera sa deuxième Coupe du monde cet été. © Mosa'ab Elshamy, AP

Autre Français dans les rangs du Sénégal, Iliman Ndiaye, lui aussi Normand, jouera sa deuxième Coupe du monde cet été. L’ailier d’Everton, né à Rouen de parents sénégalais, détient quatre buts et six passes décisives en 39 sélections. S’il n’a pas fait partie de l’équipe lors de la CAN 2021, il a été titulaire avec les Lions de la Teranga pour l’édition 2025. La compétition avec les ailiers français aurait pu décourager le joueur de 26 ans, mais c’est une volonté de défendre les couleurs du pays de ses parents qui a scellé son destin sénégalais.

Parmi les 28 joueurs présélectionnés par Pape Thiaw pour représenter le Sénégal cet été, on retrouve encore neuf Franco-Sénégalais. Mory Diaw, Yehvann Diouf, Antoine Mendy, Mamadou Sarr, Moussa Niakhaté, Pape Gueye, Habib Diarra et Ibrahim Mbaye sont tous nés en France. S'ajoute à eux Ismail Jakobs, né en Allemagne, pays qu'il représente en espoirs, mais français et sénégalais par son père.

Angleterre-Ghana

Un autre duel Europe-Afrique promet aussi d’engager une grande diaspora, cette fois en Angleterre. Dans le groupe L, les Three Lions affrontent les Black Stars ghanéens le 23 juin au Gillette Stadium à Foxborough (banlieue de Boston), arène des Patriots de la Nouvelle-Angleterre (NFL). Le Bureau national des statistiques britanniques estime qu’environ 113 000 Ghanéens vivent au Royaume-Uni. Cette communauté sera bien représentée au sein des deux effectifs qui feront le voyage transatlantique.

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Antoine Semenyo, la recrue estivale de Manchester City, est trinational. Anglais par son lieu de naissance, Français par sa mère et Ghanéen par son père, le Londonien a hérité des talents footballistiques de ce dernier, Larry, ancien milieu d’Okwawu United au Ghana. Antoine Semenyo n’a jamais vécu ailleurs qu’en Angleterre. Pourtant, il n’hésite pas à répondre quand le Ghana l’appelle. "Je ne pouvais pas refuser de jouer en équipe nationale pour le Ghana, donc ça a été une décision très facile à prendre", a-t-il déclaré.

Antoine Semenyo, l'ailier de Manchester City, avait le choix entre représenter l'Angleterre, la France ou le Ghana. Il a choisi le pays de son père, le Ghana. Antoine Semenyo, l'ailier de Manchester City, avait le choix entre représenter l'Angleterre, la France ou le Ghana. Il a choisi le pays de son père, le Ghana. © Eugene Hoshiko, AP

À Boston, ce choix pourrait coûter cher à ses coéquipiers anglais de Manchester City, Marc Guéhi, John Stones et Nico O'Reilly, car Semenyo s’est montré redoutable cette saison. Au-delà de ses six buts en 16 matches, l’ailier a su rivaliser avec la pépite Rayan Cherki pour une place de titulaire, devenant un atout offensif explosif dans l’effectif de Pep Guardiola. Après 34 sélections en équipe nationale, il dispute cet été sa première Coupe du monde.

Depuis 2023, Jerome Opoku, 1,97 m, occupe la défense centrale du club turc Istanbul Basaksehir. Né à Londres dans une famille ghanéenne, il fait toute sa formation à l’académie de Fulham. Si sa carrière en pro a peiné à débuter, il s’est métamorphosé dans le championnat turc, devenant un pilier de sa formation après son arrivée en prêt. C’est son attachement au pays de ses parents qui l’a poussé vers les Black Stars. Revisitant sa jeunesse dans le sud de Londres, il racontait avoir "beaucoup d'amis et de voisins ghanéens à l'école. C'était un peu comme une petite communauté à part entière." Il intègre la sélection en 2023 et compte depuis six sélections.

Jerome Opoku, natif de Londres, jouera sa première Coupe du monde cet été avec le Ghana. Jerome Opoku, natif de Londres, jouera sa première Coupe du monde cet été avec le Ghana. © Eugene Hoshiko, AP

Né à Accra, le gardien du St Patrick’s Athletic de Dublin, Joseph Anang, a déménagé à Londres encore adolescent pour rejoindre West Ham United en 2017. C’est donc grâce à son statut de résident qu’il obtient la nationalité anglaise et qu’il intègre les internationaux espoirs des Three Lions. Après une seule sélection avec l’Angleterre, il est finalement appelé par son pays natal pour la Unity Cup 2025 comme doublure d’Ati Zigi. Il aura 26 ans lorsqu’il disputera sa première Coupe du monde cet été.

Joseph Anang, le gardien du St Patrick’s Athletic de Dublin sélectionné par le Ghana, a déménagé en Angleterre en 2017 et a joué pour les Three Lions en espoirs. Joseph Anang, le gardien du St Patrick’s Athletic de Dublin sélectionné par le Ghana, a déménagé en Angleterre en 2017 et a joué pour les Three Lions en espoirs. © Eugene Hoshiko, AP

Le milieu de terrain de Manchester United Kobbie Mainoo est le dernier Anglo-Ghanéen sur cette liste. C’est le seul qui portera les couleurs du vice-champion d’Europe. La jeune star des Red Devils (21 ans) est née dans la banlieue de Manchester de parents ghanéens. Le dilemme n’a pas pesé très lourd sur les épaules du joueur, qui a déclaré devant les journalistes : "Je suis fier de mes origines ghanéennes, mais jouer pour l’Angleterre était un rêve." Les efforts de la Fédération ghanéenne de recruter la pépite n’ont pas porté leurs fruits, alors que sa présence dans la composition de Thomas Tuchel, sélectionneur de l’Angleterre, devient une habitude. Il en est à sa douzième sélection et compte déjà une médaille d’argent à l’Euro 2024 malgré son jeune âge.

Kobbie Mainoo, le milieu de Manchester United, a deux parents ghanéens mais représente son pays de naissance, l'Angleterre. Kobbie Mainoo, le milieu de Manchester United, a deux parents ghanéens mais représente son pays de naissance, l'Angleterre, depuis 2024. © Martin Meissner, AP

Uruguay-Espagne

C’est la grosse affiche du groupe H entre pays hispanophones à Guadalajara le 27 juin, et l’une de ses stars aurait pu se retrouver dans l'autre équipe.

Federico Valverde, milieu du Real Madrid et capitaine de la Celeste, est aussi espagnol depuis 2020. Né à Montevideo, il déménage à Madrid en 2016 pour intégrer l’équipe réserve des Los Blancos. D’origine italienne et espagnole, il reçoit son passeport européen, le rendant théoriquement éligible pour la sélection ibérienne. Mais il reste fidèle à l’Uruguay, pays qu’il représentait déjà en jeunes.

Avec l'Uruguay, Federico Valverde affrontera l'Espagne, dont il est aussi ressortissant, le 27 juin à Guadalajara, au Mexique. Avec l'Uruguay, Federico Valverde affrontera l'Espagne, dont il est aussi ressortissant, le 27 juin à Guadalajara, au Mexique. © Godofredo A. Vasquez, AP

Absent de la Coupe du monde 2018, il a participé à l’édition 2022 mais n’est pas parvenu à qualifier les siens pour les huitièmes de finale. Récemment, il a été au centre des polémiques dans le vestiaire de son club. Après une altercation avec le Français Aurélien Tchouaméni, il a brièvement été hospitalisé, mais devrait bien être de retour pour essayer de rapporter la coupe chez son premier détenteur, l'Uruguay (vainqueur en 1930).

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Australie-Turquie

Plus de 12 000 kilomètres séparent les pays qui se retrouveront à Vancouver le 14 juin et un joueur détient tout de même les deux passeports. Le joueur australien de parents turcs Aziz Behich est un des cadres de sa sélection. Ses deux parents turco-chypriotes migrent vers le pays d’Oz pour fuir un coup d’État à Chypre dans les années 1970 et s'installent à Melbourne. C’est là qu’il commence sa carrière professionnelle avec Green Gully SC en 2008. Il reste dans le championnat australien avant son départ pour la Turquie, à Bursaspor, en 2013. Hormis une saison au PSV Eindhoven, il reste dans le pays jusqu’en 2022.

Aziz Behich représentera l'Australie pour sa dernière Coupe du monde en Amérique du Nord. Il jouera face au pays de ses parents, la Turquie, le 14 juin à Vancouver. Aziz Behich (à droite) représentera l'Australie pour sa dernière Coupe du monde en Amérique du Nord. Il jouera face au pays de ses parents, la Turquie, le 14 juin à Vancouver. © Jorge Saenz, AP

À 35 ans, il évolue aujourd’hui à Al-Nassr, aux côtés de Cristiano Ronaldo et disputera sûrement sa dernière Coupe du monde en Amérique après une carrière internationale de 14 ans. En 2022, il participe à la valeureuse campagne de l’Australie, finalement éliminée en prolongation de huitième de finale par le champion en devenir, l’Argentine. En 2018, il est coupable d’un but contre son camp lors de la défaite de son équipe face au futur champion, la France (2-1). Cette fois, dans un des groupes les plus faibles du Mondial, il peut espérer voir ses deux pays se qualifier pour les seizièmes de finale.

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