Nucléaire : à Dieppe, depuis 20 ans, l’ACRO teste les coquillages et les algues

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À Penly, près de Dieppe (Seine-Maritime), le chantier de l’EPR2 est lancé et monte en puissance. Si une partie des habitants de la région se réjouit de cette future manne d’autres se posent des questions. C’est le cas des membres de l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (ACRO), réseau de surveillance indépendant permettant de connaître les niveaux et les évolutions de la radioactivité dans l’environnement qui fête ses 20 ans.

Grâce à son laboratoire installé à Hérouville-Saint-Clair (Calvados), l’ACRO analyse des prélèvements collectés lors des marées d’équinoxe, quand la mer se retire au plus loin. En Seine-Maritime, un petit groupe de volontaires intervient au Tréport, sur la plage de Puys (près de Dieppe), à Saint-Valery-en-Caux et parfois à Fécamp. « Ici, nous sommes concernés par deux centrales nucléaires, Paluel et Penly et aussi, par les effets des courants, par le centre de retraitement de La Hague (Manche). En fonctionnement normal, tous rejettent des radionucléides, que ce soit dans l’air ou dans l’eau », expliquent Christine Ellison et Pierre Legrand, représentants de l’ACRO au CLIN Paluel-Penly (Commission locale d’information nucléaire).

Pour célébrer ses 20 ans, l’ACRO réaffirme sa position : « Nous ne sommes pas des antinucléaires, mais on voudrait des réponses à nos questions ». Donc, trois fois par an, les bénévoles « dans une démarche de science indépendante et citoyenne », collectent sur les plages « des patelles, des moules, des algues Fucus Serratus, de l’eau de mer, du sable et de la vase. L’ensemble part au laboratoire et il faut compter cinq mois pour avoir les résultats. Depuis vingt ans, ils ont trouvé des traces de radioactivité des centrales, du centre de retraitement de la Manche, des restes d’essais nucléaires et de Tchernobyl. Tout est alors comparé aux précédentes campagnes.

« C’est ensuite publié sur notre site et un communiqué est envoyé aux médias et à l’ARS (Agence régional pour la santé) », détaille Christine Ellison. C’est à partir de là que les divergences naissent, « car il y a toujours une différence significative entre les résultats des laboratoires de l’État et les indépendants. De toute façon, l’ARS répond à chaque fois que s’il y avait quelque chose, le grand public serait prévenu. Il y a une opacité », déplore Pierre Legrand, médecin à la retraite, qui a rejoint depuis peu l’association.

« Pas de recherches épidémiologiques dans la région »

Face aux chiffres publiés depuis des années, l’ancien docteur est surpris « par la radioactivité locale plus ou moins stable. De temps en temps, il y a des pics qui sont liés aux relargages de La Hague dont on retrouve des traces jusqu’au Danemark. L’ACRO a même mis en évidence que la quantité d’eau que les Japonais vont rejeter en 30 ans à Fukushima, La Hague la rejette tous les mois. C’est effrayant. Bien sûr, les teneurs en radioactivité sont faibles mais les êtres vivants les accumulent au fur et à mesure. Je suis d’ailleurs frappé qu’il n’y ait pas de recherches épidémiologiques sur la région, notamment sur la prévalence des cancers thyroïdiens et pédiatriques. C’est un déni collectif et c’est ce qui m’a motivé pour rejoindre l’ACRO. »

Car, ces bénévoles cherchent avant tout « à cerner, évaluer et surveiller, face à un lobbying puissant de la part d’EDF qui fait qu’une voix interrogative est difficile à entendre, poursuit Pierre Legrand. Et quand on a dans son voisinage une centrale nucléaire, ce sont des finances, des emplois, des infrastructures, etc. Alors, notre démarche est très vite disqualifiée de la part des collectivités et du grand public. Cela ne nous empêche pas de continuer, car l’ACRO n’est pas antinucléaire, mais un laboratoire indépendant qui pose des questions. La première d’entre elles est : peut-on qualifier d’énergie propre une énergie qui produit autant de déchets dangereux et pour si longtemps ? On espère simplement une prise de conscience au lieu de se dire On ne peut pas faire autrement… » La prochaine campagne de prélèvements se déroulera en septembre.

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