Autrefois valeurs sûres du PAF, de vieilles marques relancées cette saison ont signé des performances mitigées, parfois catastrophiques. Dernier exemple en date, Les Anges sur TFX. Assiste-t-on à la fin d'un cycle à la télévision ? Analyse.
La nostalgie à la télévision est-elle en voie de ringardisation ? Vendredi 29 juin 2026, sur TFX, la 13e saison des Anges s’est achevée dans l’indifférence générale avec seulement 109 000 téléspectateurs (0,8 % de part de marché) selon Médiamétrie. Un score à l’image des piètres performances enregistrées durant ses deux mois de diffusion. Le format, repris par la chaîne six ans après son arrêt sur NRJ 12, n’a pas retrouvé son éclat d’antan.
Il y a encore dix ans, Les Anges réunissait près de 700 000 fidèles (5,8 %) à la même période. Signe de la gêne suscitée par le sujet en interne, le groupe TF1 n’a pas souhaité répondre à nos questions.
"La marque a pris un sacré coup dans la gueule !" : Pourquoi le retour des Anges a fait un flop sur TFX
"La marque a pris un sacré coup dans la gueule ! Il aurait fallu réinventer le concept. Là, avec Vivian qui voulait devenir comique aux États-Unis, on ne peut pas dire qu’on a placé le talent au cœur du casting", déplore un ancien collaborateur, qui a connu l’âge d’or du programme sur NRJ 12.
Une époque où les réseaux sociaux ne constituaient pas une concurrence aussi redoutable qu’aujourd’hui face à un média télé en perte de vitesse. "Entre voir des candidats encadrés par une production à Miami et du contenu plus trash et plus instantané sur les réseaux, les jeunes ont fait leur choix", conclut notre interlocuteur.
"Pendant longtemps, relancer une marque connue permettait aux chaînes de réduire l'incertitude, retrace la sémiologue Virginie Spies. Aujourd'hui, le public est confronté à une offre tellement abondante que la nostalgie ne suffit plus".
Le groupe TF1 peut en tout cas se consoler, il est loin d’être le seul à avoir échoué à relancer d’anciennes marques cette saison. Sur RMC Life (ex-Chérie 25), le grand retour de Ça se discute mené par Estelle Denis dans un décor reproduit à l’identique 17 ans après France 2 n’a intéressé personne. En moyenne, 120 000 irréductibles (0,7 % de PDA) sur les sept numéros diffusés à ce jour.
Face aux mauvaises audiences, RMC Life arrête Ça se discute
Si le J+7 permet parfois de sauver les meubles, cela n’a pas été le cas ici avec seulement 8000 paires d’yeux supplémentaires en moyenne. Pire, le numéro du 19 novembre sur les "familles atypiques" a été rattrapé par… zéro personne ! "Nous n’avons pas atteint nos objectifs", reconnaît volontiers Stéphane Sallé de Chou, le patron des chaînes RMC.
"Les équipes ont fait un super boulot mais les sujets étaient trop angoissants, dans une époque qui l’est encore plus. Et si on avait mis trop de divertissement, ça n’aurait plus été Ça se discute”. Par conséquent, RMC Life diffusera d’ici la fin de l’année les quelques numéros inédits encore en stock mais n’en commandera plus de nouveau.
Sur Novo 19, au mois de mars, Vis ma vie, en provenance de feu NT1 (aujourd’hui TFX), a été relancée après 11 ans d’absence. Pour sa première, le format désormais incarné par Olivier Delacroix n’a mobilisé que 65 000 curieux (0,4 % du public). À l’heure du premier bilan, la chaîne nous affirme être cependant "globalement satisfaite de l’accueil réservé au programme".
Malgré des audiences timides, Vis ma vie confirmé à la rentrée sur Novo 19
Sur la cible prisée des annonceurs, la femme responsable des achats de moins de cinquante ans (FRDA-50), la moyenne est à 0,7%. "Vis ma vie affiche une forte affinité féminine, avec 64 % de femmes dans son audience", se réjouit-on en interne, où l’on semble convaincu du potentiel de Vis ma vie.
Le programme culte reviendra à la rentrée pour huit numéros inédits. Satisfaite aussi d’Olivier Delacroix qui colle à son ADN proche des territoires, Novo 19 envisage même de lui confier de nouveaux projets.
Pour la sémiologue Virginie Spies, "ces programmes reposaient à l’origine sur un contexte médiatique particulier. Ça se discute incarnait par exemple un moment où la télévision occupait une place centrale dans la mise en récit des expériences intimes".
Selon elle, "le problème n'est pas tant la qualité des relances que le fait que le monde médiatique a changé". La faute à la puissance des réseaux sociaux là encore, qui ont dupliqué ces concepts à l’infini.
"On veut recréer le manque" : la nouvelle stratégie de RMC Story pour sauver les audiences du Bigdil
Sur RMC Story, la nostalgie a fonctionné à plein pour Le Bigdil qui a fait un véritable carton pour son retour début 2025. Mais un an et demi plus tard, la marque culte de Vincent Lagaf montre des signes de fatigue avec 315 000 fidèles devant leur télé chaque vendredi soir (400 000 avec le J+7) soit une déperdition de près de 60% de son audience linéaire par rapport à la saison passée !
Pour sauver sa pépite, Stéphane Sallé de Chou a donc opté pour une méthode radicale : à la fin de la saison, le jeu prendra une pause de plusieurs mois pour ne revenir que début 2027, en quotidienne et en access, comme à sa grande époque sur TF1.
"On veut recréer le manque, ce sera donc sur des salves de diffusion beaucoup plus courtes", assure le patron de la chaîne, bien décidé à encore remettre au goût du jour d’anciens formats la saison prochaine.
Audiences des programmes qui surfent sur la nostalgie : les contre-exemples de La roue de la fortune, Cousu main et Star Academy
Car toutes les relances de vieilles marques n’ont pas été des échecs cette saison. Loin s’en faut. La roue de la fortune au plus haut sur M6, Cousu main sur RMC Life, Plein les yeux sur RMC Story…
Et, depuis 2022, la Star Academy cartonne sur TF1. "Le programme ne s'est pas contenté de revenir : il a retrouvé une fonction que les réseaux sociaux ont paradoxalement renforcée. C’est devenu un feuilleton collectif", analyse Virginie Spies.
"Les vieilles marques doivent résonner avec l’époque", assure Stéphane Salle de Chou. Un constat partagé par la sémiologue : "Finalement, les relances qui réussissent ne sont pas celles qui reproduisent le passé. Ce sont celles qui parviennent à réactiver un désir du présent. C'est toute la différence entre la nostalgie et la pertinence".

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