L’actrice, aujourd’hui âgée de 65 ans, réclame depuis plus de dix ans la suppression d’une scène de nudité filmée en 1975 dans Faux Mouvement. Elle estime ne pas avoir donné de consentement valide à l’époque.
Elle n’avait que 13 ans, lorsque Nastassja Kinski joua dans le film Faux Mouvement de Wim Wenders. Aujourd’hui âgée de 65 ans, elle tente de faire retirer une scène, tournée en 1975, où, alors jeune adolescente, elle apparaît allongée, les seins nus, avec une culotte rose d’enfant. Un homme, le personnage principal, s’allonge sur elle, la gifle, puis lui caresse le visage. Si la séquence est brève, son sous-texte ne laisse guère de place à l’ambiguïté.
Depuis plus de dix ans, Nastassja Kinski réclame sa suppression, affirmant qu’elle n’avait pas été ni prévenue, ni préparée à cette scène pour le moins «érotisante» et que sa mère n’avait pas donné son consentement. L’actrice explique avoir ressenti un profond malaise pendant le tournage. « Même si, à 13 ans, je ne savais pas grand-chose, je savais déjà que ce n’était pas normal », a-t-elle confié, au quotidien Süddeutsche Zeitung publié le 23 mai. Longtemps restée silencieuse, elle dit avoir trouvé la force de prendre la parole dans le sillage du mouvement #MeToo, qui a permis à de nombreuses femmes de dénoncer des situations jusque-là tues.
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Face aux demandes de l’actrice, et après des échanges interposés par lettres d’avocats, Wim Wenders reconnaît aujourd’hui qu’il ne tournerait plus cette scène de la même manière : « Je ne referais jamais ça aujourd’hui .» Le réalisateur a prononcé cette phrase, qui résonne comme un aveu de culpabilité morale, vendredi 29 mai, à Berlin, lors du gala annuel de l’Académie allemande du cinéma, qui lui a décerné cette année un prix d’honneur.
Le mea culpa relatif de Wim Wenders
« J’en sais plus aujourd’hui, beaucoup plus. Les sensibilités ont changé ; nous vivons dans un monde complètement différent d’il y a cinquante ans », a plaidé le cinéaste de 80 ans plébiscité pour Paris, Texas (1984) et Les Ailes du désir (1987). Justement, le regard contemporain permet de réévaluer ces pratiques à l’aune du consentement, de la protection des enfants et des rapports de pouvoir qui structuraient alors le monde du cinéma.
Le cinéaste estime toutefois que sa suppression poserait la question de la modification d’œuvres patrimoniales plusieurs décennies après leur réalisation. Les discussions se poursuivent désormais entre les représentants de Nastassja Kinski et la société de production du réalisateur, l’actrice réclamant également une indemnisation.
Cette affaire prend une résonance particulière au regard de l’histoire personnelle de Nastassja Kinski. En 2013, elle décrivait son père, Klaus Kinski, comme « un tyran » et affirmait qu’elle «chercherait à le faire condamner s’il était encore en vie». Ces déclarations intervenaient après les révélations de sa demi-sœur, Pola Kinski, qui accusait leur père de l’avoir violée durant plusieurs années. Sans établir de lien de causalité individuel entre ces éléments, les travaux en psychologie des traumatismes montrent que les personnes exposées précocement à des violences ou à des rapports d’emprise peuvent être davantage vulnérables à des situations similaires ultérieures. Cette grille de lecture éclaire le fait que Nastassja Kinski ait dénoncé, des décennies plus tard, une scène qu’elle estime avoir tournée sans protection ni consentement pleinement éclairé.

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