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En collaboration avec Dr Marion Lévy (Directrice Scientifique de la Fondation Vaincre Alzheimer)
La caféine est souvent présentée comme un stimulant du cerveau, et d'après de récentes études, un potentiel allié contre Alzheimer. Par quels biais agirait-elle ? Où en est la recherche ? Les réponses de Marion Lévy, Docteure en neuroscience, directrice scientifique de la
fondation Vaincre Alzheimer.
L'essentiel
Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.
La maladie d'Alzheimer est la première cause de déclin cognitif pathologique en France, avec près de 20% des personnes de plus de 80 ans atteints. Face à cet enjeu majeur de santé publique, la recherche est particulièrement active pour mieux comprendre les mécanismes de la maladie et identifier de nouvelles pistes thérapeutiques. Depuis quelques années, la caféine suscite l’intérêt des chercheurs, en raison de ses effets sur le cerveau et de possibles liens avec le risque de déclin cognitif.
Qu'est-ce que la maladie d'Alzheimer ?
La maladie d’Alzheimer est une maladie du cerveau dite neuro-dégénérative, ce qui signifie qu'elle affecte progressivement les cellules nerveuses du cerveau (neurones), qui communiquent de moins en moins bien et disparaissent progressivement. Elle entraîne ainsi une détérioration progressive de la mémoire, du raisonnement et, plus largement, des capacités cognitives. Alzheimer est à ce jour la cause la plus fréquente de maladie neurocognitive chez les personnes âgées.
Au début, les signes peuvent être discrets : oublier un rendez-vous récent, perdre le fil d’une conversation, chercher ses mots plus souvent que d’habitude. Puis la maladie finit par affecter d’autres fonctions : l’orientation dans le temps et l’espace, l’organisation du quotidien, le langage, le jugement ou encore certains comportements.
A quoi est due la maladie d'Alzheimer ?
L'origine de la maladie d'Alzheimer reste encore mal connue, et fait l'objet de nombreuses études. Les chercheurs savent aujourd’hui qu’il ne s’agit probablement pas d’un mécanisme unique, mais d’une multitude de facteurs qui interfèrent entre eux, dans lesquels interviennent plusieurs processus biologiques.
Ces anomalies s’accompagnent souvent d’une inflammation chronique du cerveau et d’une perte des connexions cérébrales.
Parmi les facteurs de risques, l’âge est le principal, mais il n’est pas le seul. "Les chercheurs ont identifié 14 facteurs de risque modifiables, parmi lesquels la sédentarité, l'hypertension, le diabète, le tabagisme, l'excès d'alcool, les troubles auditifs ou encore l'isolement social" énumère la chercheuse.
De plus en plus, la maladie est envisagée comme le résultat d’un long déséquilibre progressif du cerveau, qui pourrait commencer des années — voire des décennies — avant l’apparition des premiers troubles de mémoire. C’est la raison pour laquelle la recherche actuelle ne se limite plus seulement à comprendre les lésions visibles dans le cerveau, mais aussi à comprendre l’ensemble des mécanismes qui rendent certaines personnes plus vulnérables que d’autres au vieillissement cérébral.
Quel est l'âge moyen de déclenchement ?
L'âge est sans conteste le principal facteur de risque de maladie d'Alzheimer, qui se manifeste en très grande majorité chez les personnes âgées de plus de 65 ans. L'âge moyen d’apparition des premiers symptômes se situe autour de 75 à 80 ans, et on estime que près de 20 % des personnes de plus de 80 ans seraient touchées.
Notons toutefois qu'il existe des formes dites “précoces”, qui peuvent apparaître avant 65 ans, parfois dès 50–60 ans, voire plus tôt dans des cas génétiques rares. Elles représentent moins de 5 % des cas.
Mais il faut savoir que la maladie commence en réalité bien avant les premiers symptômes visibles. Les processus biologiques (dépôts amyloïdes et atteinte de la protéine Tau) d'Alzheimer peuvent débuter 10 à 20 ans avant les troubles de mémoire identifiables.
Face à une maladie dont les causes restent encore mal connues, la recherche sur la maladie d’Alzheimer s’est progressivement orientée vers une approche plus globale, intégrant les facteurs de risque et les pistes de prévention.
Café et Alzheimer étude Pubmed : la caféine est-elle bénéfique, et réduit-elle vraiment le risque de maladie d'Alzheimer ?
Les recherches sur cette maladie battent leur plein, avec une question centrale qui émerge : certains facteurs environnementaux ou biologiques peuvent-ils influencer le cours de la maladie, voire en modifier la progression ?
Et c'est dans cette perspective que s’inscrivent les recherches récentes sur la caféine, qui est aussi la substance psychoactive la plus consommée au monde. Présente essentiellement dans le café et le thé, la caféine a longtemps été étudiée pour ses effets sur la vigilance et l’attention. Mais des travaux plus récents suggèrent qu’elle pourrait aussi interagir avec certains mécanismes cérébraux impliqués dans les maladies neurodégénératives.
Une première étude épidémiologique a récemment été publiée (source 1) reposant sur deux grandes cohortes américaines suivies sur le long terme, avec des questionnaires réguliers sur leur alimentation et leur mode de vie.
"C'est une étude très intéressante car elle été menée sur une grosse cohorte de 130 mille personnes et sur une dizaine d’année. Elle a révélé qu'une consommation plus élevée de café caféiné ou de thé était associée à un risque plus faible de troubles cognitifs ainsi qu’à de meilleures performances cognitives globales" explique la chercheuse.
Les analyses ont montré une relation non linéaire, avec des bénéfices surtout visibles pour des consommations modérées, autour de 2 à 3 tasses de café par jour, ou 1 à 2 tasses de thé.
"Ce qui est intéressant, c'est que le café décaféiné ne montre pas d’association significative avec une diminution du risque, ce qui suggère que l’effet observé serait bien lié à la caféine" précise la Dre Levy.
Néanmoins, si les résultats de l'étude sont assez probants, il s'agit d'une étude observationnelle, qui n'établit pas de liens de causalité.
De nombreux facteurs “cachés” (mode de vie, alimentation, niveau d’activité physique, sommeil, statut social ou état de santé général) peuvent en effet jouer un rôle protecteur au delà de la consommation de café.
C'est dans cette optique que la recherche se poursuit avec de nouveaux essais cliniques plus poussés.
Par quel biais la caféine pourrait agir sur la maladie d'Alzheimer ?
Les chercheurs pensent aujourd’hui que la caféine pourrait agir sur certains mécanismes biologiques impliqués dans la maladie d’Alzheimer, notamment via un récepteur présent dans le cerveau appelé récepteur A2A, appartenant à la famille des récepteurs à l’adénosine.
"Ces récepteurs A2A participent à la communication entre les neurones, et ils semblent devenir anormalement nombreux au cours du vieillissement dans la maladie d'Alzheimer, notamment dans l’hippocampe, une région essentielle pour la mémoire" explique la Dre Levy.
Pour étudier leur rôle, les chercheurs travaillent notamment sur des tissus cérébraux humains post-mortem, mais aussi sur des modèles animaux reproduisant certaines lésions de la maladie. Les travaux suggèrent qu’une activation excessive des récepteurs A2A perturberait le fonctionnement normal des neurones et favoriserait la neuro-inflammation, c’est-à-dire une inflammation chronique du cerveau impliquée dans la dégénérescence neuronale.
Selon les hypothèses actuelles, ce mécanisme pourrait donc permettre de limiter certains phénomènes inflammatoires, de réduire des dérèglements cellulaires observés dans la maladie — notamment une phosphorylation excessive de protéines tau — et, potentiellement, de préserver plus longtemps les fonctions cognitives.
C’est précisément ce que cherchent à vérifier les essais thérapeutiques comme CAFCA : déterminer si cet effet observé expérimentalement peut réellement se traduire par un bénéfice clinique chez les patients.
CAFCA : une étude sur les effets positifs de la caféine contre la dégénérescence neurofibrillaire
L’essai thérapeutique CAFCA (pour CAFéine et Cognition dans la maladie d’Alzheimer) est un essai clinique mené en France par le CHU de Lille et des équipes Inserm, dans le cadre de la recherche sur la maladie d’Alzheimer. Son objectif ? Chercher à évaluer de manière rigoureuse si une consommation contrôlée de caféine peut avoir un impact sur le déclin cognitif dans la maladie d’Alzheimer.
Cette étude, menée sur près de 250 patients atteints d'Alzheimer à un stade léger à modéré, a débuté en 2021. "C'est une étude dite contrôlée, randomisée, en double aveugle, ce qui signifie que ni les patients ni les médecins ne savent qui reçoit la caféine ou le placebo" explique la chercheuse.
Cette approche permet de réduire fortement les biais et de mieux isoler l’effet propre de la caféine.
À ce jour, aucun résultat clinique final de l’essai thérapeutique CAFCA n’a encore été publié. En effet, bien que les premières inclusions remontent à plusieurs années, le calendrier d’un essai clinique de cette ampleur reste long, et d'après les informations communiquées récemment par les équipes de recherche, le recrutement des patients est toujours en cours. Les premiers résultats publics complets ne sont probablement pas attendus avant fin 2027.
Médicament : la caféine est-elle une piste de traitement ?
S'il n'existe aujourd'hui pas de traitement curatif à la maladie d'Alzheimer, des traitements symptomatiques sont désormais proposés aux patients, visant à améliorer temporairement la mémoire ou certaines fonctions cognitives.
Il est encore trop tôt pour affirmer que la consommation de caféine est réellement efficace sur Alzheimer, et pour en faire une recommandation officielle, mais c'est l'objectif des recherches en cours. "Pour les chercheurs, l’intérêt de ces études tient aussi au profil particulier de la caféine : une molécule très connue, peu coûteuse, largement consommée dans le monde" conclue la Dre Marion Levy.

il y a 9 hour
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