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Botox trop figé, nez « à la Michael Jackson » ou encore lèvres de canard… La médecine et la chirurgie esthétique font parfois des ravages. Comment éviter ces catastrophes ? Quels recours existent en cas de « raté » ? Les réponses.
Portées par les réseaux sociaux, la chirurgie et la médecine esthétique séduisent de plus en plus de Français. Mais derrière les photos « avant/après » et les belles promesses, certains patients vivent aussi des complications et des résultats décevants. Dans ces situations, mieux vaut recontacter rapidement son praticien. Et lorsque les choses n’évoluent pas dans le bon sens, des solutions existent, tant sur le plan médical que juridique.
Une intervention « ratée », ce n’est pas toujours ce que l’on croit
Contrairement aux idées reçues, une procédure esthétique ratée ne se résume pas forcément à un résultat « moche » ou artificiel. « Bien sûr, il peut exister un problème technique réel (asymétrie importante, cicatrice inesthétique...), mais ce qui est souvent sous-estimé, c’est le poids de l’information et des attentes », explique le Dr Nathaniel Stroumza, chirurgien esthétique.
Certains patients peuvent ainsi vivre une épreuve difficile …
Pour ce dernier, la réussite d’un acte esthétique commence bien avant l’opération ou l’injection : « Elle repose sur l’écoute et une relation de confiance durable entre le médecin et son patient. »
Quels sont les ratés les plus fréquents ?
Ces dernières années, certains excès esthétiques ont conduit à des résultats très éloignés du naturel. "Pendant longtemps, de nombreux traitements reposaient principalement sur l’ajout de volume, notamment grâce aux injections d’acide hyaluronique", rappelle le Dr Nathaniel Stroumza. Résultat : lèvres surinjectées ou pommettes trop volumineuses alors que ces techniques étaient initialement destinées à corriger discrètement certains effets du vieillissement.
Les attentes évoluent désormais vers davantage de naturel : « Aujourd’hui, les patients souhaitent moins transformer leur visage que mieux vieillir, tout en préservant leur identité. », souligne l'expert.
Parmi les ratés les plus fréquents en médecine esthétique figurent :
- les asymétries après injection ;
- les irrégularités sous la peau ;
- la migration du produit ;
- un visage figé après un traitement au Botox®.
En chirurgie esthétique, les mauvais résultats peuvent prendre plusieurs formes dont :
- des cicatrices très visibles ;
- des asymétries ;
- ou un aspect peu naturel.
Au-delà de l’aspect physique, certaines patientes vivent ces résultats comme un véritable traumatisme psychologique.
Quelles sont les complications courantes ?
Après une intervention esthétique, certains effets sont parfaitement normaux durant les premiers jours : gonflements, bleus, sensation de tension ou légère asymétrie font souvent partie des suites habituelles.
Mais de véritables complications médicales peuvent également survenir. Les plus fréquentes restent généralement bénignes :
- œdèmes prolongés ;
- mauvaise cicatrisation ;
- inflammations ou infections locales.
Dans le cadre d’une chirurgie esthétique, certaines patientes peuvent aussi développer :
- un hématome important ;
- une désunion des cicatrices ;
- une cicatrice hypertrophique ;
- ou, plus rarement, une complication liée à l’anesthésie.
En médecine esthétique, « certaines complications vasculaires plus sérieuses peuvent aussi survenir après injection et nécessiter une prise en charge urgente », précise le Dr Nathaniel Stroumza.
Chirurgie et injections des lèvres ratées
Les célèbres « lèvres de canard » figurent parmi les motifs de consultation les plus fréquents en correction esthétique. « Dans certains cas, le problème peut venir d’un produit mal adapté à l’anatomie des lèvres. Mais dans la majorité des situations, il s’agit surtout d’un excès de volume ou d’une technique d’injection inappropriée », explique le Dr Nathaniel Stroumza.
Pour limiter ces complications, il est essentiel d’utiliser un acide hyaluronique de qualité, adapté à cette zone, d’éviter les surcorrections et de respecter l’anatomie naturelle des lèvres, conseille l’expert. Il ajoute que “de nombreux praticiens privilégient aujourd’hui l’utilisation de micro-canules, souvent moins traumatiques pour les tissus".
Un lifting peut paraître artificiel lorsqu’il crée un aspect excessivement tendu ou modifie les expressions naturelles du visage. « L’objectif moderne n’est plus de retirer de grandes quantités de peau, mais de repositionner les tissus et de favoriser une rétraction cutanée plus naturelle grâce à des techniques de plus en plus mini-invasives », souligne le Dr Nathaniel Stroumza.
Certaines techniques récentes permettent désormais de traiter certains relâchements du visage ou du cou sous anesthésie locale, avec une récupération plus rapide que les liftings conventionnels (Snec lift, fils tenseurs, endolifts…).
Chirurgie des paupières ratée
La blépharoplastie est une intervention très fréquente mais particulièrement exigeante sur le plan technique. Les risques sont nombreux : regard creusé, paupière rétractée, œil rond , asymétrie, fermeture incomplète de l’œil ... Pour limiter ces complications, les chirurgiens privilégient aujourd’hui des techniques conservatrices visant à préserver les volumes naturels du regard. Une attention particulière doit également être portée à la quantité de peau retirée afin d’éviter une rétraction excessive de la paupière.
La rhinoplastie est souvent considérée comme l’une des interventions les plus complexes en chirurgie esthétique. Parmi les complications possibles :
- un nez trop creusé ;
- une déformation en « bec de corbin » ;
- une pointe trop fine ;
- des asymétries ;
- des difficultés respiratoires....
« Les rhinoplasties modernes cherchent davantage à préserver les structures naturelles du nez qu’à les retirer systématiquement », explique le Dr Nathaniel Stroumza. Les techniques dites de préservation sont aujourd’hui largement utilisées afin de réduire les risques fonctionnels et d’obtenir des résultats plus naturels.
Liposuccion (ventre, fesse, visage) ratée
Une liposuccion mal réalisée entraîne le plus souvent des irrégularités du relief cutané, des creux sous la peau, un relâchement des tissus ou des asymétries. Dans les cas les plus graves, des nécroses cutanées ou des lésions de structures plus profondes peuvent également survenir.
Pour limiter ces risques, il est indispensable de consulter un chirurgien expérimenté dans ce type d’intervention. Les nouvelles technologies associant radiofréquence, ultrasons ou laser permettent dans certaines indications d’améliorer la rétraction cutanée et de réduire le risque de relâchement résiduel.
Réduction ou augmentation mammaire ratée
Les complications les plus fréquentes sont :
- une asymétrie des seins ou des aréoles ;
- une mauvaise position des implants ;
- une perte partielle de sensibilité ;
- des cicatrices inesthétiques ;
- une coque autour de la prothèse ;
- plus rarement des troubles de cicatrisation ou des nécroses cutanées.
Une analyse morphologique rigoureuse, un choix adapté des implants et une information claire du patient permettent de réduire considérablement ces risques. Certaines approches mini-invasives permettent aujourd’hui, chez des patients soigneusement sélectionnés, de réduire l’importance des cicatrices et de raccourcir la convalescence.
Opération d'une gynécomastie ratée
Chez l’homme, les principaux risques sont une correction insuffisante, une asymétrie, des irrégularités ou un excès de peau résiduel. La combinaison d’une liposuccion précise et, lorsque cela est nécessaire, d’une résection glandulaire adaptée permet généralement d’obtenir les meilleurs résultats.
Cette chirurgie destinée aux patients ayant perdu une quantité importante de poids peut exposer à une mauvaise cicatrisation ou encore des récidives de relâchement cutané. Une sélection rigoureuse des patients et une optimisation de leur état nutritionnel avant l’intervention sont essentielles.
Les complications les plus fréquemment rencontrées sont une cicatrice trop haute ou irrégulière, un nombril peu naturel, des asymétries ou encore un excès de tension sur la fermeture. « L’objectif est de retirer l’excès cutané tout en préservant les proportions naturelles de l’abdomen et en obtenant une cicatrice la plus discrète possible », rappelle le Dr Nathaniel Stroumza.
Chirurgie des fesses ratée
Les interventions des fesses, notamment le Brazilian Butt Lift (BBL), nécessitent une vigilance particulière. Les principaux risques sont des asymétries, des irrégularités de volume et une résorption partielle de la graisse injectée. Il existe un risque d'infections ou plus rarement de complications graves liées à une mauvaise technique d’injection.
Quelles complications pour les fils tenseurs ?
Les fils tenseurs permettent de corriger certains relâchements modérés mais ne remplacent pas un lifting chirurgical lorsque celui-ci est indiqué. Les complications les plus fréquentes sont :
- des irrégularités visibles sous la peau ou une asymétrie ;
- une migration ou une extrusion du fil ;
- une infection locale.
« Le principal risque reste une mauvaise indication. Les fils tenseurs peuvent donner de bons résultats chez certains patients mais ne permettent pas de corriger un relâchement important », précise le Dr Nathaniel Stroumza.
Que faire si la chirurgie/médecine esthétique est ratée ?
Lorsqu’une complication ou un mauvais résultat survient, la première étape consiste à reprendre contact avec le praticien ayant réalisé l’acte. « Heureusement, de nombreuses solutions correctrices existent aujourd’hui », rassure le Dr Nathaniel Stroumza. Il peut s’agir :
- d’injections ciblées ;
- de traitements complémentaires ;
- ou encore d’une chirurgie secondaire.
Le praticien pourra toutefois déterminer si ces corrections sont réellement nécessaires. Car attention : les retouches à répétition peuvent parfois aggraver la situation. C’est particulièrement vrai après certaines rhinoplasties (à force de fragiliser le nez ou de retirer trop de cartilage).
Avant d’envisager une nouvelle intervention, mieux vaut attendre que la situation soit stabilisée, tant sur le plan physique que psychologique. Les résultats définitifs nécessitent souvent plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Il est également recommandé de :
- conserver les comptes-rendus, ordonnances et factures ;
- prendre des photos de l’évolution ;
- demander et conserver son dossier médical ;
- demander un second avis ;
- éviter les retouches réalisées dans l’urgence.
La prise en charge psychologique ne doit pas être négligée. « Une déception esthétique ne doit jamais être banalisée, car elle touche souvent quelque chose de très intime : l’image de soi », rappelle le chirurgien Nathaniel Stroumza. Lorsque les interventions commencent à se multiplier ou qu’une insatisfaction persiste malgré les corrections, un accompagnement psychologique peut être utile.
Quels recours juridiques existent ?
En France, un patient peut engager la responsabilité d’un praticien lorsqu’une faute médicale est suspectée. L’article L. 1142-1 du Code de la santé publique prévoit que les professionnels de santé sont responsables des conséquences dommageables des actes de prévention, de diagnostic ou de soins en cas de faute.
La déception ne suffit pas à engager la responsabilité du praticien
Contrairement à une idée répandue, la chirurgie esthétique, comme tout acte médical, n’est pas une obligation de résultat. Le simple fait d’être déçu ne suffit donc pas à engager la responsabilité du praticien.
« Le chirurgien ou le médecin doit mettre en œuvre toutes les diligences et tous les soins possibles pour que l’intervention soit une réussite. Il est tenu d’une obligation de moyens, dont l’appréciation est souvent plus rigoureuse (“renforcée”) en matière esthétique, le praticien intervenant davantage dans le cadre d’une prestation de confort que pour répondre à un besoin médical », souligne Me Caroline Benhaïm.
Dans la plupart des cas, le patient devra démontrer une faute, un dommage et un lien entre cette faute et le préjudice subi. Un mauvais résultat ou une complication ne sont pas forcément synonymes d’erreur médicale : ils peuvent aussi résulter d’un aléa thérapeutique.
Le cas particulier des implants et dispositifs médicaux
« En revanche, les implants et dispositifs médicaux utilisés doivent être conformes et sûrs. Si ce n’est pas le cas, la victime peut engager la responsabilité de plein droit du fabricant du produit défectueux . Le médecin ne sera condamné que s’il a commis une faute dans la mise en place du matériel, à l’origine de sa défectuosité et donc du dommage », explique Me Caroline Benhaïm.
Le préjudice fonctionnel lié aux complications médicales, le préjudice esthétique ainsi que certains préjudices psychologiques peuvent être pris en compte. Ce fut notamment le cas des patientes porteuses des prothèses mammaires PIP. Confrontées à un risque accru de rupture des implants, beaucoup ont vécu pendant des années avec une véritable épée de Damoclès au-dessus de la tête.
Le défaut d'information peut aussi être indemnisé
Les chirurgiens et médecins esthétiques sont soumis à une obligation d’information particulièrement importante. « Ils doivent expliquer clairement les bénéfices attendus, les limites de l’intervention, les risques encourus et les complications possibles, ils sont également soumis à une obligation de devis et de respect d’un délai de réflexion », développe la spécialiste. Un patient insuffisamment informé peut, dans certaines situations, obtenir réparation même en l’absence d’erreur technique.
« La justice reconnaît notamment le préjudice d’impréparation, lorsqu’une personne subit une complication dont elle n’avait pas été correctement avertie. Elle peut également indemniser une perte de chance lorsque le patient démontre qu’il aurait pu renoncer à l’intervention ou choisir une autre option s’il avait été correctement informé », ajoute Me Carole Benhaïm.
Quels recours engager ?
Selon les situations, plusieurs recours peuvent être envisagés :
- une résolution amiable avec le praticien ;
- une expertise médicale ;
- une saisine de la Commission de conciliation et d’indemnisation (CCI) ;
- ou une action en justice.
L’expertise constitue souvent une étape déterminante puisqu’elle permet d’établir si le dommage résulte d’une complication connue ou d’une véritable faute médicale.
Attention aux interventions réalisées hors cadre légal
Les recours peuvent se révéler plus complexes lorsque l’intervention a été réalisée à l’étranger, dans un établissement low cost ou par une personne insuffisamment qualifiée.
« Lorsqu’un acte esthétique est réalisé par une personne qui n’est pas médecin ou qui n’est plus autorisée à exercer, notamment en cas de radiation ou de suspension, on est alors confronté à un exercice illégal de la médecine. La victime dispose alors de recours spécifiques qui diffèrent de ceux mis en œuvre contre un professionnel de santé régulièrement inscrit à l’Ordre », précise Me Caroline Benhaïm.
Comment éviter les mauvaises surprises ?
Pour le Dr Nathaniel Stroumza, certaines erreurs reviennent fréquemment : « La première erreur est souvent de prendre une décision trop rapidement, sous l’influence des réseaux sociaux, des filtres ou de certaines tendances esthétiques très médiatisées. »
Le chirurgien appelle également à la prudence face aux promesses trop séduisantes : « Certains signaux doivent alerter : des résultats présentés comme garantis, une consultation expédiée ou un praticien qui ne prend pas le temps d’aborder les risques et les limites. »
Avant toute intervention, quelques précautions s’imposent :
- Vérifier que le praticien est bien inscrit à l’Ordre des médecins et possède les qualifications nécessaires ;
- Consulter plusieurs spécialistes, notamment avant une chirurgie ;
- Prendre le temps de poser toutes les questions utiles sur le déroulement de l’intervention, les risques et les résultats attendus ;
- Respecter le délai légal de réflexion de 15 jours après la remise du devis ;
- Se méfier du tourisme médical et des offres trop attractives ;
- Analyser avec recul les avis en ligne et les photos avant/après ;
- Privilégier une approche progressive avec le Botox ou l’acide hyaluronique.
- Arrêter de fumer plusieurs semaines avant et après l’intervention : “c’est une des mesures les plus importantes avant toute intervention esthétique. De nombreuses études ont démontré l'impact négatif du tabac sur la cicatrisation et le risque global de complications postopératoires”, avertit le Dr Nathaniel Stroumza.
« Je pense qu’un bon médecin/chirurgien doit aussi savoir dire non », estime le Dr Nathaniel Stroumza. « Lorsqu’une demande risque de déséquilibrer un visage ou ne correspond pas au patient, il faut pouvoir l’expliquer avec bienveillance. »
Aujourd’hui, l’esthétique évolue vers une approche plus mesurée : « préserver l’identité et sublimer l’existant plutôt que transformer à tout prix », conclut-il.
Sources
Entretien avec le docteur Nathaniel Stroumza, chirurgien esthétique.
Entretien avec Caroline Benhaïm, avocate spécialisée en responsabilité médicale.

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