Inondations, fissures, moisissures... L’institution parisienne n’a pas les fonds nécessaires pour lancer un chantier de rénovation et demande le soutien de l’État.
Passer la publicité Passer la publicitéLe Muséum national d’histoire naturelle est dans « un état catastrophique ». Dimanche 19 avril, Le Monde a publié une longue enquête alertant sur l’ampleur des dégâts subis par les différents établissements de l’institution parisienne. Alors qu’il s’apprête à fêter cette année son 400e anniversaire, le musée explique à nos confrères que des morceaux de toits et de façades se sont écroulés, que des fissures gigantesques apparaissent sur les murs, que les peintures s’écaillent et que les collections sont contaminées par des moisissures. « Si on ne s’occupe pas du Muséum, il ne fêtera pas ses 500 ans ni même ses 410 ans dans le même état qu’aujourd’hui », assure Gilles Bloch, président de l’institution, qui estime à plus de 1,1 milliard d’euros le potentiel coût d’un chantier de rénovation.
En 2018, le musée public a fermé les portes du pavillon des reptiles, un joyau laissé à l’abandon. Cet espace inauguré en 1874 serait « totalement délabré » et présenterait des risques pour les membres du personnel et les animaux. Le bassin aux crocodiles n’a plus d’eau et le sol carrelé s’est considérablement affaissé. L’an passé, le Muséum prévoyait de lancer des travaux. « Tout était prêt, nous allions lancer les appels d’offres, mais on nous a demandé de suspendre le projet faute de budget », confie au Monde Emmanuelle Illanes, directrice du patrimoine immobilier. Cette situation concerne aussi 119 autres bâtiments sur lesquels les équipes ont recensé 150 projets d’urgence, indique l’AFP.
68 millions de spécimens stockés
Selon les estimations de la direction du patrimoine immobilier, 74 % du bâti du musée présente « un état de conservation non satisfaisant ». Cette part a augmenté de 21 % en l’espace de sept ans. Le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur a également noté dans un rapport, en 2024, que le Muséum ne « respecte par certaines normes environnementales », pouvant entraîner des « risques importants ». Notamment sur les quelque 68 millions de spécimens stockés dans les collections, dont la direction demande le déménagement. Cette volonté a été vivement contestée par les syndicats. Différentes galeries du Muséum sont touchées. Pas moins de 90% de la galerie de minéralogie est fermée depuis des années. Et à chaque fois, ces bâtiments fermés sont autant de revenus en moins pour l’institution.
Enveloppe insuffisante
Le Muséum a mis de côté un fonds de roulement pour financer les travaux les plus récents dans tout l’établissement. Celui-ci sera « épuisé » d’ici 2027, selon l’AFP. « 67 % (du budget) vient du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR), 3 % du ministère de la Transition écologique et d’autres sources publiques, et les 30 % restants de nos propres ressources », détaille Gilles Bloch. Une fois les salaires et les frais de fonctionnement déduits, il ne reste plus que 15 à 20 millions d’euros par an à consacrer aux bâtiments, dont 5 à 10 millions provenant de la subvention de l’État, l’autre partie venant des fonds propres du Muséum.
Sur ces 5 à 10 millions, 5 millions servent à « rembourser le partenariat public-privé du parc zoologique de Paris ». Il reste donc « à peu près 5 millions pour de vrais travaux », explique Gilles Bloch. Cette enveloppe est insuffisante pour couvrir les coûts de rénovation, notamment ceux du zoo de Vincennes, du Musée de l’homme et de la Grande Galerie de l’évolution, trois espaces appartenant au Muséum national d’histoire naturelle. Gilles Bloch réclame alors un soutien plus conséquent « de la part de l’État et de [ses] mécènes ».
Le cri d’alerte du directeur du Muséum ne concerne pas seulement les collections. Les employés du musée sont aussi affectés. Les chercheurs travaillent dans des conditions « pittoresques », regrette le Centre d’écologie et des sciences de la conservation. Dans les laboratoires, les températures peuvent parfois atteindre les 48 °C, révèle Le Monde. Et cette situation préoccupe la direction qui peine à attirer des scientifiques internationaux qui « se sauvent en courant » en voyant l’état de l’établissement. Même Gilles Bloch a dû quitter son bureau, suite à des inondations.

il y a 2 hour
1











English (US) ·