Par Clara Gaume Le Bars
Le 3 juin 2026 à 16h20
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Le réalisateur multi-oscarisé s’associe à Black Forest Labs, spécialisée dans la génération d’images et de vidéo. Il montre ainsi qu’il croit en l’usage de l’intelligence artificielle pour notamment enrichir les storyboards.
Martin Scorsese monte à son tour dans le train de l’intelligence artificielle. Le réalisateur américain de 83 ans, considéré comme l’une des figures les plus influentes du cinéma contemporain, a annoncé mardi son partenariat avec la start-up allemande Black Forest Labs, spécialisée dans la génération d’images et de vidéos par IA. Désormais présenté comme « partenaire et conseiller » de l’entreprise fondée en 2024, le cinéaste assure voir dans cette technologie un moyen d’enrichir la création cinématographique plutôt que de la remplacer. « N’oublions pas que le cinéma est un art jeune, qui n’a que 125 ans environ ; nous devons donc rester ouverts à son évolution. »
L’annonce a été dévoilée mardi 2 juin dans une vidéo tournée dans les bureaux new-yorkais du réalisateur des Affranchis, de Taxi Driver ou encore du Loup de Wall Street. On y voit Scorsese utiliser FLUX, le modèle d’intelligence artificielle développé par l’entreprise, pour élaborer le storyboard d’une scène.
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« Depuis 70 ans, je crée mes propres storyboards. Le problème a toujours été de savoir comment communiquer ce que l’on imagine à l’équipe de tournage. Certaines scènes doivent être vues et ressenties. » L’as du cinéma dans le petit film de présentation de Flux montre comment on pourrait se servir de l’intelligence artificielle. Lors de cette démonstration, il demande à l’outil de générer l’image d’une petite ville médiévale du Caucase aux rues étroites et pavées, telle qu’il la visualise mentalement. Dans le même, il explique sa démarche: « Je m’intéresse à la convergence entre technologie et narration, et à la façon dont elle peut repousser les limites de la créativité pour offrir aux spectateurs des expériences plus profondes et plus riches ».
Le réalisateur assure utiliser l’IA uniquement lors de la phase préparatoire de ses films. « J’ai utilisé la 3D avec Hugo Cabret ( 2011) et la technologie de rajeunissement pour The Irishman (2019). Grâce à cet outil, je peux désormais partager plus clairement et efficacement ma vision avec mon équipe créative afin qu’ils puissent l’enrichir et développer la vision cinématographique. »
Scorsese, toujours à la recherche de l’efficacité, ne néglige le temps que l’on peut gagner avec une aide informatique: « En préproduction, le temps, c’est de l’argent, et cet outil nous a permis d’avancer plus vite sans sacrifier la qualité ni le savoir-faire. »
Hollywood partagé entre fascination et méfiance envers l’IA
Le FLUX de Scorsese n’a pas tardé à susciter des critiques. Sur X, l’illustratrice Karla Ortiz a accusé le cinéaste de « trahir » les storyboarders en promouvant l’utilisation de méthodes «non humaines» qui menaceraient leur profession. Le réalisateur et animateur Sam Deats s’est montré tout aussi sévère, dénonçant une technologie selon lui « construite sur le travail volé de millions d’artistes ».
Scorsese rejoint néanmoins une liste croissante de grands noms d’Hollywood séduits par l’intelligence artificielle. Depuis 2024, James Cameron siège au conseil d’administration de Stability AI, société à l’origine du générateur d’images Stable Diffusion. Darren Aronofsky a fondé le studio spécialisé Primordial Soup en partenariat avec Google DeepMind. Le mois dernier, au Festival de Cannes, Peter Jackson déclarait n’avoir « rien contre l’IA », qu’il compare à un simple effet spécial.
À l’inverse, Guillermo del Toro demeure l’une des voix les plus critiques du secteur. Interrogé par The Hollywood Reporter, le réalisateur mexicain a affirmé : « Je ne pense pas que quiconque souhaite le recours à l’IA. » Avant d’ajouter : « Ce serait comme cracher sur Dieu ». L’an dernier, il déclarait déjà qu’il « préférerait mourir » plutôt que d’utiliser l’IA générative dans ses films.
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Cette accélération de l’adoption de l’IA intervient alors que l’industrie cinématographique s’interroge encore sur ses limites. Le 10 juin, le Festival de Tribeca présentera en première mondiale Dreams of Violets, un docu-fiction de 75 minutes, entièrement généré par intelligence artificielle, consacrée à la résistance civile iranienne. Dans le même temps, l’Académie des Oscars a annoncé le mois dernier que les acteurs et scénarios générés par l’IA ne seraient pas éligibles aux récompenses. Le débat fait donc rage à Los Angeles.

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