CRITIQUE - Sur scène, Béatrice Agenin lit les lettres de la marquise, Sébastien Lapaque les commente. Un duo complice qui la fait revivre en « féministe baroque ».
Passer la publicité Passer la publicitéTout va très bien pour la Marquise de Sévigné. Quatre cents ans pile après sa naissance, on n’a toujours pas fini de la célébrer. Avec un ton nouveau qui sied à sa personne, celui de prendre l’épistolière dans sa globalité. Sébastien Lapaque a imaginé cette lecture théâtrale pour le Théâtre de Poche, à Paris. L’écrivain et critique littéraire au Figaro monte sur scène pour brosser un portrait vivant et nuancé d’une figure un peu trop statufiée sur l’autel des lettres françaises. À ses côtés, la comédienne Béatrice Agenin prête sa voix à la Marquise et lit les extraits choisis de sa correspondance.
Son « côté Biocoop », selon Lapaque, c’est ce goût précurseur pour la science et le corps. Elle buvait des infusions de queues de cerise et de l’eau de lin, mettant au rancart la vieille théorie des « humeurs ». Les corps qu’il fallait protéger étaient surtout ceux des femmes. Le contrôle des naissances avant l’heure, c’est elle. À son gendre, le comte de Grignan, elle demande de calmer ses ardeurs auprès de sa fille épuisée par les grossesses. C’est saignant, mais le style y est.
Poignant récit
Son « côté influenceuse » : ses lettres que le beau monde s’arrache. On attend les commentaires de la marquise qui raconte si bien son temps. Sous sa plume, la fin de Vatel est un morceau de bravoure : « Sens du récit et dramatisation », dit Lapaque qui en profite pour révéler que la cuisine française devient à cette époque plus fraîche et aromatique. On picore ainsi des anecdotes comme celle sur les très longs prêches de Bourdaloue auxquelles se pressaient les « précieuses » et qui nécessitaient un vase d’aisance. Il ne fallait en effet pas quitter sa place, souvent préréservée par un de ses domestiques. Le nom de cet accessoire fut tout trouvé : le bourdaloue !
Autre nom à découvrir, « Fidèle », celui de son chien. La fidélité était une valeur qu’elle cultivait à travers des amitiés très fortes, Mesdames Scudéry et de La Fayette, mais aussi des hommes, le cardinal de Retz et la Rochefoucauld, dont elle livre le poignant récit de la mort. On passe du plus joyeux au plus grave, jusqu’à cet épisode au crépuscule de sa vie, lorsque Madame de Sévigné va à la maison royale de Saint-Cyr, créée par Madame de Maintenon. Les filles y jouent Esther de ce Racine qu’elle a si souvent critiqué, lui préférant Corneille. Elle est conquise. À Louis XIV qui lui fait l’éloge du dramaturge, elle signale que les jeunes comédiennes ont aussi beaucoup de mérite. Le roi ne la contredira pas ; mieux, il opinera. Le premier des followers.
« Lettres de Madame de Sévigné, féministe baroque », les vendredis, samedis et dimanches, au Théâtre de Poche (Paris 6e).

il y a 14 hour
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