« Il y a encore des messages de détenus dans le mitard » : l’ancienne prison de Troyes décor d’un premier escape game

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Derrière les hauts murs de la rue Hennequin à Troyes se cache l’un des sites les plus méconnus des habitants. L’ancienne prison de la ville, ses cellules, ses coursives, son parloir s’apprêtent pourtant à dévoiler leurs mystères à l’occasion d’un escape game inédit organisé ce dimanche 7 juin. « Pas besoin de créer des décors supplémentaires, l’endroit est un décor à lui tout seul », raconte Comès Webina l’organisateur. Fermée depuis le 30 avril 2024 après le transfert des détenus vers le nouveau centre pénitentiaire de Lavau, l’ancienne prison de la rue Hennequin n’avait depuis été ouverte au public qu’à de rares occasions comme les journées du patrimoine ou différents tournages.

Chanteur d’Agami Spirit Gospel et professeur de danse, Comès Webina a lui-même découvert les lieux à l’occasion d’une simple visite organisée par l’Office de tourisme. « Elle devait durer une heure et demie et on y a finalement passé deux heures. On était pris par l’histoire du lieu et par la curiosité, parce qu’on connaît tous la prison de Troyes sans savoir à quoi elle ressemble à l’intérieur », raconte-t-il.

L’artiste préparait alors un autre projet « 100 Pulse Urban » dans le but de réunir une centaine de personnes dans des lieux emblématiques de Troyes pour des animations artistiques. « Je me suis dit que ce serait dommage de passer dans une prison sans proposer un escape game. Au départ, c’était plutôt un projet artistique et musical. Puis, j’ai mélangé les deux univers. » Séduite par l’idée, la Ville de Troyes a rapidement validé le projet.

Inspiré de l’univers de la série Prison Break, l’escape game baptisé « Opération Troyes Breakout » plonge les joueurs dans une mission d’évasion. « Le but est de faire sortir Frank McCoy, un prisonnier accusé à tort. Les participants entrent dans la prison pour l’aider à s’évader. Mais les gardiens et certains détenus vont tout faire pour leur mettre des bâtons dans les roues. Et, s’ils échouent, ils restent enfermés avec lui », explique l’organisateur avec le sourire.

Répartis en équipes, les joueurs devront résoudre cinq énigmes réparties dans différents espaces de la prison. « Je veux que les gens découvrent un maximum de lieux. Chaque épreuve se déroule dans une pièce différente pour que l’on profite vraiment du bâtiment », se réjouit l’artiste. C’est que l’endroit vaut le détour, offrant une plongée rare dans un univers habituellement inaccessible.

Les cellules sont restées quasiment intactes, tout comme les cours de promenade, encerclées de hauts murs, la cuisine, la salle de sport, le long couloir du parloir décoré de fresques murales mais aussi le mitard : « Il y avait encore des petits mots et des dessins gravés dans les murs pour donner du courage à ceux qui passeraient après. Au-delà de la peine, on ressentait une forme de solidarité entre les détenus. C’est un sentiment assez étrange », confie Comès.

« Le cerveau devra fonctionner mais aussi le corps »

Bien avant de devenir une prison, le lieu accueillait le couvent franciscain des Cordeliers, fondé au XIIIe siècle, bien vite un lieu majeur de la vie troyenne. À la fin du XVe siècle, les religieux font édifier la remarquable chapelle de la Passion, aujourd’hui démolie. Quelques décennies plus tard, en 1653, le complexe devient une des premières bibliothèques publiques de France, grâce au legs de 4 700 ouvrages par le théologien Jacques Hennequin.

Mais c’est la Révolution française qui va lui donner sa vocation de prison : d’abord club politique, l’enceinte sert à mettre à l’ombre les opposants à la Terreur à partir de 1792. Maison d’arrêt depuis 1834, la prison a abrité dans ses cellules aussi bien des condamnés à de courtes peines que des prévenus en attente de jugement. Durant l’Occupation, plusieurs résistants détenus en furent extraits avant d’être exécutés par les milices nazies à Creney-près-Troyes.

Ce dimanche 7 juin, les participants investiront l’ensemble du rez-de-chaussée de l’établissement. Les énigmes seront disséminées dans les cellules, le parloir, la cuisine, la salle de sport ou encore les espaces de promenade. Si les codes traditionnels de l’escape game seront bien présents, Comès y a ajouté sa propre touche artistique.

« Il y aura des rébus, des énigmes, mais aussi des défis liés à la danse et à la motricité. Je voulais proposer quelque chose d’un peu différent de ce qui existe déjà. Il y aura un vrai travail sur l’ambiance. Le cerveau devra fonctionner, mais aussi le corps », confie-t-il.

Pour renforcer l’immersion, plusieurs bénévoles incarneront trois gardiens et trois prisonniers tandis qu’une ambiance sonore sera diffusée dans tout le bâtiment. La journée se poursuivra avec un barbecue géant, des démonstrations de danse et un flash mob final réunissant l’ensemble des participants.

À quelques jours de l’événement, les inscriptions approchaient déjà de la capacité maximale. « Il ne reste plus qu’une trentaine de places. J’espère que ce sera complet rapidement », indiquait en début de semaine l’organisateur (renseignements et réservations sur la page Facebook 100 Pulse Urban, 59 € tout compris, repas inclus).

Et si l’essai est concluant, d’autres rendez-vous pourraient voir le jour dans l’ancienne prison. « C’est une première pour moi que cet escape game et je prends beaucoup de plaisir à imaginer ces scénarios. Aujourd’hui, j’ai déjà plein d’idées pour développer le concept avec des énigmes plus poussées et de nouvelles histoires », assure l’organisateur. La Mairie de Troyes, propriétaire des lieux, et qui souhaite faire de l’ancienne prison à la riche histoire un lieu vivant, entre tournages pour le cinéma et événements particuliers, aura droit ce week-end à une démonstration grandeur nature.

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