Les Naturelles de Montbard, un festival dédié à l’histoire naturelle

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En quoi un festival dédié aux histoires naturelles et à l’histoire naturelle vous semble important ?

Guillaume Lecointre : En tant que professeur du Muséum national d’Histoire naturelle, je poursuis la politique culturelle de mon établissement scientifique qui consiste à réinsérer l’Histoire naturelle dans la culture générale. Ce n’est pas seulement qu’elle constitue un champ déterminant pour comprendre le monde réel (qui sait qu’elle forge le vocabulaire à partir duquel nous parlons de la nature ?), mais aussi les enjeux climatiques, agricoles, sanitaires auxquels nous faisons face. Et je ne cite pas les enjeux ontologiques, ceux qui nous permettent de nous penser en tant qu’espèce dans ce monde réel, ici et maintenant, et de comprendre nos origines.

Chantal Colleu-Dumond : Ce projet d’honorer une personnalité majeure de l’histoire des sciences et des idées, dans sa ville de naissance, est une remarquable initiative. Naturaliste, biologiste, botaniste, philosophe et mathématicien, Buffon a joué un rôle important au siècle des Lumières et a fait considérablement évoluer notre manière de parler de la nature. Sa personnalité atypique et puissante, la diversité de ses centres d’intérêt, son parcours original et volontariste le rendent proche de nous et des interrogations écologiques, notamment, qui sont aujourd’hui les nôtres.

Le festival associe scientifiques, mais aussi artistes, habitants de la région, naturalistes amateurs… Qu’en dites-vous ?

Guillaume Lecointre : Faire rayonner l’Histoire naturelle dans la culture, c’est montrer sa fécondité et l’inspiration qu’elle procure en dehors du monde scientifique académique en particulier et de celui des sciences en général. L’échelle locale est tout autant concernée que l’échelle nationale.

Chantal Colleu-Dumond : La transdisciplinarité est absolument essentielle et offre de meilleures clés de compréhension du monde et de notre place dans la nature. Au Domaine de Chaumont-sur-Loire, nous organisons également, dans le cadre de nos « Conversations sous l’arbre », des rencontres très fécondes rassemblant philosophes, scientifiques, artistes, paysagistes, écologues… La diversité des intervenants des Naturelles de Montbard qui réunissent artistes, viticulteurs, historiens des sciences, hydrologues, agronomes, éthologues… est une particularité qu’il convient de souligner autant que la convivialité qui prévaut dans cet événement.

Qu’est-ce qui a motivé votre engagement à parrainer cet événement ?

Guillaume Lecointre : Penser avec l’Histoire naturelle, c’est nous décentrer un peu de nous-même, c’est réfléchir au bien commun, et ce à différentes échelles d’espace (locale, globale…) et de temps (on pense avec les années, les décennies, les millénaires, et même les millions d’années !). C’est réfléchir en prenant en compte les autres espèces et l’état de la seule planète habitable que nous ayons. C’est prendre nos responsabilités, au lieu de les fuir derrière les mirages technophiles intenables qui profiteront à quelques humains augmentés ou envoyés sur d’autres planètes. Il n’y a pas de planète B.

Chantal Colleu-Dumond : Le fait que puissent exister des initiatives à la fois ambitieuses et ancrées dans un tissu local, pour parler de science, d’écologie, de respect de l’environnement, de notre rapport au paysage, au monde végétal et animal me semble très important, car la multiplication d’événements de cet ordre sur tout le territoire favoriserait une prise de conscience partagée des vrais enjeux. L’écoute, le dialogue, la diversité des points de vue, le développement de l’esprit de curiosité sont des valeurs essentielles et c’est une belle manière pour les Naturelles d’honorer ainsi la mémoire du grand savant associé à Montbard.

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