Roland-Garros : Kostyuk contre Andreeva, une demi-finale sur fond de guerre en Ukraine

il y a 7 hour 2

"Nous avons encore eu une nuit difficile en Ukraine, beaucoup de morts, notamment à Kiev. Je voudrais dédier cette victoire aux Ukrainiens et à leur résilience." Émue aux larmes sur le court central de Roland-Garros, c'est à ses compatriotes que Marta Kostyuk s'est adressée lors de sa qualification historique pour les demi-finales du tournoi mardi 2 juin.

La veille de son quart de finale décisif face à Elina Svitolina, une attaque meurtrière russe faisait au moins 21 morts dans le pays, dont six dans sa ville natale, Kiev.

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La demi-finale devrait également voir la géopolitique s'inviter sur les courts avec un duel entre la 15e mondiale et la Russe Mirra Andreeva (8e).

C'est la première fois que deux Ukrainiennes s'affrontaient en quart de finale d'un tournoi du Grand Chelem, et le match a souri à la plus jeune : Kostyuk, 23 ans, a écarté sa compatriote de 31 ans, qui rêvait, elle, d'une première demie à Paris.

Il mettait également aux prises deux joueuses particulièrement engagées contre l'invasion russe en Ukraine. Profondément marquées par l'offensive débutée il y a quatre ans, les deux tenniswomen prennent régulièrement la parole pour dénoncer la situation dans leur pays et les conséquences du conflit.

Des tenniswomen ukrainiennes très engagées

Les deux joueuses refusent de serrer la main de leurs adversaires russes et biélorusses en fin de match. Elles profitent également souvent de chacune de leurs obligations médiatiques pour faire parler du conflit.

"En tant que sportive, une des meilleures d'Ukraine, j'estime que je dois faire entendre ma voix autant que possible pour [aider à] la prise de conscience et lever des fonds", estimait Elina Svitolina à l'Open d'Australie en 2025.

"Je ressens beaucoup d'émotions lorsque l'Ukraine joue, lorsque nous entrons sur le terrain. Jouer pour mon pays, voir mon équipe me soutenir dans des combats difficiles… Cela ajoute de la pression et beaucoup d'émotions différentes", déclarait-elle également lors de la Billie Jean King Cup 2025. "Je pense que nous ne pouvons pas rester neutres face à des guerres et à des atrocités comme celles-ci. Certains disent que le sport est indépendant de la politique, mais lorsqu'il est utilisé à des fins de propagande, ce n'est pas le cas. On ne peut pas promouvoir le génocide par le biais de ses athlètes. Certaines mesures ont déjà été prises, comme le retrait des drapeaux ou la limitation de la participation. Mais des actions plus strictes devraient être engagées."

Elina Svitolina après sa défaire contre Marta Kostyuk Elina Svitolina après sa défaire contre Marta Kostyuk. © Pierre René-Worms, France Médias Monde

"Comme jouer en Allemagne nazie"

Sa jeune compatriote fait de même. À l'issue du premier tour, elle a expliqué avoir vécu l'un des matches "les plus difficiles de (sa) vie", quelques heures après la chute d'un missile "à 100 mètres" du domicile de sa mère. L'Ukraine et sa capitale Kiev, dont elle est originaire, avaient été visées cette nuit-là par une vaste attaque aérienne, l'armée de l'air ukrainienne affirmant avoir détecté pas moins de 600 drones et 90 missiles.

Au troisième tour, une autre Ukrainienne, Oleksandra Oliynykova, avait invectivé son adversaire russe Diana Shnaider, lui reprochant d'avoir participé aux Northern Palmyra Trophies (NPT), une exhibition par équipes organisée en novembre dernier à Saint-Pétersbourg et parrainée par Gazprom.

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"Gazprom est une entreprise qui finance des crimes de guerre." Participer aux NPT, "c’est comme si on jouait en Allemagne nazie pour la Gestapo, lors d’un tournoi organisé par l’entreprise qui a construit Auschwitz. Pour moi, il n’y a aucune différence", avait-elle déclaré.

Un duel à l'avantage de Kostyuk cette saison

Sportivement, l'affiche russo-ukrainienne de jeudi a de quoi faire rêver : Kostyuk reste invaincue sur terre battue cette saison avec deux titres glanés à Rouen et Madrid tandis qu'Andreeva compte 20 victoires (et trois défaites) et un sacre à Linz.

Les deux adversaires se connaissent. L'Ukrainienne, qui intègrera pour la première fois le top 10 si elle se qualifie pour la finale, mène deux à zéro dans leur confrontation : elle a battu sa cadette en quarts de finale à Brisbane (dur) en janvier, et en finale dans la capitale espagnole sur terre battue le mois dernier.

En larmes, la native de Krasnoïarsk (Sibérie) avait loué les qualités de Marta Kostyuk, qui joue "extrêmement bien en ce moment" quand l'Ukrainienne a, elle, choisi de féliciter toutes ses adversaires avant de conclure son discours en disant "Gloire à l'Ukraine".

Le public de Roland-Garros est plutôt friand des revendications ukrainiennes Le public de Roland-Garros est plutôt friand des revendications ukrainiennes. © Pierre René-Worms, France Médias Monde

Jouer une Ukrainienne, "cela n'a pas d'importance", a affirmé la jeune Russe mardi en préambule de son match. La demi-finaliste de Roland-Garros 2024 avait affirmé "essayer simplement de jouer contre la balle qui arrive sur (elle), peu importe qui (elle) affronte".

À Roland-Garros, Kostyuk a dénoncé une "posture" de la part des joueuses russes du circuit quand elles disent ne pas s'occuper de politique ou craindre des représailles : "Je connais des gens qui ont quitté la Russie au début de la guerre, qui ont tout laissé derrière eux tout simplement parce qu'ils n'acceptaient pas ce que leur pays faisait".

"J'aimerais qu'il y ait une prise de position plus claire sur ce qu'il se passe, surtout quand votre pays est en train de tuer d'autres personnes", a-t-elle poursuivi.

Elle cite souvent l'exemple de Daria Kasatkina, joueuse d'origine russe mais naturalisée australienne l'an dernier, la seule qu'elle "respecte" sur le circuit pour avoir osé afficher son opposition à la guerre en Ukraine.

Des supporters ukrainiens à Roland-Garros Des supporters ukrainiens à Roland-Garros. © Pierre René-Worms, France Médias Monde

En cas de victoire, Marta Kostyuk n'en aura pas fini avec sa croisade. Elle pourrait affronter Aryna Sabalenka, la Russe qui a éliminé Oleksandra Oliynykova. De quoi puiser encore de la motivation. D'autant que les travées de Roland-Garros ont tendance à encourager bruyamment les Ukrainiennes.

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